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Louis XX Roi de France - Louis de Bourbon - duc d'Anjou

Louis XX Roi de France - Louis de Bourbon - duc d'Anjou

Vers la fin du siècle dernier, il s'est produit dans la société française un mouvement d'idées dont rien ne permet encore de prévoir le terme. Jusque-là, on avait bien vu des nations modifier sur quelques points les conditions de leur vie publique, suivant les besoins des temps et l'état des esprits ; et, dans le cours de sa longue histoire, la France elle-même n'avait pas manqué, à maintes reprises, d'approprier à des situations nouvelles son régime civil et politique. Dans de pareilles réformes, inspirées par la justice et conduites avec sagesse, il n'y a rien qui ne soit conforme aux vues de la Providence et à l'ordre naturel des choses. Mais une nation, rompant brusquement avec tout son passé, faisant, à un moment donné, table rase de son gouvernement, de ses lois, de ses institutions, pour rebâtir à neuf l'édifice social, depuis la base jusqu'au sommet, sans tenir compte d'aucun droit ni d'aucune tradition ; une nation réputée la première de toutes, et venant déclarer à la face du monde entier qu'elle a fait fausse route depuis douze siècles, qu'elle s'est trompée constamment sur son génie, sur sa mission, sur ses devoirs, qu'il n'y a rien de juste ni de légitime dans ce qui a fait sa grandeur et sa gloire, que tout est à recommencer et qu'elle n'aura ni trêve ni repostant qu'il restera debout un vestige de son histoire : non, jamais spectacle aussi étrange ne s'était offert aux regards des hommes.

Discours prononcé à l'inauguration du monument du général Lamoricière, 1879.

Ce serait une tâche trop facile que de signaler un mal sans indiquer le remède. Des critiques purement négatives, outre qu'elles n'amènent aucun résultat, ont le grave inconvénient de paraître inspirées par un esprit d'hostilité et de dénigrement.

Tel n'est pas le but de ce travail. [...] Il importe de résumer cet examen, pour dégager les éléments de la solution qui nous paraît la seule vraie et la seule efficace. Cette solution, nous la formulons en deux mots : il faut rompre résolument avec la Révolution, et reprendre avec sagesse et fermeté le mouvement réformateur de 1789.

Quoi donc! nous dira-t-on, l'ancien régime, les trois ordres du royaume, tout cet ensemble de choses qui existait avant 1789 : c'est cela que vous voulez faire revivre ? En aucune façon. Il n'est pas plus en notre pouvoir de ressusciter les siècles que les morts. Cent ans ont passé là-dessus, modifiant profondément la condition des personnes et des choses.

Insensé serait celui qui voudrait méconnaître les changements survenus d'un âge à l'autre. Des faits, on doit toujours en tenir compte ; mais les principes, il ne faut jamais les abandonner.

1. - Et d'abord, dans l'ordre religieux :

si l'on ne veut pas que l'athéisme et le matérialisme amènent la décomposition totale de la société française, - et ce travail n'est déjà que trop avancé -, il faut de toute nécessité ramener l'application des doctrines et des préceptes du Décalogue et de l'Évangile dans l'État, dans la famille, dans l'école ; rendre à la religion sa place légitime dans les manifestations et dans les actes de la vie publique, domestique et privée ; ou bien, c'en est fait de la France, destinée à devenir, pour le monde entier, le plus effrayant exemple d'un peuple infidèle à sa mission, atteint aux sources mêmes de la vie morale, et s'affaissant sur lui-même dans le vide et dans le néant. Sur aucun autre point les sophistes du siècle dernier et leurs continuateurs d'aujourd'hui n'ont erré davantage ; et c'est à leur propagande d'impiété, également funeste pour l'élévation des caractères et pour la dignité des mœurs, que nous devons l'état d'impuissance et de discorde auquel nous sommes réduits.

2. - Dans l'ordre politique :

après tant d'aventures et d'expédients plus stériles les uns que les autres, il faut revenir franchement et sans hésitation à la monarchie nationale, incarnée et personnifiée dans la maison de France, ayant ses titres et son droit dans un consentement prolongé de génération en génération pendant huit siècles, et non pas dans un simple vote passager arraché par la force des circonstances ou surpris dans un moment de troubles ; à la monarchie nationale, susceptible de transformations dans l'avenir comme elle l’a été dans le passé où on l'avait vue devenir successivement féodale, absolue, tempérée et constitutionnelle ; à la monarchie nationale, plus capable que n'importe quel autre régime, par la fixité même de son principe, à donner au pays et à garantir toutes les libertés désirables. Non, on ne change pas plus le tempérament d'un peuple que celui d'un individu. Non, il n'est pas possible d'arracher du corps d'une nation un organe essentiel sans la frapper mortellement. Pour maintenir une société dans les conditions normales de sa force et de sa vie, il est nécessaire avant tout de conserver au milieu d'elle, haute et respectée, l'institution centrale avec laquelle et par laquelle un peuple est né, a vécu, a grandi, s'est développé, ne faisant qu'un avec elle, et trouvant dans cette alliance féconde, à travers les vicissitudes de son histoire, la garantie souveraine et permanente de sa grandeur et de son unité. Vouloir réorganiser un régime stable et régulier en dehors de ce facteur indispensable de l’ordre politique, ce serait s'agiter dans le vide.

3. - Le rétablissement de la monarchie nationale :

implique, selon nous, la reconstitution de la vie provinciale, sans laquelle toute réforme serait vaine. C'est l’une des erreurs capitales de la Révolution française, nous l'avons déjà dit, d'avoir supprimé ces centres historiques et secondaires qui, sous le nom de provinces, étaient autant de forces organisées et hiérarchisées. Avec l'abolition des douanes à l'intérieur, comme le demandaient à si bon droit les cahiers de 1789, l'unité nationale, au point de vue militaire et politique, n'aurait nullement souffert de la conservation des provinces.

Qu’est-il résulté au contraire de leur suppression ? Il en est résulté que tout le mouvement politique a été concentré à Paris, et que la France entière reste à la merci de la capitale. Qu'un soldat heureux s'empare du pouvoir ou qu'une émeute triomphante mette le gouvernement à bout de forces, le reste de la France subit la loi du vainqueur, quel qu'il soit, faute de pouvoir offrir une résistance sérieuse dans des assemblées provinciales fortement constituées. Là est l'origine de toutes nos révolutions ; et si l’on n'y apporte pas de remède, aucun régime ne sera durable. Cette réforme est-elle donc si difficile ? Non assurément. Déjà l'on a refait une ébauche des anciennes provinces dans les cours d'appel, dans les académies et, plus récemment, dans les grands commandements militaires. Que l'on y ajoute des États provinciaux, pour contrebalancer l'action d'un Parlement unique, où tout dépend d'une majorité variable, et l’on aura une garantie certaine contre des surprises toujours possibles. Sans ce contrepoids indispensable, sous n'importe quel régime, l'ère des révolutions restera indéfiniment ouverte.

4. - En matière d'instruction :

il faut que l'État revienne à son véritable rôle, qui est un rôle de protection, de surveillance et d'encouragement, au lieu de vouloir usurper une fonction d'enseignement et d'éducation qui n'est nullement de sa compétence. Des universités régionales, autonomes et indépendantes de l'État, se gouvernant par elles-mêmes, avec leurs méthodes et leurs programmes, sans avoir à subir le mot d'ordre des bureaux d'un Ministère, et pouvant ainsi ramener la vie intellectuelle et scientifique dans les centres provinciaux où elle est singulièrement affaiblie pour ne pas dire qu'elle en est absente ; des écoles primaires, vraiment communales, où les pères de famille, par l'organe des conseils municipaux, aient quelque chose à voir et à dire, pour le choix des maîtres et le caractère de l'enseignement : voilà des libertés nécessaires, dans l'intérêt même de la science et au profit de la culture religieuse, intellectuelle et morale du pays.

5. - Dans l'ordre civil :

si l'on veut arrêter, avec la dépopulation de la France, la ruine de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, il faut absolument revenir sur les lois successorales, inspirées à la Révolution française par des idées égalitaires à outrance. Le partage forcé des biens, à l'ouverture de chaque héritage, n'est pas seulement une atteinte profonde à la liberté de tester, mais une erreur économique dont les conséquences finiraient par devenir mortelles pour la prospérité du pays.

6. - Dans l’ordre social :

la liberté du travail appelle nécessairement comme correctif et comme complément la liberté d'association, contrairement aux doctrines de Turgot et de la Révolution française. La corporation libre et volontaire, entre hommes du même métier, ouvriers et patrons, sans monopoles ni privilèges, est le seul moyen efficace et pratique pour échapper à l'individualisme et au socialisme également contenus, bien qu'à des titres divers, dans les théories économiques et sociales du siècle dernier.

[...] Nous n'avons pas tout dit, mais nous croyons avoir dit l'essentiel. C'est donc une réaction que vous proposez contre le mouvement révolutionnaire de 1789, nous répondra-t-on ? Oui, sans le moindre doute, car le salut de la France est à ce prix : une réaction profonde et vigoureuse ; la réaction du bon sens contre l'utopie ; la réaction des réalités contre les chimères et les fictions ; la réaction de l'expérience contre une suite de déceptions lamentables ; la réaction des principes contre l'absence de toute doctrine ; la réaction du droit héréditaire et national contre les usurpations de la force ; la réaction du christianisme contre les athées et les matérialistes ; la réaction d'un pays qui veut vivre, contre les causes d'affaiblissement qui finiraient par le tuer.

Si les malheurs du présent et les menaces de l'avenir pouvaient avoir ce résultat, il faudrait en bénir Dieu et en remercier les hommes. Pour moi, il n'y a pas d'autre formule de délivrance que celle-ci : rompre avec les idées révolutionnaires, pour reprendre sans hésitation et d'une main ferme le mouvement réformateur de 1789. Je tenais à le dire hautement, à l'heure où nous sommes, pour le bien de la religion et dans l'intérêt de mon pays, sans me laisser arrêter par aucune autre considération ; car je ne me connais au cœur que deux passions : l'amour de l’Église et l'amour de la France.


Mgr Freppel, Paris, le 1er janvier 1889

Par Blanche Belleroy pour Royalistes.Net

Tag(s) : #Royalisme

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