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Marie-Antoinette et le complot maçonnique Broché – 2015 de Louis Dasté (Auteur) - Broché: 204 pages - Prix : 25€ - ISBN-10: 2954118210 - Editeur : Démocratie Royale (2015)

Marie-Antoinette et le complot maçonnique Broché – 2015 de Louis Dasté (Auteur) - Broché: 204 pages - Prix : 25€ - ISBN-10: 2954118210 - Editeur : Démocratie Royale (2015)

En 1781, avons-nous dit, Cagliostro se rendit à Strasbourg. La mission dont l’avait chargé le Pouvoir Occulte, c’était de s’emparer de l’esprit de l’Évêque de Strasbourg, cardinal et prince de Rohan. Cagliostro n’eut pas de peine à devenir « l’oracle, le guide, la boussole » (ce sont les propres paroles de l’abbé Georgel, grand-vicaire de l’Évêché de Strasbourg, secrétaire et confident du Cardinal) du malheureux Évêque qui, dans sa main, va devenir l’un des rouages principaux de l’Affaire du Collier.

Ah ! le Pouvoir Occulte sait choisir ses pions sur l’échiquier !... Le cardinal de Rohan, grand aumônier de la Cour, était rempli d’ambition et de chagrin tout à la fois, il brûlait du désir de devenir premier ministre, et il était désolé que Marie-Antoinette le tint à l’écart, en raisons d’incidents qui remontaient à l’époque où elle était Dauphine.

Portrait de Louis René Édouard, cardinal de Rohan (1734-1803)

Portrait de Louis René Édouard, cardinal de Rohan (1734-1803)

En même temps que Cagliostro (agent à la fois des Illuminés et de la Maçonnerie de Stricte Observance), le Pouvoir Occulte place sur le chemin du Cardinal un autre agent de la Stricte Observance, la comtesse de Boulainvilliers. C’était la femme du Prévôt et Maître des cérémonies de l’Ordre de Saint-Louis, dont l’ancêtre avait été le fameux juif Samuel Bernard, banquier à Paris du temps de Louis XIV. N’oublions pas que c’est dans l’hôtel des Boulainvilliers, à Passy, que se nouera l’intrigue du Collier.

En septembre 1781, la comtesse de Boulainvilliers présente à Strasbourg, au Cardinal, la jeune comtesse Jeanne de la Motte qu’elle a tirée de la misère et élevée dans un pensionnat de jeunes filles nobles. Mme de la Motte, née de Valois Saint-Rémy, descend du roi Henri II ; elle a vu son père, ruiné et marié à une paysanne de mauvaise vie, mourir à l’hôpital, et elle mendiait dans les rues de Paris quand Mme de Boulainvilliers l’a recueillie. Douée du « dangereux don de persuader », la comtesse de Valois La Motte est accueillie avec bonté par le Cardinal qui accorde au jeune ménage sa protection et l’aide de petites sommes d’argent.

Arrivés de Strasbourg à Paris avec de faibles ressources, M. et Mme de la Motte sont bientôt criblés de dettes et réduits à vivre d’emprunts, quand ils n’ont pas recours aux pires expédients. Leur détresse était grande.

Jeanne réussit à extorquer quelque argent à divers personnages obscurs en excipant d’un illusoire crédit à la Cour. Puis elle entame une grosse partie, celle pour laquelle le Pouvoir Occulte l’a choisie.

Portrait de Jeanne de La Motte estampe de 1786

Portrait de Jeanne de La Motte estampe de 1786

Touché de la triste situation de la petite-fille des Valois, le Cardinal-Évêque de Strasbourg lui avait conseillé de s’adresser directement à la Reine. Il lui avait en même temps confié que sa disgrâce l’empêchait de lui procurer une entrevue avec Sa Majesté et qu’avoir encouru la haine de sa Souveraine était pour lui une continuelle amertume.

Mme de la Motte entreprit de persuader au Cardinal qu’elle était parvenue à s’immiscer dans l’intime familiarité de la Reine ; que, pénétrée des rares qualités qu’elle avait découvertes dans l’âme du Grand Aumônier, elle en avait parlé à cette princesse si souvent et avec tant d’effusion qu’elle avait... fait renaître en elle le désir de rendre ses bonnes grâces au Cardinal... ; que Marie-Antoinette permettait au Prince de lui adresser sa justification, et ensuite qu’elle désirait avoir avec lui une correspondance par écrit qui serait secrète jusqu’au moment favorable pour manifester hautement son retour et sa bienveillance ; que la comtesse de la Motte serait l’intermédiaire de cette correspondance dont les suites et les effets devaient nécessairement placer le Cardinal au sommet de la faveur et du crédit... La comtesse de la Motte vit dans l’extrême crédulité de son bienfaiteur un trésor où elle pourrait puiser de quoi se mettre à l’abri du besoin...

Ce que l’abbé Georgel ne dit pas ici (mais il le laissera entendre dans une terrible page que nous citerons), c’est qu’un « mystère d’iniquité » était lié aux besoins d’argent de Mme de la Motte, simple pion sur l’échiquier des Arrière-Loges. Mme de la Motte se fit donner par le Cardinal son apologie écrite par lui-même, dans le but, soi-disant, de la remettre à la Reine.

Elle rapporta quelques jours après une réponse sur petit format de papier doré sur tranche, où Marie-Antoinette, dont un habile faussaire avait tâché d’imiter l’écriture, disait :

J’ai lu votre lettre ; je suis charmée de ne plus vous trouver coupable. Je ne puis encore vous accorder l’audience que vous désirez. Quand les circonstances le permettront, je vous en ferai prévenir. Soyez discret...

Mme de la Motte fut dès lors, pour le Cardinal, un ange tutélaire.

Afin de lier une correspondance qui nourrit l’amour-propre et les espérances du Prince qu’elle aveuglait, elle l’engagea à écrire pour exprimer sa joie et sa reconnaissance. Ce fut ainsi que les lettres et les réponses se succédèrent. (GEORGEL, t. II, pp. 41, 42.)

Dès ce moment, ajoute l’abbé Georgel, Mme de la Motte eût pu obtenir du Cardinal tout ce qu’elle aurait désiré. De ce jour, les filets étaient tendus, et cela d’autant mieux que Cagliostro, l’agent des Arrière-Loges, était devenu « l’oracle », du cardinal de Rohan.

Le rusé empirique gradua si bien sa conduite et ses propos qu’il parvint lui-même, sans avoir l’air de le chercher, à la plus intime confiance du Cardinal et au plus grand ascendant sur sa volonté.

Votre âme, dit-il un jour à ce Prince, est digne de la mienne, et vous méritez d’être le confident de tous mes secrets.

Cet aveu captiva toutes les facultés intellectuelles et morales d’un homme qui, de tout temps, avait couru après les secrets de la haute chimie... Dès ce moment leur liaison devint intime et publique : le comte de Cagliostro venait s’établir à Saverne, lorsque le Cardinal y faisait sa résidence ; leurs solitaires entretiens étaient longs et fréquents.

...Quand le Prince revint à Paris, il laissa en Alsace un de ses gentilshommes (baron de Planta), le confident de ses pensées, pour prodiguer à Cagliostro tout ce qu’il désirerait... Cet homme... fut l’un de ses plus accrédités agents auprès de Cagliostro et de Mme de la Motte... Cagliostro était devenu son oracle, son guide et sa boussole. Ce fut à lui et au baron de Planta que le Cardinal révéla tout ce qu’il présageait d’heureux de ses liaisons avec Mme de la Motte et de la correspondance dont elle était l’intermédiaire. Le jeune Ramon de Carbonnières, secrétaire du prince, devint un troisième agent de cette intime confidence.

C’est dans ce petit comité où figurait Mme de la Motte que se lisait la correspondance (les prétendues réponses de la Reine aux lettres du Cardinal) et qu’on traçait d’avance le plan de conduite à tenir... Cagliostro, toujours consulté, guida les pas du Cardinal dans cette malheureuse affaire : ce nouveau Calchas avait sans doute mal vu les entrailles de la victime, car au sortir de ses prétendues communications avec l’ange de lumières et l’esprit des ténèbres, il prophétisa au Cardinal que son heureuse correspondance allait le placer au plus haut point de la faveur, que son influence dans le gouvernement allait devenir prépondérante...

Marie-Antoinette, Reine De France, D´Après Mme Vigier-Lebrun, 1788

Marie-Antoinette, Reine De France, D´Après Mme Vigier-Lebrun, 1788

Ce poids ajouté de plus dans la balance qui entraînait déjà la bonne foi du Cardinal vers le gouffre que lui préparait la comtesse de la Motte, devint dès lors d’une force irrésistible : nous ne compterons plus dorénavant les pas de ce Prince que par des chutes. Il n’eut plus d’autre volonté que celle de Cagliostro ; et ce fut au point que ce prétendu Égyptien ayant été obligé de quitter Strasbourg pour se retirer en Suisse, le Cardinal, qui en fut instruit, envoya en poste près de lui son Secrétaire, tant pour pourvoir à son entretien que pour en obtenir ses oracles, transmis en chiffres au Cardinal, sur les points où l’on était dans le cas de le consulter. (Abbé GEORGEL, Mémoires... t. II, pp. 48 à 52.)

De ces pages de l’abbé Georgel (qui concordent avec ce qu’ont fait connaître les procès de Cagliostro, tant à Paris qu’à Rome), il ressort une double constatation : si, d’une part, Mme de la Motte avait pour but d’escroquer au Cardinal d’importants subsides, d’autre part Cagliostro était « l’oracle, le guide et la boussole » de l’infortuné Prince qui « n’avait plus d’autre volonté » que celle du Haut-Maçon. Et, de près comme de loin, le Cardinal consultait ses « oracles » de mensonge chaque fois que la Comtesse faussaire lui faisait parvenir une de ces lettres qu’il croyait de la Reine !

On conçoit quel puissant intérêt sectaire poussait l’émissaire des Illuminés à favoriser les machinations cupides de Jeanne de Valois et à fortifier le Cardinal dans son erreur, dès lors qu’une montagne de mensonges abominables pouvait s’élever sur une prétendue correspondance entre un Prince de l’Église et une Reine de France. Salir sa victime avant de la tuer, c’est, on l’a dit souvent, la signature des assassins francs-maçons.

Aveuglés par Cagliostro qui en fit d’ardents adeptes de sa Maçonnerie Kabbaliste, Ramon et Planta, les deux gentilshommes du Prince Évêque, devinrent de précieux aides pour le Pouvoir Occulte.

Les trop dangereuses liaisons (de Ramon) avec Cagliostro, écrit Georgel, et ma persuasion intime qu’il entretenait l’enthousiasme du Prince pour ce jongleur, m’avaient totalement éloigné de lui et du baron de Planta...

GEORGEL, Mémoires..., t. II, p. 167.

Ramon de Carbonnières... possédait toute la confiance du Prince et il l’aurait méritée, si, à l’exemple de Son Éminence, il n’avait donné tête baissée dans les dangereuses rêveries de Cagliostro. Il fallait que cet enthousiaste eut un philtre moral bien efficace pour produire dans l’imagination et la volonté de tous ses Initiés ce dévouement aveugle qu’il était difficile d’allier avec les rares qualités de leur esprit. Ce Secrétaire était doué de grands talents ; ses connaissances étaient étendues ; ses conceptions vives et rapides ; il écrivait avec force et beaucoup de grâces (ceci est capital : combien d’hommes de la plus belle intelligence tels que les Cazotte et les de Virieu tombèrent dans les filets des Martinès de Pascalis et des Cagliostro, ces Hauts-Maçons juifs de la Kabbale juive !) M. le Cardinal, avant que Cagliostro ne vînt s’établir à Paris, l’avait, placé près de cet empirique, pour être l’agent et l’intermédiaire d’une correspondance très active et très suivie.

GEORGEL, t. II, p. 465.

Le sujet de cette « correspondance très active », c’étaient les lettres supposées de la Reine au Cardinal ; c’était pour se guider dans les réponses à leur faire, que le Cardinal envoyait des estafettes, d’abord à Strasbourg auprès de Planta, puis en Suisse auprès de Ramon, afin d’obtenir de Cagliostro « ses oracles » que les deux Initiés lui transmettaient « en chiffres » !

Extrait de : Marie-Antoinette et le complot maçonnique Broché – 2015 de Louis Dasté (Auteur) - Broché : 204 pages - Prix : 25€ - ISBN-10: 2954118210 - Éditeur : Démocratie Royale (2015)

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