De l’obéissance à des supérieurs faillibles – Abbé Thierry Gaudray

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In-Humility-©-Jay-Bryant-Ward

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Le mystère que le bon Dieu veut faire resplendir en notre époque est celui de son Église. Elle est une société humaine vivifiée par son Esprit-Saint. Elle est l’Épouse que son Fils s’est acquise par son Sang et Elle ne forme avec Lui qu’un seul Corps mystique. Elle est susceptible d’accueillir tous les pécheurs qui en effet ne trouveront qu’en Elle les moyens ordinaires de salut.

Société surnaturelle, Elle a pour origine la prédication du Christ. Sa mission première est de transmettre inviolé le dépôt révélé afin de nourrir les âmes qu’Elle engendre par le baptême. Il n’est pas besoin de répéter ici que les vertus théologales étant supérieures à l’obéissance, les chrétiens doivent savoir résister aux supérieurs, même légitimes, qui ne leur offriraient pas une prédication intégrale de la foi ou qui prétendraient les contraindre à offenser Dieu.

Le point sur lequel il faut insister aujourd’hui est que cette résistance a des limites. Elle ne légitimera jamais l’anarchie et le mépris de l’autorité. L’obéissance aux pasteurs légitimes, pour subordonnée qu’elle soit, est néanmoins un élément essentiel de toute société et donc de l’Église. Les supérieurs sont des êtres faillibles qui doivent être entourés de respect même dans leurs faiblesses. Il y va de l’honneur de Dieu et du bien de la société dont ils ont la charge. C’est aussi une question de justice à leur égard puisqu’en recevant cette participation à l’autorité de Dieu ils n’ont jamais prétendu jouir de son impeccabilité. Ils ont promis de conduire au bien commun, et ainsi d’assurer la cohésion de la société dont ils ont la charge, mais avec les lumières limitées dont ils jouiront.

Que fera un subordonné qui croirait percevoir une hésitation ou un fléchissement chez ses supérieurs sans que la profession de la foi soit remise en cause ? Dans son for intérieur et sous le regard de Dieu il demeurera vigilant. Il veillera à bien distinguer la foi de la pru-dence avec laquelle il faut défendre la foi. Il redoublera d’esprit d’obéissance. Il fera pénitence pour obtenir de Dieu de bons supérieurs. Il pourra s’ouvrir de ses inquiétudes en privé et à des personnes choisies, ne serait-ce que pour empêcher son propre esprit de s’échauffer. Il aura certainement le droit de rappeler, à tous, les grands principes qu’il croit être menacés mais sans allusions déplacées et injustes. En tout cela il veillera à rester humble et il se souviendra qu’il ne jouit pas des connaissances et des grâces des supérieurs. Jamais il ne lancera des mises en garde au grand public qui ne connaît pas l’art des distinctions.

Si nous avions vécu sous le pontificat du pape saint Pie X, aurions-nous mesuré la grâce qui nous aurait été faite ? Et si nous l’avions mesurée, aurions- nous été aussi heureux à l’avènement de son successeur ? Dans sa première encyclique, le pape Benoît XV rappelait ce grave devoir du respect de l’autorité :

Un souffle effréné d'indépendance, accompagné d'un orgueil obstiné, a pénétré peu à peu dans tous les esprits, sans épargner même la société domestique, où la puissance paternelle découle si clairement de la nature elle-même ; et, ce qui est plus déplorable encore, le sanctuaire lui-même n'a pas été à l'abri de cette pernicieuse influence

Encyclique Ad beatissimi apostolorum principis du 1 er novembre 1914

Mais, dans ce même texte, il interdisait aux catholiques de condamner les autres :

que chacun soutienne son avis librement, mais qu'il le fasse avec modération, et ne croie pas pouvoir décerner aux tenants d'une opinion contraire, rien que pour ce motif, le reproche de Foi suspecte

Pourtant saint Pie X avait bien avoué qu’il n’avait pas réussi à éradiquer le modernisme de l’Église. Benoît XV dit encore «

Nous voulons aussi que les nôtres s'abstiennent de certaines appellations dont on a commencé depuis peu à faire usage, pour distinguer les catholiques des catholiques

Plusieurs ont dû éprouver une certaine gêne puisque déjà Pie IX considérait que les pires ennemis de l’Église étaient les catholiques « libéraux ». Est-ce à dire que Benoît XV (pour ne pas parler de Pie VII, Léon XIII ou Pie XI) a préparé le concile Vatican II ? Même avec un siècle de recul, pourrions-nous affirmer une telle chose ?

En vérité l’Église est un mystère qu’il nous faut recevoir comme Notre- Seigneur l’a institué. Ce n’est pas parce que la vie n’est pas de tout repos dans l’Arche d’alliance qu’il faut la saborder. Certains, au nom de la vérité, doutent qu’une hiérarchie puisse exister en ce début de XXIème siècle et s’excluent ainsi eux mêmes de toute vie vraiment catholique.

Notre-Seigneur, qui a dit :

Ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez !

(Marc XIII, 37)

a aussi averti :

Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise ; or celui qui me méprise, méprise celui qui m'a envoyé.

(Luc X, 16)

Abbé Thierry Gaudray

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