Histoire de France : mensonges historiques républicains

Histoire de France : mensonges historiques républicains

« M. Jammy Schmidt nous a reproché de ne pas désigner nommément les mauvais manuels et de laisser dans l’ombre les passages incriminés. L’un des maîtres les plus écoutés du barreau de Lille nous apporte ici de quoi combler cette prétendue lacune.

C’est avec plaisir que je réponds à votre appel et vous apporte ma modeste contribution à l’enquête sur la déformation de notre histoire, ses causes et les mesures à prendre pour y remédier.

Je tiens d’abord à vous dire combien je trouve opportune votre initiative ; elle fera connaître aux Français à quel point et de quelle manière systématique on les trompe sur leur histoire nationale, l’une des plus belles, des plus glorieuses dont s’honore la civilisation occidentale.

Pour qui ne serait pas au courant des luttes politiques de nos cent dernières années, il paraîtrait vraiment incompréhensible qu’un peuple devenu, par l’effort plus que millénaire de ses chefs, l’une des plus puissantes nations du monde, en même temps que des mieux équilibrées, qu’un peuple ayant conquis la suprématie matérielle, morale, littéraire et artistique que la France possédait au XVIIe siècle, puisse faire enseigner par ses instituteurs publics que son histoire véritable ne remonte qu’à la Révolution française, qu’il faut faire table rase du passé et n’en parler que pour le flétrir, pour le dénoncer comme une honte dans les annales de l’humanité.

La raison d’être de cet état de choses a été révélée par votre enquête : l’histoire est devenue le champ clos des luttes politiques. Les hommes imbus des idées philosophiques de la Révolution française n’ont vu, dans l’enseignement de l’histoire, que le moyen d’imprégner les jeunes générations confiées à leurs soins de leur mystique révolutionnaire. Pour y arriver, il fallait discréditer notre vieille monarchie, en dénaturant ses actes et ses intentions, en niant ou dissimulant le bien qu’elle a fait à la France, en exagérant autant que possible les fautes qu’elle a commises. Par contre, on ne pouvait montrer assez d’enthousiasme pour tout ce qui rappelle la Révolution ou s’inspire d’elle.

Avec un tel enseignement, on devait forcément former des générations professant la haine du passé et condamnant tout ce qui ne répond pas à la conception qu’on leur a donnée de la société.

Que l’on ne m’accuse pas d’exagérer. Voici ce que je lis dans un manuel scolaire en usage il y a une trentaine d’années, l’histoire de France de J. Guiot et Fr. Mane (p. 4) :

Notre plus grand désir est de faire de nos élèves des hommes de progrès, de bons et sincères républicains, d’excellents Français, qui seront convaincus de la grandeur de l’œuvre accomplie par la Révolution française et continuée par la troisième République. Du commencement à la fin, le plan de nos modestes livres tend vers ce but.

Donc, pour les auteurs de l’ouvrage, leur histoire de France n’est pas une étude objective, mais un travail dont tous les éléments tendent à mettre en valeur la Révolution française et les gouvernements qui s’en sont inspirés et à dénigrer, par contre, les hommes et les institutions dont les principes sont en opposition avec ceux de la Révolution. C’est ainsi que, sous leur plume, l’histoire de France, jusqu’à cette époque, n’est qu’un tissu d’abominations et de crimes ; elle nous montre un peuple abêti vivant dans le plus dur des esclavages ; mais, avec la Révolution, c’est le despotisme vaincu, c’est la liberté conquise, c’est le bien-être et le progrès intellectuel et moral.

Je n’exagère pas :

Au moyen âge – est-il écrit, p. 36 – le sort du paysan est affreux. Il vit dans l’épouvante et travaille gratuitement pour le Seigneur.

À une époque plus moderne, sous Louis XVI :

Le peuple – dit-on, p. 115 – meurt de faim ! Les paysans amaigris se nourrissent de châtaignes et de raves, comme leurs bestiaux. Les nègres esclaves sont plus heureux : en travaillant pour un maître, au moins, ils sont nourris et habillés ! En France, l’homme de la campagne peine du matin au soir. Que lui reste-t-il quand il a payé les lourds impôts du roi, du seigneur et du curé ? Rien.

Non ! Un Pareil état de choses ne saurait durer ! Le moment arrive où le faible se révolte contre des maîtres avides de plaisirs et égoïstes. Une Révolution est nécessaire !

Que l’on prenne tel ou tel de ces manuels, dans tous on trouvera les mêmes tirades. Voyez, par exemple, les « Récits familiers sur les personnages et faits de l’histoire nationale », par A. Auchard et Débidoud (p. 3 et 37) : Sous l’ancien régime, disent-ils, la plupart des Français étaient fort malheureux, d’abord parce qu’ils n’étaient pas libres, ensuite parce qu’ils n’avaient pas tous de quoi manger.

Il faudrait un volume pour relever toutes les insanités contenues dans ces manuels.

Voulons-nous maintenant voir quelle était, en réalité, la vie du paysan au Moyen Âge ? Ouvrons le livre de M. Léopold Delisle, le savant conservateur de la Bibliothèque Nationale, sur la Condition de la classe agricole en Normandie au Moyen Âge. Nous voyons (p. 189), sous la rubrique nourriture, qu’à l’abbaye de Jumièges le maréchal recevait journellement deux pains, une mesure de vin ou autre boisson du couvent, un plat de la cuisine, savoir six œufs, ou quatre harengs, ou quelque chose d’équivalent. Un pensionnaire des moines de Saint-Ouen, employé à leurs vignes, avait, pendant les vendanges, deux pains par jour, des pois, du lard et du sel. Les religieux de Saint-Vigor-de-Baieux devaient fournir à un de leurs tenanciers, le jour où il hersait les champs du prieuré, un pain blanc, un pain bis, un galon de boire, cinq œufs ou trois harengs. Tout ceci se passe aux XIIIe et XIVe siècles.

Je pourrais continuer les citations, mais celles qui précèdent suffisent pour démontrer que la vie du paysan au Moyen Âge était assez confortable, du moins dans les régions riches, et que s’il y a eu parfois grande misère, par suite de guerre ou de famines, il faut en incriminer non les hommes mais les circonstances ; l’organisation économique du pays n’y était pour rien. Lorsqu’une calamité de ce genre se produisait, les pouvoirs publics faisaient ce qui dépendait d’eux pour y remédier. J’ai sous les yeux un registre tenu par l’un des membres du magistrat de la ville de Lille qui, lors de la terrible famine de 1709, fut chargé de ravitailler la population ; j’y lis que Messieurs du Magistrat ont fait venir, à plusieurs fois, de Hollande, aux environs de quarante mille razières de grains, tant blés que seigles, lesdits ont été vendus aux habitants et le compte a porté passant cinq cent cinquante-sept mille quelques cents florins. Cette somme équivaut à plus de 835 000 francs-or ; elle était considérable pour l’époque. Lille était alors tombée aux mains des alliés, ce qui lui permettait de se ravitailler en Hollande, tandis qu’en France la situation fut terrible, la guerre contre la coalition européenne l’empêchant de s’approvisionner à l’étranger.

Dans son histoire de France, C. Calvet se plaît à dramatiser cette situation assurément très pénible, en disant (pages 109 et 180) :

Les paysans étaient réduits à brouter l’herbe comme des animaux et à ronger l’écorce des arbres ; les plus heureux se nourrissaient de grenouilles et de limaçons. Mais c’est pour amener la suite qui fera contraste : Pendant ce temps, ajoute-t-il, Louis XIV dépensait des millions pour construire le château de Versailles. Là, il nourrissait à sa cour des milliers de nobles, qui se disputaient les pensions et les faveurs. L’argent de la France aurait pu être mieux employé.

La vérité est que Versailles avait été construit au temps de la prospérité du règne et non au moment de son déclin ; et pendant ces années difficiles, Louis XIV envoyait son argenterie et les pièces d’art de Versailles à la Monnaie pour faire face aux difficultés de l’État.

Mais la vérité importe peu à nos auteurs de manuels. Ce qu’il leur faut, c’est démontrer (E. Devinat, Histoire de France, p. 116), les abus de l’ancien régime : Avant la Révolution, dit cet auteur, le roi gouvernait selon son bon plaisir. Les Français lui appartenaient corps et biens. Il n’y avait pas de liberté. Puis (page 126), les bienfaits de la République : Jamais il n’y eut, dit-il, en France, autant de liberté, jamais l’égalité et la justice ne furent mieux assurées. Jamais on ne s’occupa avec autant de soin du bien-être du peuple. La République veut être la protectrice des petits, des humbles, de ceux qui travaillent, luttent et souffrent. Il faut aimer la République.

Tout cela n’est que du boniment électoral. Il est grand temps de démasquer de pareils agissements et c’est servir la France que de mettre un terme au dénigrement systématique de son histoire.

Comment y arriver ? Votre enquête fait faire un premier pas à la question en la posant et en montrant la nécessité de porter remède à cette situation.

Mais le remède, peut-on le trouver ? Quel est-il ?

L’un de vos correspondants l’a vu dans des articles publiés sur des sujets historiques par les journaux comme le vôtre. Je partage son avis, mais je crois que ces articles devraient être demandés à des historiens faisant autorité et porter sur les faits qui ont été les plus dénaturés. Le journal est une excellente chaire de professeur pour réformer une opinion publique dévoyée.

Cela pourtant ne suffit pas ; il serait souhaitable que la presse patriote fît campagne pour imposer aux pouvoirs publics la formation d’une commission composée d’historiens présentant toute garantie de compétence et d’indépendance, laquelle aurait à se prononcer sur l’acceptation des manuels qui peuvent être choisis dans les différents établissements d’instruction publique, et indiqueraient, au besoin, les modifications à y apporter. De cette façon, les manuels qui ne présenteraient pas les garanties de loyauté historique suffisante seraient écartés.

Louis THÉRY,

Avocat au barreau de Lille,

membre de la Commission historique

du département du Nord.

1930 »

Blanche Belleroy pour Royalistes.Net

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