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Et si on lâchait les basques de Mgr Aillet ?

Pourquoi un tel déchaînement contre cet évêque, depuis ses deux fameux tweets sur l’IVG ?

On peut minimiser. Invoquer la dérision outrancière propre au carnaval – oui, mais pourquoi cette cible-là, clairement désignée, quand elles n’étaient, les autres années, jamais identifiables ? -, parler de tradition populaire – qu’elle nous arrange, la tradition, ça a du bon…

On peut ne pas en faire un plat, pardonner et tourner la page de ce qui n’est, finalement, qu’un martyre de papier mâché : il en est, sous d’autres cieux mais de même confession, qui, eux, sont brûlés pour de bon. C’est ce qu’a fait Mgr Aillet, avec intelligence, et c’est tout à son honneur.

Mais on peut aussi s’interroger : pourquoi un tel déchaînement contre cet évêque, depuis ses deux fameux tweets sur l’IVG ? Condamné par un ministre, montré du doigt par un député dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, et maintenant brûlé, par mannequin interposé ? Sans parler du tsunami d’articles de presse.

Lire aussi : Quand les tweets de Mgr Aillet s’attirent les foudres de nos gouvernants

Toutes proportions gardées, Mgr Barbarin, que d’aucuns, ces dernières semaines, ont soupçonné d’avoir étouffé une affaire de pédophilie, a été moins malmené.

Mgr Aillet, pourtant, n’a pas fait dans l’extravagant ni le transgressif. Il a même été terriblement peu original. Il s’est contenté de rappeler ce que l’Église répète encore et toujours, inlassablement : avorter, c’est mettre volontairement fin à une vie. Dit autrement, c’est tuer. Le pape lui-même, dont tout le monde semble raffoler quand il pagaye dans le sens du vent, vient encore de l’affirmer sans ambages, sur fond d’épidémie Zika : « L’avortement est un crime. » Alors, quoi ? On brûle le pape François ? Ou il peut encore servir, sait-on jamais, pour le dossier « migrants » ?

Mgr Aillet serait américain et militerait contre la peine de mort, il aurait affirmé trouver « illisible » la politique de tel État, prétendant protéger les citoyens contre les meurtriers de Daech tout en tuant lui-même légalement par injection létale. Il aurait ensuite demandé pitié pour les pauvres hères du couloir de la mort, tout le monde aurait considéré le point de vue avec intérêt, on lui aurait peut-être même obligeamment ménagé une tribune dans le Huffington Post ou le Courrier international. Pour qu’il développe un peu.

Mais être contre la peine de mort est une bonne opinion quand être contre l’avortement en est une mauvaise. Très mauvaise. Exécrable. Et même indicible. Nous ne sommes pas le pays de la liberté d’expression, mais le pays de la liberté d’UNE expression, toujours la même, préformatée, exclusive. Il est vrai que, pour cette expression autorisée, la liberté est grande, gigantesque, elle est même infinie. On peut cracher, éructer, insulter, piétiner, humilier, brûler, s’en donner à cœur joie. Pourvu que l’on ne sorte pas du cercle soigneusement circonscrit, pas même du bout de l’orteil. Que l’on ne tente pas d’escalader le mur hérissé de barbelés idéologiques, surveillé par les Vopos médiatiques. Nos politiques n’ont pas attendu Trump pour s’essayer à la maçonnerie. Et ils y excellent.

Tag(s) : #Religion

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