Adopte un mec : je consomme, donc je suis…

Adopte un mec : je consomme, donc je suis…

La société de consommation écrase tout sur son passage. Véritable rouleau compresseur, elle trace sa route et aplanit tout ce qui lui fait obstacle.

Des publicités pour un site de rencontre, prônant le choix d’un partenaire comme d’un objet, couvrent à nouveau les murs du métro parisien… enfin, de nos métro-sexuels, devrait-on désormais dire. Site de rencontre extra-conjugale, site de rencontre de voisinage, site de rencontre mythique, plus une semaine sans ces publicités dans le métro. Elles s’affichent après une bonne sortie cinéma ou soirée télé : publicités de parfum en entrée, de lingerie en plat principal, de préservatif en dessert et de café au… café. L’eros a eu sa dose et nous sommes enfin prêts pour les sites de rencontre.

Les dernières publicités de AdopteUnMec font écho aux jeux d’enfants où on peut découper la silhouette d’un homme et lui associer un visage, des vêtements ou accessoires selon l’envie. Je donc peux choisir un homme selon mon désir, mon envie. Je ne me laisse pas surprendre par l’imprévu. Je choisis, je consomme, je suis le maître. Enfin, plutôt, j’essaye… et risque de n’être que l’esclave de mes pulsions. Le logo de ce site de rencontre est une femme qui met un homme dans un Caddie.

Quand le chanteur Damien Saez avait pris pour couverture d’album un Caddie avec une femme dedans pour dénoncer subtilement la société de consommation, les féministes lui étaient tombées dessus et la publicité avait été interdite d’affichage dans le métro parisien. Là, personne ne dit rien. Évidemment, pour une fois, l’image est inversée. C’est l’homme-objet plutôt que la femme-objet. La femme est mise à l’honneur. Elle est émancipée : elle est libertine et collectionne les hommes. Elle a accompli son rêve : elle est devenue l’égale de l’homme, dans toute sa vulgarité. Personne n’osera critiquer, de peur de passer pour un ringard ou un coincé. Avec un vernis féministe, le combat serait tendance ; au nom de la morale, le combat est disqualifié.

On peut donc choisir un homme ou une femme, c’est un bien de consommation comme un autre. L’amour est un acte comme un autre. Comme le montrait la campagne de prévention contre le SIDA du gouvernement : faire l’amour avec un inconnu ou son conjoint, faire l’amour pour la vie ou pour un soir, tout se vaut.

Tout est nivelé. Le monde n’a plus de saveur. Le beau, la vertu n’ont plus droit de cité. Plus rien n’est transcendant. La vie est un encéphalogramme plat entrecoupé de pics de jouissance. Tuer la transcendance, la hiérarchie des valeurs, c’est tuer la beauté de la vie. Si tout se vaut, rien ne mérite de se réjouir. La sexualité ? Un jeu excitant. Le mariage ? Un contrat juridique. La vie ? Morne plaine… Il est tentant de banaliser la sexualité pour s’y adonner plus facilement. Mais, à force, elle perd ce qu’elle a de plus beau et ce que je pourrais témoigner un jour par elle : un acte d’amour où je me donne à l’autre.

 

La société de consommation écrase tout sur son passage. Véritable rouleau compresseur, elle trace sa route et aplanit tout ce qui lui fait obstacle. Plus rien ne doit transcender, ne doit s’opposer à la consommation. Sauf ce qui flatte nos pulsions premières, amplifie nos premiers élans. Tout doit être fait pour faciliter notre consommation, répondre à nos premiers désirs. Ce qui se conçoit bien s’achète clairement. Laissez-moi consommer, textoter, chatter, posséder, vivre tout simplement. Avoir, et non être. Donnez-moi de ne pas avoir le temps de me poser de questions existentielles. Soumettez-moi à la tentation et délivrez-moi de l’angoisse. Amen-ez moi mon colis. Et que la paix soit enfin avec moi.

Edouard de Praron

Consultant en management

 

 

 

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