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" Le suffrage universel est un mensonge universel " Pie IX

Pie IX a donné une définition célèbre du suffrage universel. « Le suffrage universel, a-t-il dit, est un mensonge universel ».

En effet, le suffrage universel est le mensonge universel parce qu'il livre le gouvernement de l’État aux hommes de mensonge et en écarte les hommes de la vérité. Mais surtout, il est un mensonge universel parce qu'au lieu d'être l'expression véritable de la volonté populaire, il n'en est qu'un signe apparent.

La même circonscription électorale nomme aujourd'hui un catholique ; hier elle nommait un juif ou un protestant ; bientôt elle nommera un rationaliste ; ce sera un jour un partisan du gouvernement monarchique, puis le lendemain un républicain, souvent avec la même majorité ou à peu près. De ces candidats, quel est celui qui représente vraiment les électeurs ? Un seul sans doute ou peut-être aucun. Donc le suffrage universel a menti cinq ou six fois.

D'où vient ce hasard étrange ou ce mensonge perpétuel du suffrage universel ? C'est Pie IX, comme nous le rappelions plus haut, il n'est plus l'expression du corps social, mais l'expression du nombre, et de quel nombre ? On ne peut additionner raisonnablement que des quantités de même nature et de même valeur ; or le suffrage universel est en contradiction formelle avec cette loi des mathématiques et du bon sens : il fait entrer en compte l'individu, abstraction faite de la valeur spéciale et essentielle au point de vue social que lui donnent ses relations avec les divers groupes qui forment la nation.

Une nation, en effet, ainsi que nous le faisions remarquer plus haut ne se compose pas seulement d'individus, mais de groupes sociaux, de familles, de villages, de provinces, d'associations religieuses, financières, industrielles. Pour connaître ce que pense, ce que veut un peuple, il ne suffit pas d'interroger un à un chacun de ses membres ; il faut interroger les groupes. Si vous questionnez l'individu en l'isolant et en le plaçant en dehors de son groupe et du rôle qui lui appartient dans ce groupe, sa réponse, absolument dénuée des lumières qu'il ne peut recevoir qu'en se tenant à sa place et au point de vue qui lui convient, sera le plus souvent absurde ; mais les mêmes hommes, invités à se réunir et à se concerter, donneront en commun une réponse différente. Isolés et obligés de se prononcer sur des questions générales et complexes, ils répondent au hasard ; groupés dans les petites sociétés où la nature et les intérêts les ont réunis, ils écoutent les plus sensés et répondent avec maturité.
Isolés et aveugles, ils cherchent une main qui les guide et ils sont livrés à l'influence des meneurs, spécialement aujourd'hui des francs-maçons ; rattachés à leur centre naturel, ils sont moins touchés de quelques phrases déclamatoires et réfléchissent davantage aux choses.

Si donc vous voulez connaître la véritable pensée d'une nation, interrogez les groupes sociaux plutôt que les individus. Prenez les voix des groupes, vous saurez ce que veut le peuple sous l'influence légitime de ses guides naturels. Prenez les voix des individus, vous connaîtrez ce que dit ce même peuple sous la direction usurpée des sectaires. Le premier vote exprimera les véritables sentiments de la nation ; le second exprimera les véritables sentiments des sectaires.

Ceux-ci le savent. C'est pourquoi ils s'appliquent à isoler et à désagréger, si l'on peut ainsi parler, les individus : car ils n'ignorent pas que de tels hommes sont une poussière légère qu'ils font tourbillonner à leur gré. Aussi, pour rendre impuissantes les manœuvres des sectaires, un gouvernement sérieux n'aurait qu'à transporter des individus isolés aux groupes sociaux d’influence politique.

(...) Ajoutons encore une réflexion. Aujourd'hui que d'abstentions ! En certains lieux, le tiers, la moitié même des électeurs ne vont plus voter ; lorsque tel député a été nommé, les neuf dixièmes des électeurs se sont abstenus ; lors de l'élection de tel Conseil municipal, un vingtième à peu près est allé déposer des bulletins dans l'urne. Or, dans le régime actuel, les abstenants sont regardés comme indifférents, leurs voix ne se comptent ni pour ni contre. Cependant, la vérité est qu'ils ne sont pas indifférents, mais ils sentent leur impuissance, ils sont découragés par leur ignorance sans remède, ils ne connaissent pas le mérite des divers candidats, peut-être, ils n'ont pas le temps d'aller voter, ou du moins ils n'ont pas celui de s'éclairer suffisamment.

Un réformateur, plaisant ou sérieux, je ne sais, demandait un jour aux législateurs de dispenser les hommes du peuple de la nécessité de perdre leur temps dans des enquêtes inutiles et peut-être impossibles et de leur assurer cependant, s'ils tenaient à maintenir le principe du suffrage universel, l'avantage de voter. Voici l'expédient qu'il proposait: « Un négociant, disait-il, ne renvoie pas un commis dont il n'a pas à se plaindre ; on peut de même présumer, que le peuple ne désire pas essayer d'un autre mandataire si l'ancien s'est montré digne de sa confiance.

(...) Convenez que le suffrage universel tel qu'il est pratiqué maintenant est si manifestement un mensonge universel qu'il n'a droit qu'au persiflage.

En vérité, comment comprendre que depuis trente ans, presque à chaque session parlementaire, des hommes de sens, des catholiques même, s'emportent avec indignation contre ceux qui blâment l'institution du suffrage universel ? « Vos paroles sont un attentat contre la nation ! » Le suffrage universel ? « la première des institutions populaires », « le rempart de nos libertés publiques », « l'arme du peuple contre tous les oppresseurs », « le sceptre de la souveraineté nationale ». Certains catholiques sont tellement entichés du suffrage universel, qu'il n'est pas toujours prudent de le condamner en leur présence.

Pie IX lui-même, malgré son immense ascendant, usait pour le flétrir de précautions oratoires : « Il est, Français, une chose que je voudrais vous dire. Mais vous la dirai-je ? »

Le Pontife s'interrompait comme pour réfléchir. Il reprenait : « Oui, je vous la dirai : votre suffrage universel, Français, est un mensonge universel. »

D. P. Benoît  - Les Erreurs modernes

 

Tag(s) : #Royalisme, #Politique-Société, #Nouvel Ordre Mondial

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