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S’inscrivant entre la chute de la monarchie — 10 août 1792 — et l’entrée en fonctions de la Convention, éclatant dans un contexte d’invasion austro-prussienne, cette suite d’exécutions sommaires perpétrées 2 au 7 septembre 1792 au sein de plusieurs prisons de Paris où les « septembriseurs » y massacrent les occupants, compte parmi les sommets de la violence révolutionnaire. Une relation du massacre des prêtres à la prison des Carmes, couvent transformé en prison pour y accueillir les « suspects », fut retrouvée dans les papiers de l’épouse d’un mousquetaire « pour la garde ordinaire du roi » : témoignage circonstancié qui saura susciter l’attention des lecteurs sur cette heure sanglante de notre histoire.

 

(...)

 

 

En voyant tomber l’archevêque d’Arles, les assassins entonnèrent leurs chants de cannibales. Le jardin retentit des féroces accents des Marseillais, mêlés à tous les cris, à toutes les injures de la fureur, de la rage, et au bruit de leurs armes. Un grand nombre de prêtres s’étaient réfugiés dans la chapelle ; là, attendant la mort, dans un profond silence, leur âme toute à Dieu, ils lui offraient leur dernier sacrifice. Une partie des assassins vint les assiéger ; leurs fusils ou leurs pistolets à travers les barreaux, ils déchargeaient leurs balles sur ce groupe de prêtres à genoux.

 

Dans cet espace étroit, les victimes tombaient les unes sur les autres. En attendant le coup qui devait les frapper, les prêtres encore vivants étaient arrosés du sang de leurs frères mourants ; le pavé en ruisselait ; ce fut au milieu de cette chapelle qu’une balle atteignit Mgr l’évêque de Beauvais. Il était à genoux alors ; sa jambe fracassée du coup, il tomba, et les prêtres à côté de lui le crurent mort. Une foule d’autres victimes tombèrent avec lui dans ce saint asile. M. de la Pannonie s’y était retiré après la mort de Mgr d’Arles. « Je puis attester, nous dit-il, que je n’entendis pas la moindre plainte d’aucun de ceux que je vis massacrer. »

 

Dans un champ moins resserré, le reste des brigands forcenés et ivres de rage poursuivaient les prêtres épars dans le jardin ; les chassaient devant eux, abattant les uns à coups de sabre, enfonçant leurs piques dans les entrailles des autres, faisant feu de leurs fusils et de leurs pistolets, sans distinction, sur les jeunes, les vieillards et les infirmes. C’étaient vingt tigres affamés et altérés de sang, lâchés dans un enclos contre les victimes innocentes livrées à leur rage. Pour s’étourdir dans leurs fureurs, les uns continuaient l’horrible chant de leur Carmagnole, les autres vomissaient les grossières injures de « scélérats, de gueux et de voleurs ».

 

La tranquille assurance des prêtres au milieu de ces outrages, sous le coup de la mort, leur piété surtout ajoutaient à la fureur des assassins. Ces bandits ne permettaient pas même à des victimes si près de la mort de l’attendre à genoux. Pareils à des démons, ils enrageaient de les voir prier Dieu. « Levez-vous, hypocrites, leur criaient-ils, et, en disant ces mots, ils les forçaient à se disperser ; ils leur donnaient la chasse comme à des bêtes fauves.

 

Lire le texte : http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article6413

Tag(s) : #Histoire-Culture

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