8 mai 1429 Jeanne d'Arc délivre Orléans

Orléans fidèle à Jeanne d'Arc, sa libératrice

 

Orléans s’apprête à fêter le 583e anniversaire de sa libération par Jeanne d’Arc, comme elle le fait chaque année depuis le 8 mai 1429. Une tradition et une fidélité hors du commun, uniques au monde.


583e anniversaire de la libération d’Orléans, fêtée chaque année depuis le 8 mai 1429, lorsque la Pucelle chasse l’occupant anglais, et se lance à la tête d’une procession d’action de grâce suivie par tous les Orléanais, mais aussi 600e anniversaire de la naissance de Jeanne : cette année, les célébrations johanniques, repoussées au 12 et au 13 mai en raison de l’élection présidentielle, auront un éclat particulier.

Exceptionnellement, le 6 janvier dernier, date où l’on fête l’anniversaire de Jeanne, Orléans a déjà fêté sa libératrice, célébrée en ces termes par le maire, Serge Grouard : « Elle fut la France, la France est une âme. Elle est au cœur d’Orléans, comme Orléans est au cœur de la France. Elle est une évidence, elle est la France. Elle est histoire et présent, et la France est éternelle. » Et c’est donc à cette date, tout aussi exceptionnellement, que la jeune fille choisie pour incarner la sainte à l'occasion de ces fêtes johannniques, Pauline Finet, a reçu son épée. Mais les fêtes de ce mois de mai n’en demeureront pas moins le cœur de la célébration.

 

L’adage veut que, chaque 8 mai, la moitié de la ville applaudisse l’autre moitié qui défile. Unique dans le monde, cette fête réunit les trois ordres civils, militaires et religieux, qui fêtent ensemble l’héroïne laïque, la sainte et le chef d’armée exemplaire. Une sorte de « laïcité à l’orléanaise », sourit l’évêque, Mgr Jacques Blaquart, grâce à laquelle « chacun trouve sa place ». Lors de la séparation des Églises et de l’État en 1905, les cortèges religieux et civils se sont bien séparés, mais se sont retrouvées deux années plus tard.

 

Chaque année deux invités d’honneur, civil et religieux, viennent présider les fêtes. Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Rachida Dati, David Douillet, Régine Pernoud, Denis Tillinac et bien d’autres ont présidé ces fêtes, aux côtés d’évêques, de cardinaux et cette année du nonce apostolique, Mgr Luigi Ventura. Pour ce 600e anniversaire, le maire Serge Grouard a décidé de mettre « le bon peuple d’Orléans » à l’honneur : « Le 11 novembre, qui est une commémoration juste centenaire, peine à rassembler du monde, alors que les gens se pressent par milliers chaque année pour acclamer Jeanne ! Il fallait honorer cette fidélité hors du commun. » Il a donc choisi d’inviter cette année ses prédécesseurs qui ont perpétué la tradition avant lui, ainsi que six jeunes orléanaises, symboles de réussite et de volonté dans un monde agité. « Elles représentent un espoir orléanais, ce même regard d’espoir qu’avaient alors posé les orléanais sur Jeanne. »

 

Depuis la libération de la ville par Jeanne, ces fêtes ont connu peu d’interruptions, vingt-neuf au total, toutes imposées par la force des choses : pendant les guerres de religion par exemple, ou lors de l’assassinat du président Paul Doumer le 7 mai 1932. Pendant la révolution de 1789, les fêtes sont interdites, poussant les Orléanais à supplier leur maire et leurs curés d’écrire au premier consul dès son accession au pouvoir. Démarche couronnée de succès, puisque Bonaparte autorise à nouveau la tenue des fêtes. Pendant les deux guerres mondiales, l’hommage se fait plus discret, mais demeure.

 

Quelques dates perdues dans une histoire d’amour qui lie Orléans à sa libératrice, et qui n’a rien perdu de sa signification. « Il ne s’agit pas de figer ces fêtes, mais de garder leur âme, qui est celle de Jeanne. Sans quoi les fêtes johanniques seraient devenues une énième fête médiévale en France... », explique Marie-Christine Bordat-Chantegrelet, présidente de l’association Orléans Jeanne d’Arc, qui ne compte pas le temps qu’elle consacre à ces fêtes. 

 

Mais si la procession perdure ainsi depuis 1429, c'est seulement en 1945 qu’une jeune fille est choisie pour incarner la Pucelle. Le président de l’association Orléans Jeanne d’Arc fixe alors des critères, encore valables aujourd'hui : être orléanaise, baptisée, catholique pratiquante, car la foi constitue « la raison profonde de son engagement », commente l’évêque, et donner bénévolement de son temps au service des autres. Après que les candidates ont rencontré l’aumônier de l’association Orléans Jeanne d’Arc et son président, le comité d’élection, composé de membres de l’association dont sa présidente, de représentants de l’Église, de la mairie et de l’armée, ainsi que d’anciennes Jeanne, se réunit pour effectuer son choix. « Figurer Jeanne d'Arc n'est pas un acte superficiel de gloire vaine et passagère, mais bien un acte de foi au service d'une cause » explique Marie-Christine Bordat-Chantegrelet, elle-même "Jeanne 1968".

 

Fichier:Lenepveu, Jeanne d'Arc au siège d'Orléans.jpg

 

Annick Dupont fut la première Jeanne, en 1945. « J’avais été choisie, mais je me sentais vraiment petite devant la sainte qu’il m’était demandé de figurer. Cette figuration a marqué ma vie. » Le 8 mai, alors qu’elle s’élance sur son cheval dans une ville ravagée par la guerre, les gens se pressent sur son chemin. « Et soudain nous avons entendu le canon, puis les cloches qui sonnaient la fin de la guerre. À “mon” passage, les hommes se découvraient, tous les passants m’applaudissaient et me remerciaient. Ce n’était bien sûr pas moi, mais Jeanne qui venait encore une fois de les sauver ! »

 

Il suffit d’ailleurs d’assister à ces nombreux défilés qui animent Orléans pendant les quinze premiers jours de mai pour s’en rendre compte... Les sons et lumières et spectacles médiévaux attirent beaucoup de monde, mais c’est elle que l’on attend : « Elle arrive, elle est là, tu la vois ? »... Les Orléanais la cherchent des yeux, elle est une partie d’eux-mêmes.

 

Les témoignages sont unanimes : incarner Jeanne est plus qu’une simple figuration théâtrale. Marie Christine Bordat-Chantegrelet se souvient encore : « Alors que je défilais, une jeune femme en fauteuil roulant m’a demandé de la faire marcher, c’est évidemment Jeanne, et donc le Bon Dieu qu’elle implorait. Chaque moment nous rappelle que nous ne sommes qu’une humble figuration. » Marguerite, Jeanne 2004, résume bien le sentiment exprimé par toutes : « Un mélange de peur, de timidité et de fierté : peur de ne pas être à la hauteur de cet engagement, timidité face à tous ces regards, mais fierté de figurer Jeanne le temps d’une année, dans la fidélité ».

 

La préparation est intense. A peine élue, la jeune Orléanaise part une semaine, avec les deux pages qu’elle a choisis, en pèlerinage sur les pas de Jeanne d’Arc : Domrémy, Reims, Compiègne et Rouen... à la rencontre d’autres passionnés de Jeanne, à la découverte d’autres périodes de sa courte vie. La première manifestation est la remise de l’épée, qui a lieu d’habitude le 29 avril mais a donc été avancée cette année au 6 janvier.

 

L’ancienne Jeanne remet à la nouvelle « l’épée aux cinq croix, symbole de celle que Jeanne porta dans les combats sans jamais la souiller de sang ». « Que ce soit la fierté de ta vie de l’avoir reçue, qu'elle te garde de la vaine gloire, et t'aide à reporter à celle qui nous vint de par Dieu, les applaudissements et les vivats dont tu seras entourée. Et que cette figuration d'un jour, dans la fidélité, te mérite la protection de la Sainte pucelle pendant toute ta vie », prononce l’ancienne Jeanne. La nouvelle Jeanne, recevant l’épée, lui répond alors : « Je reçois cette épée avec ferveur, sachant bien que l'avoir au côté me constitue dans un rôle qui me dépasse. Puisse Jeanne d’Arc m'aider à être d'elle-même durant ces jours une image fidèle et puissé-je l'an prochain, comme tu le fais cette année, remettre à celle qui me succédera, cette épée aussi nette et aussi pure, mais plus riche de la fierté avec laquelle je l'aurai portée, et des hommages qu'une fois encore elle aura reçus ! »

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Un texte qui résume à lui seul le rôle immense qu’il est demandé à cette jeune fille de jouer : porter la conviction, le courage et la fidélité d’une jeune fille devenue l’espoir de tout un peuple. « C’est cet espoir que vous incarnez et que tous les Orléanais viendront chercher dans vos yeux » : c’est ainsi que le colonel Hirtzig, commandant la place d’arme, encourageait le 6 janvier dernier Pauline Finet alors qu’elle recevait l’épée.  Le 29 avril au soir, Jeanne entre à Orléans après avoir reçu l’épée, et le maire lui remet les clés de la ville. Le 1er mai, elle retrace, accompagnée de son escorte et de tous les scouts de la ville, la chevauchée que Jeanne fit à travers Orléans pour reconnaître les défenses, quelques jours avant l’attaque. Elle traverse ensuite la Loire avec les mariniers pour entendre la messe sur l’autre rive. Le 7 mai au soir, le maire remet l’étendard de Jeanne à l’évêque lors d’un son et lumière historique et spectaculaire sur la cathédrale.

 

Et enfin le 8 mai, après avoir assisté à la grand-messe en l’honneur de celle qu’elle représente, la "petite Jeanne" repasse son armure, et reçoit au nom de celle qu’elle incarne, les honneurs de l’armée avec le deuxième plus grand défilé militaire après celui du 14 juillet. Les invités et personnalités orléanaises rendent hommage à Jeanne d’Arc, puis le cortège s’ébranle derrière elle pour parcourir la ville. 2000 personnes défilent : différents corps de métiers en habit traditionnel, associations, scouts, écoles, clergé, conseil municipal, régions de France. Tandis que le reste des Orléanais et leurs invités se pressent derrière les barrières.

 

Comme chacune de celles qui l’ont précédée, Pauline a déjà de nombreux souvenirs dans la tête, cette remise de l’épée, ce pèlerinage, son entrée dans Orléans... et une admiration sans limite pour celle qu’elle incarne, « son courage, sa persévérance, et cette foi sans limite qui lui a permis de tenir son engagement jusqu’à la mort ». : Elel se souvient aussi de la feuille de route que lui a confiée Marie-Christine Bordat-Chantegrelet : « Pauline, il vous est demandé de témoigner de l’existence d’une jeunesse saine et éclatante, d’une jeunesse qui a le courage, dans un monde fracassé et sans repère, de clamer sa joie et son espérance. »   

 

Charlotte d’Ornellas


Renseignements : www.tourisme-orleans.com

 

Source : http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/soci%C3%A9t%C3%A9/orl%C3%A9ans-fid%C3%A8le-sa-lib%C3%A9ratrice20120507.html

 

 

 

 

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