À cause de Fukushima, même les baleines deviennent radioactives

Trois mois après le séisme, le tsunami et les explosions des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima, les fuites radioactives n'ont pas cessé. Et il semble scientifiquement difficile d'envisager des jours meilleurs.

 

Fukushima, l’exploitant ne peut rien contre les fuites radioactives, qui continuent à petit feu. Le problème, c'est que cette pollution est sans fin... Certes, la situation ne s'aggrave pas, dans le sens où nous ne sommes plus dans le scénario catastrophe de combustibles en fusion. Mais c'est tout de même un cercle infernal qui se déroule à Fukushima.

 

Tant que la centrale est percée, les fuites se poursuivront, à moins d'avoir un robot spécifique pour les colmater. Dans le réacteur numéro 2 qui a encore son toit, rien qu'avec la chaleur et l'humidité, un être humain ne tient pas 15 minutes. C'est un hammam puissance mille, avec 99% d'humidité. Et rappelons que si on ouvre les portes du réacteur, la vapeur, elle aussi radioactive, va sortir et se propager dans l'atmosphère.

 

En attendant, l’eau radioactive continue à contaminer l’environnement. En mer, des mesures ont montré que les algues étaient excessivement radioactives. La pollution voyage sur des kilomètres via les poissons et mammifères marins. Hier, du césium a été trouvé dans des baleines capturées pour des buts "scientifiques" au large d'Hokkaido. Deux baleines sur les six contrôlées étaient contaminées au césium radioactif.

 

Baleine

 Photo de Nolleos

 

Je m'explique. Un réacteur nucléaire ne s’arrête pas comme les autres machines  : le combustible reste chaud pendant des années et il faut le refroidir pour éviter qu’il fonde, avec un système de refroidissement qui a besoin d’eau et d’électricité. Les combustibles et les produits de fission radioactifs sont enfermés dans une gaine métallique, laquelle est refroidie par de l'eau, qui maintient la température en-dessous de 100 degrés Celsius.

 

Sauf qu'à Fukushima, avec le séisme et le tsunami qui ont provoqué une perte de l’alimentation en eau et en électricité, la gaine métallique a fondu, le cœur des réacteurs 1, 2 et 3 a fondu. Une partie du combustible a traversé la cuve métallique qui l'entoure. Et même le dernier rempart de protection, ce coffre-fort qu'est l'enceinte de confinement en béton qui n'existait pas dans la centrale de Tchernobyl, aurait été percé.

 

Pour éviter de plus amples dégâts, incendies et explosions, il faut continuer à arroser. Sauf qu'en raison de la fuite, le système de refroidissement ne fonctionne plus en circuit fermé, mais un peu comme une cafetière, où on injecte de l'eau par au-dessus. L'eau, au contact des combustibles, devient radioactive et vient s'accumuler dans les sous-sols de la centrale.

 

Aujourd'hui, 105.100 tonnes d'eau excessivement radioactives inondent ainsi les sous-sols de la centrale de Fukushima. Or la centrale n'a pas été conçue pour être une piscine. On a eu beau essayer de colmater les fuites, l'eau suinte, arrive dans les nappes phréatiques et jusque dans la mer. TEPCo ne sait pas quoi faire face à la situation.

 

Une partie de ces eaux radioactives a été pompée et mise dans des cuves. Mais quand les cuves sont pleines, il faut en amener d'autres. Et comme on continue d'arroser, le cercle infernal se poursuit. TEPCo a même rejeté en mer 10.370 tonnes d'eau faiblement radioactive pour laisser davantage de place à de l'eau beaucoup plus contaminée et espérer accéder aux réacteurs.

 

Fukushima

Réservoirs qui seront utilisés pour le traitement de l'eau radioactive à Fukushima.

 

La station d'épuration d'Areva et Kurion, encore en cours de test, ne résout pas tous les problèmes. L'idée est d'abaisser la radioactivité des eaux de refroidissement et de les injecter à nouveau pour refroidir les réacteurs. Cela génère aussi des eaux et boues encore plus radioactives. On s'attend à des volumes énormes, de près de 2000 m3 alors que seuls 1200 m3 peuvent être stockés sur place. Reste donc à savoir qu’en faire. Il n’existe pas de solution de gestion à long terme.

 

À cela s'ajoutent les coûts exorbitants de la station d'épuration : chaque litre d'eau traité coûte 210 yen, soit 1,83 euros. Sachant que 250 millions de litres devront être traités, faites votre calcul. Pas étonnant que la presse japonaise ait tiré à boulets rouges sur Areva.

 

Et si rien de plus n'est fait avant le 20 juin, TEPCo annonce qu'on peut encore s'attendre à un nouveau débordement en mer. Alors que le précédent correspondait déjà à la plus importante pollution radioactive de la mer de l'histoire.

 

Il va falloir enrayer ce cercle infernal. Mais pour le moment, TEPCo n'a pas donné de nouvelle feuille de route. Et on ne peut que s'inquiéter.

 

Daphnée Leportois

 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/2411;A-cause-de-fukushima-meme-les-baleines-deviennent-radioactives.html

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