Déposition Solennelle du Coeur de Louis XVII par Louis XX

 

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S.A.R. Louis Alphonse de Bourbon (Louis XX)
S.A. le duc d’Anjou tient l’urne en cristal qui contient le cœur de Louis XVII lors de la cérémonie solennelle de déposition de cette relique dans la Basilique de Saint-Denis, à Paris, le 8 juillet 2004.

En ce matin du mardi 8 juin 2004, de sept heures à dix heures du matin, autour et dans la basilique de Saint-Denis, plusieurs milliers de personnes se préparent. Ils sont là, avant le début des cérémonies, au rendez-vous de la « grande » heure de la journée où, dans la crypte des Bourbons, se vivra, à trois heures de l’après-midi, le dépôt du cœur d’un enfant, le petit Roi de France, Sa Majesté Louis XVII.
 
Nous devons d’abord souligner le lien d’une exceptionnelle profondeur qui s’est opéré naturellement, et qui avait frappé l’un de nos amis, Yves Valleteau de Moulliac, présent aux cérémonies des 7 et 8 juin. Il nous dit :
Trois heures ! C’est à trois heures, ce 8 juin 2004, dans l’après-midi, que S.A.R. le Prince Louis se dirigera dans la crypte des Bourbons pour y déposer l’urne de cristal contenant le cœur. Avec Louis-Alphonse de Bourbon, nous saurons aussi écouter la Parole divine qui, de l’oreille au cœur, et du cœur à la main, se fraiera un chemin et nous transformera sur son passage. Trois heures, c’était l’heure où Jésus-Christ, après l’arrestation, le prétoire et la mise en croix, proféra ses dernières paroles, les plus terribles, prononcées en araméen : « Eloï, Eloï, lama sabactani ?, Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Depuis « l’heure de midi, nous dit Marc l’évangéliste ( 15, 33-39 ), il y eut des ténèbres sur toute la terre jusque vers trois heures…» L’obscurité se fit presque totale.
 
Si l’enfant royal, qui rendit l’âme le 20 prairial an III - le 8 juin 1795 -, peu avant trois heures de l’après-midi, dans le sinistre donjon du Temple , avait gardé toute sa conscience, il aurait pu reprendre à son compte le cri de Jésus qui résonna dans son cœur déchiré, affronté au terrible mystère de la mort. Mais nous savons que son jeune âge, et surtout les souffrances physiques et morales qu’il endura pendant presque trois années d’emprisonnement, l’en empêchèrent. En raison des traitements les plus cruels qui l’avaient déstructuré psychologiquement et mentalement, au point que ses derniers médecins ne purent le rappeler à l’existence, l’orphelin du Temple, prostré, miné par l’angoisse et la maladie, ne comprit vraisemblablement pas, comme Jésus avec son esprit d’homme, le triomphe apparent des forces du mal. Mais abandonné de tous, rachitique et tuberculeux, il souffrit aussi jusqu’au bout l’épreuve de la sortie brutale des ténèbres du monde, et celle de l’entrée dans la Maison d’éternité.

Mais pour que le cœur de Louis XVII ait pu reposer en paix non loin de ses parents, dans la crypte des Bourbons, il aura fallu attendre 1975, date de l’offrande du cœur au Mémorial de France à Saint-Denys par la princesse Nieves Massimo, vivant à Rome. Après bien des péripéties - cent quatre-vingts ans d’exil -, le cœur, dont elle était la dépositaire, avait abouti dans la chapelle du château de Frohsdorf, en Autriche, propriété de sa mère, qui avait été l’ultime résidence des Bourbons de France en exil. C’est là que mourut en 1883 le comte de Chambord, héritier de la branche aînée des Bourbons.

1975, le jeudi 10 avril : attestée par un procès-verbal établi l’année suivante, « une urne de cristal contenant le cœur de l’enfant mort au Temple le 8 juin 1795 » fut remise au duc de Bauffremont par Madame Massimo et l’une de ses sœurs, petites filles de don Carlos, duc de Madrid, dont la famille est apparentée à celle de la duchesse d’Angoulême, sœur aînée du dauphin.

A cette époque, ce n’était encore qu’une tradition de dire qu’il s’agissait du cœur de Louis XVII mais aucun document écrit, attesté, ne prouvait l’authenticité de cette relique. L’énigme du Temple se poursuivait, avec l’hypothèse que le garçon mort dans cette prison n’était pas Louis XVII. Dans cette histoire, les progrès de la biologie allaient bientôt apporter une réponse définitive.

En décembre 1999, le duc de Bauffremont, entouré de médecins, de personnalités, en présence de Son Altesse Royale la prince Charles-Emmanuel de Bourbon Parme, déclara aux équipes de télévision, invitées dans la cathédrale de Saint-Denis à assister à l’événement, que « les merveilles de la science contemporaine allaient peut-être résoudre l’énigme ». L’urne de cristal fut confiée à un laboratoire d’analyses médicales, à Paris, qui préleva deux morceaux du cœur, plus précisément de ce qui restait du cœur. Deux laboratoires de renommée mondiale, en Belgique et en Allemagne, décidèrent de pratiquer des tests ADN.

Ces recherches ne tardèrent pas à fournir la preuve qu’il s’agissait du cœur d’un enfant de Marie-Antoinette. L’historiographie récente, poursuivant ses études, attesta qu’il était bien celui de Louis XVII, et non celui de son frère aîné, Louis-Joseph-Xavier, mort le 4 juin 1789 à l’âge de huit ans.

Désormais, le Mémorial de France à Saint-Denys pouvait organiser les cérémonies de déposition solennelle du cœur du petit Roi.

Le lundi 7 juin 2004, la première partie des cérémonies se déroula en l’église Saint-Germain l’Auxerrois, paroisse des rois de France depuis François 1er.Dès dix heures du matin, le cœur de Louis XVII fut exposé en son vase de cristal à la vénération des fidèles, encadré d’une garde d’honneur, au « banc royal » surmonté d’un baldaquin de bois sculpté, qui fait face à la chaire.

Une foule ininterrompue de personnes vint offrir ses hommages au petit Roi martyr, mais nous nous gardons bien de dire leurs intentions, car l’église, l’un des lieux les plus poignants de Paris, méritait ce titre par la multitude de Français et d’étrangers qui venaient et sortaient après de longs moments d’observation silencieuse, et de prières. Vers dix-sept heures, des communautés religieuses de frères et de sœurs, tous vêtus de blanc, récitèrent les Litanies du Sacré-Cœur et chantèrent une Complainte du Petit Roi.

L’église se révéla trop petite pour contenir la foule venue suivre une messe de Requiem en français et en latin, superbement chantée, célébrée à dix-huit heures par le curé de la paroisse, le Père Cordier. « Messe d’obsèques de quelqu’un, précisa-t-il , qui n’avait pas eu d’obsèques », tout en ajoutant que ce « quelqu’un » était un petit Roi martyr.

Le lendemain, jour anniversaire de la mort de Louis XVII au Temple, c’est à la basilique de Saint-Denis qu’un important service d’ordre commença à accueillir, dès sept heures du matin, les premiers arrivants. Près de cinq mille personnes répondirent à l’appel du passé. Parmi elles, beaucoup sans doute étaient venus, non par nostalgie d’un monde englouti, mais pour y puiser la force d’un cœur chrétien, bien nécessaire à qui veut traverser, sans défaillir, les temps présents. Peu avant dix heures, dans un silence impressionnant, quelque mille cinq cents personnes étaient entrées à l’intérieur de la cathédrale, les autres restant à l’extérieur, où un écran géant permit de suivre la messe, une messe votive du Sacré-Cœur.

Prirent place dans les premiers rangs les familles princières et les personnalités : Mgr le duc d’Anjou, l’archiduc Karl de Habsbourg, représentant son père, l’archiduc Otto de Habsbourg, le grand-duc Jean de Luxembourg, les princes Michel, André, Rémy, Charles-Emmanuel, Axel de Bourbon-Parme, le duc et la duchesse de Séville, la duchesse d’Anjou et de Ségovie, le duc et la duchesse de Bauffremont, le prince et la princesse de Lobkowicz, le prince Charles-Henri de Lobkowicz, la duchesse de Wurtemberg, le prince et la princesse de Broglie, les princesses Marie-Thérèse et Cécile de Bourbon-Parme, le prince Mourousy, Madame Hélène Carrère d’Encausse, de l’Académie française, Monsieur Jean Foyer, ancien Garde des Sceaux, Monsieur Jacques de Larosière, ancien Gouverneur de la Banque de France, Monsieur Jean-Jacques Aillagon, Ancien Ministre, et plusieurs Ambassadeurs : Autriche, Pologne, Belgique, Slovénie, Ordre de Malte.

Dix heures, moment d’intense émotion. Le jeune prince Amaury de Bourbon-Parme, âgé de douze ans, traversa la basilique, dans l’allée centrale, en portant le vase de cristal recouvert d’un voile violet. Puis, la messe commença au son de la Fanfare royale de Pergolèse, suivie d’un extrait du Stabat Mater, sa dernière œuvre, achevée en 1736. Messe célébrée par le Cardinal Jean Honoré, Archevêque émérite de Tours, en présence de son Excellence Monseigneur Fortunato Baldelli, Nonce apostolique en France, et de Mgr le Bourgeois, ancien Evêque d’Autun.

Le Chœur grégorien de Paris, la Maîtrise des Hauts-de-Seine, Monsieur Pierre Pincemaille, organiste titulaire des grandes Orgues de Saint-Denis, nous éblouirent pendant toute la messe. Nous sentions que deux domaines se rejoignaient, la parole du Cardinal Honoré qui, dans son homélie, invita l’assistance à porter le drame de l’enfant martyr « à la hauteur du mystère divin », et l’admirable interprétation des choristes et des musiciens, qui nous traversait et nous dépassait en tous sens.

Les fanfares royales de Haendel marquèrent la fin de la messe.

Plusieurs centaines de personnes s’étaient inscrites pour un déjeuner qui eut lieu dans le cloître de la Maison d’Education de La Légion d’Honneur.

En début d’après-midi, une cérémonie accompagna l’enfant du Temple jusqu’à sa dernière demeure, dans la crypte des Bourbons. Le Père Dominique Lebrun, l’Archiprêtre de la cathédrale, remit solennellement l’urne de cristal entre les mains du chef de la Maison de Bourbon, Louis-Alphonse, sous le regard de l’Abbé Christian Chanut, curé de Milly-la-Forêt, qui prononça une bouleversante absoute, s’adressant directement à l’enfant, qu’il appela « Sire ».

Dans un recueillement plein de respect et de ferveur, nous fûmes invités à entrer dans la crypte pour un dernier hommage au petit Roi. Long défilé d’hommes, de femmes et d’enfants marchant l’un après l’autre devant la niche où repose désormais le Roi, Louis XVII, pour le bonheur des Justes et dans l’Eternité. Leur silence, au terme de ces deux jours de commémoration, achevait ce que le Mémorial de France à Saint-Denys, et tous ses amis, avaient formulé pour eux, et pour nous-mêmes : vivre et transmettre, dans des éclairs de foi, la lumière de vérité.

Tout ressuscite, mais rien ne ressuscite que si nous le voulons.

NOTE DE BAS DE PAGE

* Cette prison s’élevait à l’emplacement actuel de la mairie du IIIème arrondissement de Paris. Du Temple, où la famille royale fut installée le 13 août 1792, il ne subsiste aujourd’hui que des rares pans de mur de l’enclos, intégrés à des immeubles. Le donjon fut détruit par décret du 16 mars 1808. L’église du Temple, d’origine romane, fut vendue en 1796, avec le cimetière, à un particulier qui le fit raser.
Royauté et Sainteté

On ne peut manquer de rappeler ce lien, issu de ce qu’on appelle « la volonté divine », source de toute inspiration et de tout idéal, notamment à ceux de nos lecteurs qui s’intéressent aux études historiques
de la reconnaissance de la sainteté par l’Eglise catholique, et à l’hagiographie.

Le dernier aumônier et confident de Louis XVI, l’Abbé Edgeworth de Firmont, considérait que le Roi était mort en authentique martyr chrétien. Pie VI*, le dernier pape de l’histoire chrétienne avant le séisme de 1789,
affirma que la cause de la mort du Roi était bien la haine de la religion catholique, comme l’ont rapporté les témoins des derniers instants de Louis XVI qui avaient admiré son esprit de foi et de courage.

D’autres écrits ont contribué à répandre l’idée de la royauté douloureuse et glorieuse de Louis XVI. On ne peut que recommander l’excellente étude du Marquis de La Franquerie, datant de 1943, préfacée par l’Archevêque d’Aix-en-Provence, Mgr Du Bois de la Villerabel, et régulièrement rééditée par les Editions Résiac : « Louis XVI le roi-martyr ».

Plus tard, les historiens Paul et Pierrette Girault de Coursac reprirent le titre de « roi-martyr ». Mais la cause de
béatification de Louis XVI ne fut jamais introduite au Saint-Siège à la Congrégation pour les Causes des Saints.

Le très jeune âge de son fils Louis XVII lui permettra-t-il d’accéder un jour à l’héroïcité des vertus ? L’Eglise catholique autorisant la reconnaissance de l’héroïcité de vertus d’enfants, il faudrait alors
reconnaître comme miraculeuse au moins une guérison attribuée à l'intercession du petit Roi, "martyr" lui
aussi…

Le très jeune âge de son fils Louis XVII lui permettra-t-il d’accéder un jour à l’héroïcité des vertus ? L’Eglise catholique autorisant la reconnaissance de l’héroïcité de vertus d’enfants, il faudrait alors reconnaître comme miraculeuse au moins une guérison attribuée à l'intercession du petit Roi, "martyr" lui aussi…

*C’est Pie VI, mort en 1799, qui fut le témoin de l’expulsion des Autrichiens de l’Italie et de la première invasion des Etats pontificaux par les troupes de Bonaparte, avant leur annexion à l’Empire en 1808, sous le pontificat de son successeur, Pie VII.

par Institut de la Maison Bourbon, lundi 19 mai 2008, 10:05
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