Documentaire de Paul-Éric Blanrue : "Un Homme". Liberté, égalité, fraternité ! Vraiment ?

  La République et la libre communication des opinions, c'est-à-dire la liberté de la presse.

 

« On appelle esprit libre celui qui pense autrement qu'on ne s'y attend de sa part en raison de son origine, de son milieu, de son état et de sa fonction, ou en raison des opinions régnantes de son temps. Il est l'exception, les esprits asservis sont la règle. Ce que ceux-ci lui reprochent, c'est que ses libres principes, ou bien ont leur source dans le désir de surprendre ou bien permettent de conclure à des actes libres, c'est-à-dire de ceux qui sont inconciliables avec la morale asservie. » Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain

 

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« Par chance je suis dépourvu de toute ambition politique ou sociale, en sorte que je n'ai à craindre aucun danger de ce côté-là, rien qui me retienne, rien qui me force à des transactions et à des ménagements ; bref j'ai le droit de dire tout haut ce que je pense, et je veux une bonne fois tenter l'épreuve qui fera voir jusqu'à quel point nos semblables, si fiers de leur liberté de pensée, supportent de libres pensées.» Friedrich Nietzsche, lettre à Malwida von Meysenbug, 25 octobre 1874.

 

En droit, la presse n'était pas libre sous l'Ancien Régime : la censure veillait. En fait, les libellés et les tracts couraient les rues : la censure veillait mal, et on la tournait à plaisir, souvent avec sa complicité.

 

Avec la Révolution, et même avant elle, la presse explose. Brissot publie dès avril 1789 le prospectus de son Patriote français. En mai 1789, Mirabeau publie deux numéros de sa propre feuille, États généraux. Il s'enflamme : « Que la première de vos lois consacre à jamais la liberté de la presse, la liberté la plus inviolable, la plus illimitée. » Mais il n'est même pas besoin d'une loi. Les gazettes se multiplient, il en naît trois cents en un an : affirmation de l'égalité dans le droit à l'information. Toutes les opinions s'expriment, dans tous les formats et à tous les prix. Tarifs de 1789, pour Paris, abonnement de 3 mois : l'Observateur 6 livres, le journal universel 9 livres, le Courrier de Paris 12 livres, Véridique 30 livres...

 

Mais bientôt on découvre que la liberté de la presse ne doit valoir que pour les champions de la liberté. « Si la presse est libre, peut encore écrire le journal politique national, la pensée ne l'est pas, et les imprimeurs de la capitale, pour être assis à la table de la liberté n'en ont pas moins sur leurs têtes les réverbères de Paris ; ils n'ont plus de censure, mais ils ont des bourreaux. »

 

On brûle les journaux royalistes ; on limite la circulation des écrits suspects. Le Conseil général de la Commune, après la journée du 10 août, décide l'arrestation des « empoisonneurs de l'opinion publique, tels que les auteurs des journaux contre-révolutionnaires ».

 

Chateaubriand brossera le tableau de ce temps : « La mort était alors le droit commun français. Pour comité de censure, on avait le club des Jacobins; pour gazette du matin, le procès-verbal des exécutions de la veille ; le bourreau était le seul journaliste quotidien qui fût en pleine possession de la liberté de la presse. On n'exigeait pas des autres écrivains le dépôt de leurs ouvrages, mais celui de leurs têtes. » L'échafaud n'épargne personne : ni Camille Des-moulins, ni le « père Duchesne ».

 

Après le réveil de la presse sous le Directoire, l'Empire fait le vide. Sont supprimés les journaux qui ne respectent pas les consignes. « Réprimez un peu les journaux, écrit Napoléon à Fouché (le 22 avril 1804). Faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n'est pas éloigné où, m'apercevant qu'ils ne sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et je n'en conserverai qu'un seul. »

 

En 1811, il n'en subsiste à Paris que quatre, propriétés du pouvoir et dociles à ses injonctions. Le Moniteur donne le ton. Rétrospectivement à Sainte-Hélène, presque à la veille de sa mort, Napoléon pensera se justifier en se présentant comme le garant des conquêtes civiques de la Révolution. « J'avais conservé tous les intérêts de la Révolution. Je n'avais aucun motif de les détruire. On savait que l'empereur ne voulait pas et ne pouvait pas vouloir de contre-révolution. Avec moi, la liberté de la presse n'était pas nécessaire. » (journal de Bertrand, 15 mars 1821).

 

Le fait est que la liberté de la presse, conquête éphémère de 1789, s'achève en 1814 dans l'asservissement.

 

René Sédillot, Le coût de la Révolution française, 1986. Editions Perrin, collection « Vérités et Légendes, pages : 75 et 76.

 


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