Du génie de la monarchie

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Né en 1811, l'Alsacien Alexandre Weill débute une carrière journalistique en Allemagne avant de gagner Paris à 25 ans, animé de convictions républicaines et exerçant bientôt son art au sein de la Revue du Progrès fondée en 1839 par Louis Blanc, puis de La Revue Indépendante co-fondée en 1841 par George Sand. Mais le tumulte de 1848 le pousse vers d'autres horizons, et c'est acquis à la légitimité monarchique qu'il publie en 1850 son Génie de la monarchie, y combattant « l'esprit révolutionnaire, esprit de doute, de négation, d'outrecuidance et d'impuissance » et y vantant les mérites d'une hérédité du pouvoir qui permet de « discuter comment le pouvoir doit gouverner » au lieu de gaspiller son temps « pour savoir qui doit régner ».

 

Selon Weill, « l'hérédité du pouvoir garantit le travail, elle seule représente l'ordre, père de la liberté. Cette institution, loin d'être fortuite, a été nécessaire, forcée, indispensable. Elle le sera aussi longtemps que la société existante reconnaîtra une loi morale et sociale. Sans l'hérédité du pouvoir, l'hérédité de la propriété et du travail accumulé ne sera qu'un édifice sans faîte ni abri. Il peut durer quelque temps en résistant aux attaques du dehors, mais à la longue, il cédera forcément et enterrera sous ses ruines tous ceux qui ont cru pouvoir le défendre du haut de ses créneaux démantelés.

 

« Les sophistes du dernier siècle [XVIIe] ont fait passer l'hérédité du pouvoir pour une institution égoïste, surannée, usée, faisant obstacle à la liberté. Cette erreur capitale leur a coûté fortune et vie. Loin d'empêcher le progrès et la liberté, l'hérédité du pouvoir est l'unique institution capable de sauvegarder tous les intérêts moraux et physiques. Seule, elle peut servir de symbole d'airain pour attirer à elle toutes les capacités de la nation, et leur tracer la route ascendante qui conduit aux devoirs, aux grandeurs, aux honneurs. Seule enfin , elle donne au peuple toutes les institutions de libertés nationales, en lui assurant paix et prospérité par l'ordre, le travail et le crédit.

 

« En effet, dès que le pouvoir n'est pas stable et inviolable par l'hérédité ; dès qu'électif, il tombe en communauté, les hommes, au lieu de s'élever jusqu'à lui, le rabaissent à l'instant jusqu'à eux. L'émulation des devoirs fait place à la lutte des droits. N'importe sous quelle forme cette lutte ait lieu, c'est toujours la guerre civile, d'abord dans les esprits, puis dans les fonctions, bientôt après dans les rues. Dès lors, la vie naturelle de la nation s'arrête. Au lieu de travailler et de faire son devoir, elle épuise son temps et son activité en querelles de partis et de personnes. Au lieu de discuter comment le pouvoir doit gouverner, elle gaspillera son temps et son esprit pour savoir qui doit régner ; au lieu de réformer les abus par des mesures sages et fermes, elle procédera par bonds et par sauts, c'est-à-dire, par des révolutions continuelles proclamant et sanctifiant le droit du plus fort.

 

« Vainqueur, le pouvoir, poussé par la nécessité, confisque la liberté et usurpe les droits politiques du peuple. Vaincu, il entraîne dans sa chute toute la société, en cessant de contenir l'anarchie, le vol, le meurtre, le pillage et l'assassinat. Tout devient alors une affaire politique. Propriété, famille, religion, vertu, raison, dévouement, tout s'en va en bloc ; tout disparaît sous l'éboulement général. Un pouvoir non reconnu inviolable par l'hérédité et par la légitimité dégénère forcément ou en despotisme on en anarchie.

 

« La logique du mal est terrible et se précipite de conséquence en conséquence. Le proverbe a dit juste : Le mal vient au galop et s'en retourne au pas. Qu'est-ce, en réalité, que le pouvoir électif ? La communauté du pouvoir, soit entre certaines classes privilégiées, soit pour la nation tout entière. Or, comme dans une société, quel qu'en soit le degré de civilisation, deux tiers d'hommes, représentant la vie matérielle, sont subordonnés à l'autre tiers, représentant l'intelligence ; comme ces deux tiers sont nécessaires au travail manuel, il ne reste que l'alternative suivante : ou la communauté du pouvoir conduira forcément à la communauté de la propriété, ou bien certaines classes, certains partis, sous prétexte de défendre la propriété, s'empareront, de gré ou de force, du pouvoir et maintiendront le peuple dans un servage continuel. C'est ce qui est arrivé dans tous les pays de pouvoir électif, et c'est ce qui arrivera toujours ; car la logique ne change pas selon les passions des hommes.

 

« Nos démocrates, nos grands journalistes, disent que non. Ils prétendent, que là précisément est le progrès de l'humanité, que l'avenir ne ressemblera en rien au passé, que tout est changé, que la démocratie ne retombera plus dans les errements de l'histoire, que les hommes d'aujourd'hui sont plus civilisés, plus instruits, plus avancés que les hommes d'hier. Tous ces docteurs ès-politique ressemblent au médecin malgré lui proclamant que le coeur a changé de place. Qu'on le sache donc, une vérité ne change jamais, pas plus que Dieu dont elle émane, pas plus que la place du coeur.

 

Que demain on décrète l'instruction gratuite, qu'on donne à chaque Français des rentes et un professeur, la proportion humaine restera la même. Il y aura toujours un homme de talent contre des milliers de nullités, un homme de génie contre des millions de médiocrités. La nature ne change pas. Le progrès ne consiste pas dans l'étendue des droits, mais dans l'observance du devoir. Tout ce que vous pouvez donner à l'homme, instruction, contentement, force, talent, fortune, génie même – et vous ne le pouvez pas – la religion le lui a donné longtemps avant vous. La religion est la dot que Dieu a donnée à l'âme, quand il l'a mariée à l'homme.

 

« L'éducation ne rend l'homme ordinaire ni plus grand, ni plus heureux. S'il est né médiocre, il a beau apprendre tout, il faut qu'il travaille pour être utile à la société : il faut qu'il fasse son devoir pour jouir de ses droits. Or, dans un pouvoir électif, tout le monde voudra jouir de ses droits, personne ne fera son devoir. Cela a toujours été et cela sera toujours ; attendu que les hommes, tout en progressant, resteront toujours dans les mêmes proportions physiques et intellectuelles ; attendu qu'il y aura toujours une majorité de médiocrités, représentant les membres et le corps de l'humanité, vis-à-vis d'une minorité d'intelligences supérieures, qui en représentent la tête et la pensée. »

 

Hugo Brémont

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