Esclaves chrétiens, maîtres musulmans L'esclavage blanc en Méditerranée (1500-1800)

esclavage

 

À l'heure où commençait à se développer la traite atlantique, la Méditerranée connut l'apogée d'une autre sorte d'esclavage : celle des chrétiens asservis en Afrique du Nord et au Levant. La littérature a gardé le souvenir de ces pirates barbaresques qui, aux xvie et xviie siècles, faisaient trembler les marins et les habitants du littoral jusqu'en Angleterre : leurs attaques se soldaient par l'enlèvement d'hommes, de femmes et d'enfants qui, une fois captifs, étaient vendus sur les places d'Alger, de Tunis, de Fez et d'autres villes.

 

En se penchant sur leur cas, Robert Davis entreprend d'éclairer une facette assez méconnue de l'esclavage moderne, sur laquelle aucune synthèse véritable n'existe. Quelle est l'ampleur du phénomène ? L'auteur estime à plus d'un million le nombre d'Européens asservis en Afrique du Nord entre 1530 et 1780. Vers 1675, les esclaves chrétiens formaient le quart de la population d'Alger. Quel était leur sort ? Une minorité était rachetée par leur famille ou par l'Eglise, une autre partie vendue comme domestique, et la majorité allait aux galères et au « bagne ». Selon certains récits de rescapés, le sort de ces derniers était terrible : soumis à des travaux extrêmement durs (carrières de sel, construction, coupe du bois), ils survivaient sous la menace de châtiments corporels qui pouvaient être fatals.


Considérant cela, R. Davis n'hésite pas à trancher un débat ancien concernant la relative douceur de l'esclavage en terre musulmane : au vu des documents qu'il cite à témoigner, les galères et les bagnes de Tunis, d'Alger et de Tripoli n'auraient rien à envier au goulag et aux pires camps de travail que l'histoire a connus. Il s'étonne donc de l'effacement à peu près total de leur mémoire dès le xixe siècle, et de l'oubli dans lequel a sombré cet épisode de l'asservissement humain, certes incomparable en volume avec l'esclavage aux Amériques, mais cruel. Il y voit un exemple d'esclavage non fondé sur la race, mais sur le ressentiment éprouvé par le monde musulman à l'égard de la chrétienté à la suite de la reconquista espagnole. On peut imaginer que cet ouvrage soulèvera quelques débats.

 

Nicolas Journet

 

http://www.scienceshumaines.com/esclaves-chretiens-maitres-musulmans-l-esclavage-blanc-en-mediterranee-1500-1800_fr_14660.html

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