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Méthodes d’enseignement : dangers d’un apprentissage par coeur contraire à la formation de l’esprit critique (Extrait de « Ma revue hebdomadaire illustrée », n° du 26 avril 1908)

Au début du XXe siècle, un chroniqueur de Ma Revue hebdomadaire illustrée dénonce la politique d’enseignement de l’ « école des perroquets », qui érige l’art de réciter en méthode de formation des jeunes esprits, à l’origine d’une servitude intellectuelle et de l’incapacité d’émettre un avis éclairé qu’il observe chez la plupart de nos concitoyens

Nous connaissions l’Ecole des femmes, l’Ecole des maris ; on vient de découvrir l’école des perroquets, écrit Henri d’Alméras. Elle existe au Grand-Montrouge – partie de la ville de Montrouge après que cette dernière eût été amputée en 1860 du Petit-Montrouge suite à l’extension de Paris –, et elle a pour but de compléter l’éducation de ces étranges volatiles qui ont toujours l’air d’avoir avalé un phonographe et de n’avoir pu le digérer.


L'école des perroquets
L’école des perroquets

Elle leur apprend à parler, elle leur donne suivant qu’on le désire, l’accent du Nord ou celui du Midi. Elle leur forme un répertoire, moins étendu, je me plais à le reconnaître, que celui du Théâtre-Français.

(...)


On ne se doute pas du temps que réclame, de la patience qu’exige l’éducation de Jacquot. L’école, signalée ces jours-ci au public, a tout un personnel. On y fait de véritables classes. Il y a des élèves déjà dressés qui enseignent les autres. Ce sont des perroquets répétiteurs. Ils ont droit à un supplément de nourriture. En somme, rien ne manque à cet établissement modèle qui a plus de pensionnaires qu’il n’en peut abriter. Après avoir élargi ses programmes, il va être obligé d’élargir ses locaux.


Cette école des perroquets, j’ose à peine en faire l’aveu, me rappelle nos lycées et nos collèges. Je ne puis m’empêcher de croire qu’on y applique des procédés analogues et qu’on y arrive à peu de chose près aux mêmes résultats. Et puisque m’est offerte l’occasion de le dire ici,-dans cette revue qui s’adresse à un public cultivé et intelligent, je ne vois pas pourquoi j’hésiterais à en profiter.


Le perroquet écolierProfesseurs et instituteurs me sont connus. Je les ai vus de près. Leur savoir égale leur dévouement, et on ne pourrait en faire un plus bel éloge. Malheureusement, ils sont, dans bien des cas. des forces perdues. On ne les utilise pas assez. On emprisonne leur mérite et leur zèle, et toutes leurs facultés d’initiative, et toutes leurs tendances vers le progrès dans les plus déplorables méthodes, depuis longtemps condamnées et toujours vivantes. Ces méthodes, les gens mal renseignés les reprochent à ces maîtres excellents et, en réalité, ils les subissent. Ils leurs doivent tant de stériles efforts, tant d’échecs immérités !


Education de perroquets, peut-on donner un autre nom à celle que reçoivent chez nous les enfants ? Rappelez vos souvenirs d’écolier, et je souhaite pour vous qu’ils ne remontent pas trop haut. À l’école, au collège, au lycée, dans les mois d’hiver où les classes s’emplissaient de nuit, dans les mois d’été où les promenades, loin, bien loin de la prison pédagogique, auraient eu tant de charme, presque tout notre temps ne se passait-il pas à apprendre par cœur, à réciter ?


Réciter, réciter tous les matins, tous les soirs, et du français, et du latin, et du grec, ce fut le tourment et le cauchemar de ma vie de collégien. Et bien d’autres que moi, assurément, s’en souviennent avec la même impression d’ennui et de rancune. Vingt vers, trente vers qu’il fallait débiter tout d’une haleine – peu importait qu’on les comprît ou non – sans faire plus de quatre ou cinq fautes, et le professeur, à chaque faute, tendait vers vous un doigt menaçant. Heureux les bègues, ils étaient, par faveur spéciale, préservés de celle angoisse et de ce supplice !



Le perroquet écolier
C’est ainsi que des maîtres, condamnés eux aussi à observer les règlements, nous ont dégoûtés de celle belle littérature classique à laquelle certains d’entre nous, trop rares, sont tardivement revenus. Et cependant ni Corneille, ni Racine, ni Molière, ni La Fontaine ne sont responsables du triste usage qu’on faisait de leurs vers à nos dépens. Virgile n’a pas composé l’Enéide pour qu’on pût accabler de pensums ou de retenues de petits Français du dix-neuvième siècle.
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Tag(s) : #Politique-Société

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