L'inquisition ou le fantasme des ignorants !

  • Démocratie Royale
  • Royalisme

Afin d'en finir avec cette histoire d'inquisition où tous les fantasmes co-existent, voici une suite de faits historiques afin de remettre les pendules à l'heure :

 

Les contres-vérités :

 

- Première contre vérité, la torture : L'usage de la torture longtemps refusé par l’Eglise est rétabli au XIII ème siècle en raison du développement du droit romain dans la justice civile. En 1252 Innocent IV autorisera son usage dans les tribunaux ecclésiastiques à condition que cela n’entraîne ni la mutilation ni la mort. Elle sera rarement utilisée, contrairement à ce qui est dit et ce qu'on peut penser.

- Deuxième contre vérité, le bûcher : Emmanuel le Roy Ladurie note que l’Inquisition en use fort peu.

- Troisième contre vérité, la méthode judiciaire archaïque : l’Inquisition a représenté un progrès parce que la où l’hérésie déclenchait des réactions incontrôlées émeutes populaires ou justice expéditive, l’institution ecclésiastique a introduit une procédure fondée sur l’enquête, sur le contrôle de la véracité des faits, sur la recherche de preuves et d’aveux, en s’appuyant sur des juges qui résistent aux passions de l’opinion.

- Quatrième contre vérité : L'inquisition est un bloc monolithique : Ce n'est pas un bloc... celle de l'époque des cathares ne ressemble pas à celle du 16ème siècle. Tous les pays n'admettaient pas l'Inquisition (ainsi la république de Venise). Le but de cette institution n'était pas de brûler des hérétiques, mais de veiller à préserver la foi. Elle pouvait employer d'autres moyens tels que l'amende par exemple. A l'époque de Torquemada la peine de mort n'est le fait que de 2 % des cas traités.

 

Quelques faits et chiffres

 

Citons Bartolomé Bennassar. Selon lui, les juges inquisitoriaux sont "des hommes d'une qualité intellectuelle remarquable", et l'Inquisition fut une justice "plus exacte, plus scrupuleuse. (... ) Une justice qui pratique un examen attentif des témoignages, qui en effectue le recoupement minutieux, qui accepte sans lésiner les récusations par les accusés des témoins suspects, une justice qui torture fort peu et qui respecte les normes légales (...). Une justice soucieuse d'éduquer, d'expliquer à l'accusé pourquoi il a erré, qui réprimande et qui conseille, dont les condamnations définitives ne frappent que les récidivistes". (L'Inquisition espagnole, Hachette, 2001).

 

Charles-Henri Léa, historien américain libéral du XIXème, très défavorable à l'Inquisition (son ouvrage a été récemment réédité), note : "La croyance populaire selon laquelle la chambre de torture était le théâtre (...) d'un acharnement particulier à extorquer des aveux est une erreur imputable aux écrivains à sensation qui ont exploité la crédulité publique."

 

Et Henry Kamen, historien britannique auteur d'une Histoire de l'Inquisition espagnole (Paris, 1966) : "A une époque où la torture était universellement répandue dans les cours criminelle de toute l'Europe l'Inquisition espagnole suivait (à cette égard) une politique de modération et de circonspection qui permet de la juger favorablement" (p. 183).

 

Avant 1500, sur 300 procès devant le tribunal inquisitorial de Tolède, on relève 5 ou 6 cas de torture (catalogo de las causas seguidas ante la Inquisicion de Toledo, dressé par Vicente Vignau, Madrid, 1903) ; de 1480 à 1530, sur 2000 procédures à Valence, 12 cas de recours à la question sont attestés (Sévillia, p. 92).

 

Le bûcher

 

L'historien danois Gustav Henningsen, dans les années 70, a dépouillé environ 50 000 procédures inquisitoriales datées de 1560 à 1700. Il conclut : "Environ 1% seulement des accusés ont dû être exécutés".

 

La Revue des études juives, se penchant sur l'activité du tribunal de Badajoz de 1493 à 1599, a recensé une vingtaine de condamnés à morts, en 106 ans (Dumont, p. 519)

 

Une estimation chiffrée globale...

 

"Les 10 à 12 000 exécutions capitales en trois siècles doivent être rapprochées des 50 000 sorcières brûlées en trois ou quatre décennies dans le reste de l'Europe au début du XVIIème siècle. Cette comparaison prouve que la répression inquisitoriale a été relativement économe en vies humaines" - Pierre Chaunu, Eglise, Culture et Société, SEDES, 1981 (cité par Jean Sévillia, pp. 94-95)

 

"L'Inquisition, sous la houlette de Torquemada, se caractérisa par son caractère impitoyable et sa brutalité. Les dénonciations anonymes, le recours à la torture pour extorquer des aveux étaient des pratiques courantes. Les "formes" étaient cependant respectées - même si aujourd'hui ces subtilités peuvent nous apparaître hypocrites ou simplement absurdes : l'Eglise n'ayant pas le droit de verser le sang, des tortures "adaptées" étaient employées lors de la Question destinée à extorquer des aveux aux suspects (par exemple le supplice de l'eau, ou le broyage des membres) ; de la même manière, l'Eglise n'avait pas formellement le droit de donner la mort, et les personnes condamnées pour les crimes d'hérésie jugés les plus graves (notamment les relaps) étaient remises au "bras séculier" (l'autorité civile) pour être exécutées par le feu ou par d'autres méthodes (pendaison...)...." (wikipédia)

 

La réalité... Au sujet du même torquemada :

 

- avant 1500 : plus de 300 procès, 4 ou 5 cas de tortures à Tolède

- entre 1480 et 1530 : plus de 2000 procédures à Valence, 12 recours à la "question"

Peines infligées aux coupables : amende, saisie, pénitence religieuse (le plus souvent)

Exemple : le grand-père de Ste Thérèse d'Avila (la Madre Fundadora) est condamné à se rendre en procession pendant 7 vendredis dans les églises de Tolède, revêtu d'une chasuble jaune marquée d'une croix (sanbenito).

Je vous renvoie à l'excellent ouvrage Historiquement Correct de Jean Sévillia (éditions Perrin)

 

Je poursuis.... sur des faits et non des fantasmes

 

Pour l'inquisition Espagnole : voici la procédure appliquée rapportée par les historiens :

- publication d'un édit de grâce appelant au repentir (confession) et à la dénonciation

- l'accusé a connaissance des charges, il bénéficie d'un avocat (chose unique en ces temps) et peut présenter des témoins en sa faveur

- la question ne peut être utilisée qu'avec l'accord signé de l'Inquisiteur et de l'Evêque en présence d'un médecin (attention, nous ne sommes pas au XXIe siècle : il s'agit là d'un procédé commun, tout comme la garde à vue de nos jours)

 

La procédure inquisitoriale confère au juge l'initiative de la poursuite. Le juge peut lancer d'office une procédure sur la base de la fama publica (la "notoriété"). Soit il trouve des accusateurs précis par le biais d'une enquête, générale ou individuelle, soit il se charge lui-même d'administrer la preuve. L'ensemble de la procédure fait une large place à l'acte écrit, au témoignage et à l'aveu. Même en l'absence d'aveux, le suspect n'était pas nécessairement emprisonné. Il pouvait rester en liberté sur parole, sur caution, ou présenter des personnes se portant garantes de sa comparution devant l'inquisiteur. L'incarcération pouvait être utilisée, mais le plus souvent ne s'étendait pas à toute la durée de la procédure. Les avocats d'hérétiques risquaient d'être eux-mêmes accusés de complaisance avec l'hérésie poursuivie donc évidement ils ne se bousculaient pas au portillon.

 

Les peines les plus graves sont la prison sous la forme d'assignation à résidence, avec exercice de leur métier, procession pénitentielle le Samedi et Messe le Dimanche.

 

Voici quelques données instructives sur l'inquisition de Lima (1570-1635):

Procès: 1045: 790 condamnés (75,52%), 183 poursuites abandonnées (17,49%), 46 relaxés au bras séculier (4,39%).

Délits: bigamie 103 (13,03%); sorcellerie 63 (7,97%); sollicitation (1) 55 (6,96%); propositions scandaleuses 177 (22,4%); blasphèmes 126 (15,94%); luthéranisme 45 (5,69%); judaïsme 84 (10,63%); divers 137 (17,33%).

Origine des inculpés: Espagnols et créoles (2): 56,95%; Noirs, métis et mulâtres: 16,43%; étrangers (dont plus de la moitié de Portugais): 23,03%.

Sexe des inculpés: hommes: 88,98%; femmes: 11,01%.

Condamnations: condamnés réconciliés (3) au cours d'un autodafé: 33,79%; réconciliés en effigie: 0,25%; relaxés au bras séculier, en personne: 2,40%, en effigie: 1,26%; condamnés hors autodafé: 62,27%.

Source: Paulino Castañeda et Pilar Hernandez, La Inquisición de Lima (1570-1635)

 

Conclusion :

 

- les tribunaux civils sur l'Europe ont mené 100.000 procès pour sorcellerie, et ont abouti à 50.000 condamnations à mort.

- les tribunaux religieux espagnols ont mené 120.000 procès d'inquisition et ont abouti à 59 condamnations à mort.

 

Il est arrivé plusieurs fois que l'accusé ait demandé à être jugé par le tribunal de l'inquisition plutôt que par un tribunal civil. Il en avait le doit. Et au vu des chiffres, on comprend de telles demandes ! De plus certaines sentences étaient exécutées par contumace en faisant brûler des mannequins ! C'est d'ailleurs extrêmement curieux, il faut noter quand même que les accusateurs de l'Église ne diffusent jamais de chiffres, eux ! Et quand ils le font, c'est avec aucune sources historiques afin de vérifier les allégations. Peut être que les réticences des accusateurs seraient mis à mal par un comptage objectif...

 

Alors 50 millions de morts comme j'ai pu le lire de ci de la, c'est non seulement du pur fantasme mais surtout le signe d'une ignorance crasse.

 

_________________________________________________________

 

Citations :

 

Pierre Chaunu (historien protestant) :"La révolution française a fait plus de morts en un mois au nom de l'athéisme que l'Inquisition au nom de Dieu pendant tout le Moyen Age et dans toute l'Europe..."

 

Pierre Chaunu :"J’aurais bien préféré comparaître devant les tribunaux de l’inquisition que devant ceux du roi ".

 

Dominique Lacordaire :"l'inquisition est un progrès véritable comparée à tout ce qui avait eu lieu dans le passé. À la place d'un tribunal sans droit de grâce, assujetti à la lettre inexorable de la loi, on avait un tribunal flexible duquel on pouvait exiger le pardon par le repentir, et qui ne renvoya jamais au bras séculier que l'immense minorité des accusés. L'inquisition a sauvé des milliers d'hommes qui eussent péri par les tribunaux ordinaires".

 

Régine Pernoud, "pour en finir avec le moyen-âge" :"Car auparavant, c'était en bien des cas une justice laïque ou même un déchainement populaire qui infligeaient aux hérétiques les pires peines"

 

Histoire de sortir une fois pour toute un peu des clichés :

 

Lettre à un gentilhomme russe (Lettre 4), Joseph de Maistre.

 

[...] Sur ce principe, qui ne saurait être contesté, je serais curieux de savoir ce que le plus ardent ennemi de l'Inquisition répondrait à un Espagnol, qui, passant même sous silence tout ce que vous venez de lire, la justifierait en ces termes:

" Vous êtes myope, vous ne voyez qu'un point. Nos législateurs regardaient d'en haut et voyaient l'ensemble. Au commencement du XVIè s, ils virent, pour ainsi dire, fumer l'Europe ; pour se soustraire à l'incendie général, ils employèrent l'Inquisition, qui est le moyen politique dont ils se servirent pour maintenir l'unité religieuse et prévenir les guerres de religion. Vous n'avez rien imaginé de pareil; examinons les suites, je récuse tout autre juge que l'expérience.

Voyez la guerre de Trente ans allumée par les arguments de Luther; les excès inouïs des Anabaptistes et des paysans ; les guerres civiles de France, d'Angleterre et de Flandre ; le massacre de la st Barthélémy, le massacre de Mérindol ; le massacre des Cévennes, l'assassinat de Marie Stuart ; de Henri III, de henri IV, de Charles Ier, du Prince d'Orange, etc... Un vaisseau flotterait sur le sang que vos novateurs ont fait répandre. L'Inquisition n'aurait versé que le leur. C'est bien à vous, ignorants présompteux, qui n'avez rien prévu et qui avez baigné l'Europe dans le sang, c'est bien à vous qu'il appartient de blamer nos rois qui ont tout prévu. Ne venez donc point nous dire que l'Inquisition a produit tel ou tel abus dans tel ou tel moment, car ce n'est point de quoi il s'agit, mais bien de savoir si, pendant les trois derniers siècles, il y a eu, en vertu de l'Inquisiton en Espagne, plus de bonheur et de paix que dans les autres contrées de l'Europe. Sacrifier les générations actuelles au bonheur problématique des générations futures, ce peut être le calcul d'un philosophe, mais les législateurs en font d'autres.

 

Et quand cette observation décisive ne suffirait pas, ce qui se passe aujourd'hui suffirait pour vous réduire au silence. C'est l'Inquisition qui a sauvée l'Espagne, c'est l'Inquisition qui l'a immortalisée ; elle a conservé cet esprit public, cette foi, ce patriotisme religieux qui ont produit els miracles que vous avez vu, et qui suivant les apparences, en sauvant l'Espagne ont sauvé l'Europe par la diversion la plus noblme et la plus obstinée.

 

Du haut des Pyrénées, l'Inquisition effrayait le philosophisme qui avait bien ses raisons pour la haïr. L'oeil ouvert sans relâche sur les livres qui tombaient du haut de ces monts comme des lavanges menaçantes, ceux qui trompèrent sa force et sa vigilance on suffit pour donner à l"usurpateur quelques sujets dignes de lui ; mais la masse est demeurée saine, et l'Inquisition seule a pu le rendre à son maître telle qu'il avait eu le malheur de la perdre."

 

je ne sais en vérité ce qu'on pourrait répondre de raisonnable à ces observations; mais ce qui est véritablement extraordinaire et peu connu, ce me semble, c'est l'apologie complète de l'Inquisition faite par Voltaire, et que je vais vous présenter comme un monument remarquale du bon sens qui aperçoit les faits, et de la passion qui s'aveugle sur les causes:

 

"Il n'y eu, dit-il, en espagne pendant le XVI et XVIIè siècle, aucune de ces révolutions sanglantes, de ces conspirations, de ces châtiments cruels, qu'on voyait dans les autres cours de l'Europe. Ni le duc de Lermes, ni le comte Olivarès ne répandirent le sang de leurs ennemis sur les échafauds. Les rois n'y furent point assassinés comme en France et ne périrent point sous la main du bourreau comme en Angleterre. Enfin, sans les horreurs de l'inquisition, on n'aurait eu alors rien à reprocher à l'Espagne."(1)

 

Je ne sais si l'on peut être plus aveugle. Sans les horreurs de l'Inquisition, on n'aurait rien à reprocher à cette nation qui n'a échappé que par l'Inquisition aux horreurs qui ont déshonoré toutes les autres.

 

c'est une véritable jouissance our moi de voir ainsi le génie châtié, condamné à descendre jusqu'à l'absurdité, jusqu'à la niaiserie, pour le punir de s'être prostitué à l'erreur. Je suis moins ravi de sa supériorité naturelle que de sa nullité dès qu'il oublie sa destination.

 

Après les horreurs que nous avons vues en Europe, de quel front ose-t-on reprocher à l'Espagne une institution qui les auraient toutes prévenues?

Le Saint Office, avec une soixantaine de procès en un siècle, nous aurait épargné le spectacle d'un monceau de cadavres qui surpasserait la hauteur des Alpes et arrêterait le cours du Rhin et du Pô

 

Mais de tout les européens le Français serait, sans contredit, le plus insuportable critique de l'Inquisition après les maux qu'il a faits ou causés dans le monde, après les maux plus terribles encore que les maux qu'il s'est fait à lui-même. [...]

 

1)Voltaire, Essai sur l'Histoire générale, tome IV, chap 177.

2) "Qu'importe aux prêtres", Christiapople, 1797 in8e, p192

 

Commentaire personnel : L’Église n'interdit pas de penser autrement qu'elle, elle interdit simplement que SA doctrine soit dévoyée sous son nom. Dans les autres cas, elle s'en fout, si ce n'est sur le plan de la conversion. En gros, elle ne s'intéresse qu'à mettre dans le droit chemin ceux qui se prétendent catholiques malgré de graves déviances dogmatiques, ce qui se conçoit d'ailleurs fort bien.

 

4000 morts en 350 ans c'est le chiffre qu'avance les historiens environ. Ça doit taper dans les 12 morts par mois a peu près et vu qu'à l'époque on zigouillait pour un oui ou pour un non (même les innocents d'ailleurs, cf l'ordalie ça doit être encore une faute de cette saloperie d’Église ?) on ne peut pas dire qu'il y ait eu un gros rendement c'est le moins qu'on puisse dire.

 

Dernière chose, personne ne nie (je ne nie pas) quoi que ce soit. Bien entendu l'inquisition a comme toute entreprise humaine des parts d'ombre, mais dans le contexte de l'époque et en regard de ce qu'il y avait, il faut bien reconnaitre que ce qu'on nous martèle depuis 1 siècle et demi est complètement naze... L'inquisition n'a pas été cette formidable machine à tuer qu'on à essayer de nous présenter.

 

(A titre informatif : L'inquisition Espagnol dépendait de la couronne et non de Rome !)

 

Laurent Mathon

 

 

 

 

 

source : http://www.facebook.com/notes/laurent-mathon/linquisition-ou-le-fantasme-des-ignorants-/188158317861937

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog