Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'organisation des métiers sous le roi Saint Louis : se réapproprier aujourd'hui, les principes de l'Économie Chrétienne

L'organisation des métiers sous le roi Saint Louis :

se réapproprier aujourd'hui, les principes de l'Économie Chrétienne

Une économie chrétienne : il s'agit d'envisager la reconstruction des corps de base d'une société politique chrétienne. Nous allons nous tourner vers la Société Médiévale et notamment le XIIIe siècle dans le Royaume de France, dont on sait qu'il fut un exemple.

Écouter la conférence :

Nous avons souvent une idée générale de ce que furent ces communautés de métiers : réunions d'ouvriers exerçant une même activité économique, en vue du Bien Commun du métier. Nous allons essayer de les découvrir à travers l'exposé des principes d'une Économie Chrétienne. Pour se faire, nous utiliserons un plan en trois parties :


1 - Quelques définitions et grands principes d'une économie chrétienne
2 – L'esprit du XIIIe siècle dans le royaume de France : esprit essentiel des Communautés de Métiers.
3 – Confrontons l'organisation des Métiers sous le règne de Saint Louis aux principes d'une Économie Chrétienne

L'Économie et le MétierL'économie c'est la science de l'acquisition des biens matériels, des richesses au service de la famille. Acquisition ordonnée à sa vie vertueuse. Une économie ordonnée à sa vraie fin, s'occupera du besoin limité des familles, de leur indépendance matérielle. Nous ne sommes actuellement pas dans ce cas de figure. Nous avons une économie qui est ordonnée vers la satisfaction des besoins illimités des financiers. Une économie ordonnée à sa vraie fin est une économie qui cherchera à satisfaire les besoins limités de la famille, leur indépendance matérielle.

Le Métier – Le mot métier vient du latin ministerium qui signifie ministère. Le métier est un office d'utilité publique. C'est une fonction économique dans laquelle l'homme applique selon un savoir-faire les énergies de l'esprit et du corps au bien de la nature ou se sert de ces derniers comme autant d'instruments appropriés pour fournir à la société des biens ou des services utiles et en retour acquérir l'indépendance matérielle de sa propre famille.

Pour celui qui travaille nous avons donc deux fins essentielles : l'indépendance matérielle de sa famille, et l'utilité du service apporté à la société. La notion d'utilité est profondément chrétienne, même si elle est rarement première dans notre pensée, puisque généralement, nous pensons d'abord à la conservation de notre famille. Elle doit néanmoins nous distinguer des infidèles par la conscience que notre travail  un caractère social, qui dépasse les besoins de notre seule famille pour le Bien Commun.

Définissons maintenant les corps naturels, les corps intermédiaires et le principe de subsidiarité.

Les corps naturels sont des associations formées naturellement, selon un besoin circonstancier. Ils ont une fin propre, une hiérarchie propre et des règles ou coutumes propres. Les familles et les entreprises par exemple, sont des corps naturels. Le fait que ces associations soient naturelles exclut l'intervention étatiste. Un gouvernement ne peut pas imposer à des hommes et des femmes de former des familles, cela répond au besoin naturel d'avoir des enfants et de se soutenir mutuellement, le tout lié d'abord à une affection naturelle. Par contre, la fin de chaque société naturelle est subordonnée à la fin de la société politique toute entière qui est le bien commun.

Les corps intermédiaires sont des corps naturels, ils forment le lien entre les corps de base de la société – familles, entreprises – et le corps le plus élevé qui est le gouvernement. Ils ont pour vocation à servir leurs membres d'une part et une vocation organisationnelle et politique d'autre part, qui vise à structurer la société politique et à permettre l'application la plus juste du principe de subsidiarité. Parmi les corps intermédiaires, il y a les communes et comme corps intermédiaires économiques les Communautés de Métiers.

Le Principe de Subsidiarité est un élément fondamental de l'organisation d'une société politique. [Le principe de subsidiarité est une maxime politique et sociale selon laquelle la responsabilité d'une action publique, lorsqu'elle est nécessaire, doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d'elle-même. C'est donc le souci de veiller à ne pas faire à un niveau plus élevé ce qui peut l'être avec plus d'efficacité à une échelle plus faible, c'est-à-dire la recherche du niveau pertinent d'action publique.] Il stipule que chaque corps naturel a le droit d'exercer ses compétences légitimes à sa place légitime dans la cité, sans qu'un corps supérieur tel que le gouvernement n'intervienne dans la gestion de ses affaires courantes, à moins que le Bien Commun ne soit troublé ou menacé.

La Communauté de Métiers : c'est un corps intermédiaire économique dont les membres possèdent le droit d'exercer un métier sur un territoire déterminé. Il est composé de maîtres, de valets et d'apprentis engagés sous serment à observer les règlements prescrits par la communauté en vue du Bien Commun du métier et à respecter l'autorité des jurés dans leurs fonctions de surveillance.

La communauté a une hiérarchie : les apprentis avec formation obligatoire et une bonne moralité (très important à l'époque). A la fin de la formation certains apprentis deviennent valets, à partir du XVe siècle on les nommera compagnons.

Les maîtres sont des chefs d'entreprise qui pour la grande majorité sont de petites entreprises familiales dans lesquelles apprentis et valets trouvent une place familiale. Dans ces ateliers, c'est la permanence des rapports qui est recherchée pour assurer la stabilité de la vie familiale et économique. On y travaille ensemble du lever du soleil à son coucher, quatre à cinq jours par semaine. On a au XIIIe siècle de nombreuses fêtes chômées.

Enfin, on a au sommet de la hiérarchie les jurés nommés aussi gardes du métier ou syndics. Ils sont généralement élus par les maîtres. Ils contrôlent la qualité des produits, des matériaux et le respect des procédés de fabrication, le contrôle des prix, le traitement des apprentis et des valets, etc. Ils jugent les délits professionnels – amendes, saisies de marchandises.

Quelques grands Principes de l'Économie Chrétienne

La spéculation et le profit facile et plus particulièrement le négoce : « Le négoce pour le négoce a quelque chose de honteux, car il favorise l'amour du lucre, qui ne connaît pas de borne, mais tend à acquérir sans fin. Pour qu'il devienne honnête et légitime, il faut un gain modéré, qu'on cherche dans le négoce à soutenir sa propre maison ou encore à subvenir aux indigents ». C'est là, ce que devaient considérer les chrétiens qui s'adonnaient au commerce pour ne pas faire de péché.

Saint Thomas affirme qu'il faut qu'une cité parfaite se serve des marchands avec modération pour éviter que « de nombreux vices et que la cupidité s'enracinent dans le cœur des citoyens ».

Sur l'usure, le prêt avec intérêt et le prêt sur gages : la doctrine catholique enseigne que tout prêt à intérêt est usuraire et condamné par le Magistère. L'autorité politique condamna dès l'empire carolingien la pratique du prêt à intérêt sous l'influence de l'Eglise.

Le Juste Prix : les échanges économiques consistant dans la vente et l'achat de produits et de services sont réglés par la vertu de Justice commutative. Pour que la justice ne soit pas blessée, il faut qu'il y ait égalité dans l'échange. Comment établir le juste prix d'un produit ou d'un service pour s'assurer de cette égalité ? Le produit doit remplir la mission pour laquelle il a été conçu : son niveau de perfection, son niveau de qualité. Avertissement de saint Thomas : « Vendre plus cher et acheter moins cher que ce que la chose vaut est en soit injuste et illicite ».

La concurrence : le jeu d'une juste concurrence est à la fois nécessaire aux gens de métiers pour stimuler chez eux l'ardeur au travail, la recherche de la qualité et du progrès et à la fois aux consommateurs, contre les risques d'accaparement du marché qui se traduisent inévitablement par une spéculation sur les prix. C'est ce que produit généralement la libre concurrence au contraire d'une juste concurrence.

Une juste concurrence est un moyen utiliser par une économie bien ordonnée pour arriver à sa fin, qui est l'indépendance matérielle des familles.

La libre concurrence est tout à la fois un dogme et un moyen révolutionnaire pour permettre à une économie libérale d'enrichir sans fin la classe des financiers et son bras armée, le marketing et le commerce international : c'est la loi du pus fort, jamais la loi du meilleur, telle l'implantation des grandes surfaces qui détruisent systématiquement l'économie locale, qui paupérisent les salariés, qui paupérisent le monde des producteurs et qui trompent généralement leurs clients sur la qualité des produits.

L'esprit du XIIIe siècle dans le Royaume de France

La famille, c'est la lignée : ce sont les ancêtres et surtout, ce sont les descendants (l'avenir).
La famille souche : le chef transmet à un seul héritier son métier, son atelier ou son domaine. C'est une famille dans laquelle trois ou quatre générations, les frères et sœurs célibataires travaillent et vivent. C'est une famille qui prend en charge ses infirmes et ses vieillards (charité). On y respecte les traditions ancestrales et la religion catholique.

Le bien de la famille comprend le métier du père. Le métier est un élément essentiel du patrimoine familial en plus du patrimoine foncier. Le métier est un patrimoine qu'on possède et qu'on transmet. Quand le foyer n'a plus de rapport avec le métier du père, nous assistons à une société en décadence.

L'esprit familial dans les communautés de métiers : le soutien mutuel des époux. La participation de l'épouse au travail de son mari. C'est une chose naturelle qui favorise l'entente du foyer et la recherche du Bien Commun. Le métier a toujours été en chrétienté un élément d'éducation des enfants.

Le maître était tenu de traiter ses apprentis comme ses propres enfants. La communauté de métiers était une grande famille de gens de métier. Cet esprit familial est une des causes de la recherche permanente du Bien Commun des corps et de la charité exercée en son sein.

La Féodalité et l'esprit coutumier : Au moyen âge ce qui régit les liens d'homme à homme, c'est la fidélité et la protection de l'autre. Aussi n'engage-t-on pas son temps mais sa foi, et ne reçoit-on pas de salaire mais subsistance et protection. C'est l'essence du lien féodal. Ce lien personnel implique la reconnaissance d'une hiérarchie sociale.

Lorsqu'il a achevé son apprentissage, le maître ou le valet est propriétaire de son métier. Il a ainsi acquis les garanties de travail de la communauté, des garanties d'assistance et de protection en cas de besoin. Une telle organisation économique s'oppose radicalement au libéralisme qui engendre la condition prolétarienne. Ici, l'ouvrier ne peut pas être un prolétaire, puisqu'il est propriétaire de son métier.

La coutume dans les communautés de métiers : le respect du principe de subsidiarité par un Roi tel que Saint Louis produisit naturellement à tous les degrés de la hiérarchie sociale, un droit coutumier. C'est un droit qui s'oppose à la concentration administrative de l'autorité. Les provinces étaient coutumières, les familles étaient coutumières, les communes étaient coutumières, les communautés de métiers étaient coutumières.

Le roi ne demandait pas à des légistes d'écrire des règlements pour des gens de métier – des gens incompétents des députés ou ministres aujourd'hui – il a demandé aux gens de métiers eux-mêmes d'écrire leurs règlements et il les a approuvés, à la condition que ces règlements n'aillent pas à l'encontre du Bien Commun.

Le droit coutumier a pour effet d'engager les hommes dans les voies de la responsabilité. Il réclame de chacun tel un devoir de justice de participer au gouvernement du corps dont il fait partie à la mesure de sa condition et de ses compétences.

Les origines chrétiennes des communautés de métiers dans les faits :  les confréries, œuvres de charité et d'entraide qui avaient plusieurs buts dont : l'assistance aux funérailles d'un membre du métier ; l'assistance et la formation des enfants pauvres du métier ; le soutien aux vieillards du métier. Par exemple, dans les métiers alimentaires, en cas d'infraction, on redistribuait les aliments saisis aux prisonniers du Châtelet ou aux pauvres de l'Hôtel-Dieu.

Il y a dans la forme et dans le fond, une pénétration absolue du christianisme dans les communautés de métiers. Il fallait préserver la sainteté du corps de métier. Il était hors de question de bâtir des communautés poubelles.

Les critères d'admission dans les communautés : n'étaient pas admis dans un corps les hommes scandaleux, les bâtards, des hérétiques et des juifs.

L'indépendance des familles n'est pas un enrichissement sans fin, il fallait donc limiter l'expansion des entreprises. La politique économique de ce temps consister à développer un tissu dense de petites entreprises familiales, indépendantes plutôt que de favoriser l'implantation d'industries puissantes et qui ont toujours été la cause d'une paupérisation du monde ouvrier. Il était donc interdit de s'associer commercialement, de faire de la réclame, la limitation des points de vente, la limitation de la durée du travail.

L'utilité sociale du métier se manifestait par l'honneur du métier : excellence, qualité, loyauté du produit. Nous n'avions pas au XIIIe siècle l'idée de produire au moindre coût, comme c'est le cas aujourd'hui, en sacrifiant à la qualité du produit. On devait fabriquer du Beau, du Bien, du Durable, de l'Utile.

L'organisation combat la spéculation et le profit facile. Ce qui est recherché, c'est l'équité et qu'aucun ouvrier ne puisse profiter d'un bon achat au détriment des autres par un comportement spéculatif. On lutte contre tout risque d'accaparement.

C'est le savoir-faire d'un ouvrier qui doit lui permettre de se distinguer de la masse et non ses capacités au négoce. Les consommateurs étaient extrêmement protégés par le souci de la qualité des produits.

Conclusion

Il faut se réapproprier les principes de l'économie chrétienne : limitation de l'expansion des entreprises, interdiction du prêt à intérêt et des associations commerciales, etc. Le siècle de Saint Louis nous apprend comment les communautés de métier ont pu être aussi exemplaires. C'est dans l'esprit coutumier, familial et chrétien que naissent la fécondité et la charité de tels corps. Il faut commencer par réformer nos vies de famille, se rapprocher du modèle de la famille souche catholique et privilégier l'enracinement géographique des lignées. Il faut réformer nos familles concernant le choix des métiers de nos enfants. Il faut mettre des travailleurs chrétiens dans ce qui sera un jour un germe de communautés de métier chrétiennes. Il faut des écoles professionnelles catholiques pour avoir un jour des corps intermédiaires catholiques. La chrétienté est à restaurer tournons-nous vers ceux qui l'avaient instaurée avec l'aide de Dieu, pour apprendre d'eux ce que nous devons faire aujourd'hui.

Texte de la vidéo retranscrit et adapté par B.B. pour Royalistes.Net.

 

A tous ceux qui nous lisent, nous voulons rappeler qu'il est important dans un combat contre-révolutionnaire de partager les publications. Simplement en cliquant, vous pouvez multiplier l'impact du message envoyé.

Par ce petit geste quotidien, vous participez à votre façon à la diffusion des principes catholiques et royalistes. Plus que de nous lire, nous partager est indispensable.

Si vous adhérez à la publication, pensez à la partager.

Merci à Vous.

Pour Dieu, le Roi, la France.

Tag(s) : #Royalisme

Partager cet article

Repost 0