Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Levons nos verres à la santé de tous nos amis Basques ! Et poursuivons avec notre ami Alexandre de La Cerda, un bien salutaire « devoir de mémoire ». En terre du Labourd, sans oublier le « Pays de Soule » et la « Basse-Navarre »… Au temps de la « révolution française »…

De gauche à droite : Alexandre de La Cerda et  Eñaut Etxamendi.
Le 27ème « Biltzar » des ecrivains du Pays Basque les  honorait pour l’ensemble de leur œuvre !



Les hiérarchies parallèles

Après Pau, les représentants du pouvoir révolutionnaire se rendirent à Bayonne où l'épuration eut lieu le 11 octobre 1793. Elle concerna le district dit d' Ustaritz, la municipalité et le Comité de surveillance. Certains riches négociants du port perdirent leur place. Le nouveau district fut composé de six notaires ; la municipalité eut à sa tête un cordonnier venu de Paris, Leclerc et, en son sein, deux prêtres, un chirurgien; un capitaine de navire. Plusieurs étrangers à la ville et même un Espagnol et un Allemand firent partie du Comité de surveillance, dont le président, Aillet, qui était un acteur, fut assisté d'un ancien clerc tonsuré employé aux charrois militaires, d'un maître de danse, de deux tailleurs et d'un cabaretier.


Pourtant, cette assemblée bariolée et pittoresque faisait encore preuve de trop de modération, enrageant les fanatiques révolutionnaires venus de Paris. Notamment les représentants à l'Armée des Pyrénées, Projean, Baudot et Chaudron-Rousseau, lorsqu'ils écrivaient à la Convention, le 2 mai 1793 : « L'esprit public de Bayonne est infiniment mauvais ; la Société Populaire même est fort éloignée du zèle républicain qui devrait faire la base de son institution ».


Le 7 juin, Ysabeau, s'adressant de Bayonne au Comité de Salut Public, leur fera écho : « Vous ne pouvez pas vous faire une idée de notre cruelle situation, surtout dans un pays dont les habitants, en grande partie, n'ont pas le cœur à la chose publique. Un modérantisme, que d'autres appelleraient aristocratie, domine généralement ici. On y paraît incendiaire lorsqu'on manifeste des sentiments d'amour ardent pour les intérêts de la République ».


Ce même Ysabeau, prêtre défroqué…
« Il répugne autant à mon caractère qu’à mes principes de prononcer la mort, excepté contre un tyran ; car un tyran ne ressemble pas à un homme. Au reste, ce n’est pas moi qui prononce, c’est le Code pénal ; c’est la première et la dernière fois que je vote pour la mort. Je ne vivrais plus si ma patrie avait encore à condamner un roi. »


Ysabeau si apprécié des « patriotes » qui insistent…
« Il faut auprès des Pyrénées des républicains d’un patriotisme pur et robuste ; il faut des hommes qui, comme le citoyen Ysabeau, ont trouvé le moyen d’entretenir le bon esprit qu’on cherchait à détruire parmi nous, de conserver la discipline dans le soldat et de maintenir les administrations dans la voie de la Révolution. » 
Monestier, un de ces fameux « représentants du peuple », avait annoncé qu'il venait réviser les mandats de réclusion ; il le fit à l'aide, non des municipalités, mais des « sociétés populaires », affiliées au club des Jacobins, qui naquirent dans nos petites villes et même dans les plus gros bourgs. C'est ainsi qu'une « société montagnarde », correspondant avec la société révolutionnaire de Saint-Jean-de-Luz, se forma dans le village d'Urrugne...


Pinet, par un arrêté du 27 janvier 1794, créa un « comité de surveillance » dans chacune des communes suivantes : Bayonne, Urt, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz. Saint-Esprit.


Ces comités firent trembler les autorités, issues pourtant du suffrage universel. Comme toujours, au sein des pouvoirs révolutionnaires, les hiérarchies parallèles !


Les persécutions religieuses

Depuis la constitution civile du clergé décrétée le 12 juillet 1790 par l’Assemblée Nationale, la population avait gardé dans l’ensemble ses traditions religieuses. Au Pays Basque, la proportion des apostats et des prêtres jureurs resta même une des plus faibles de France. Ces derniers furent en maints endroits l’objet de railleries et des « charivaris » coutumiers à la région, sans doute accompagnés des « bertsus » moqueurs des poètes-improvisateurs. En Soule, on en faisait promener certains sur des ânes et ailleurs, des esprits facétieux dissimulaient des volailles caquetantes dans les tabernacles livrés aux prêtres « constitutionnels » qui constituèrent une minorité en Basse-Navarre et en Labourd et dont une majorité se rétractèrent par la suite.


Un rapport du directoire d'Ustaritz d’octobre 1791 précise ainsi que sur un total de 180 ecclésiastiques, il n'y eut que 26 désignés sous le vocable de « conformistes ». Il souligne cette désaffection dans de nombreuses paroisses du Pays basque : « les paroissiens courent en foule aux oratoires des chapelles particulières où les prêtres non conformistes célèbrent leurs messes ».
D’ailleurs, dans certaines paroisses, faute de prêtres assermentés pour les remplacer, les prêtres réfractaires continuèrent leurs fonctions jusqu'à la mi-juillet 1792.


Très rapidement, les persécutions s’accentuèrent, en particulier à la suite de la proclamation le 17 septembre de l'acte de bannissement du 26 août 1792 qui exila les insermentés au milieu de nombreuses vexations.


La violence emporta ainsi l'abbé François Dardan originaire d’Isturitz qui fut massacré à la prison des Carmes, à Paris, avec les autres confesseurs de la Foi, le 2 septembre 1792.


La Maison « Sarhia » où naquit en 1733 l’ abbé François Dardan le 3 juin 1733.

La loi de déportation du 26 août condamnait les prêtres à sortir de France dans un délai de quinze jours, après avoir déclaré, devant les municipalités et les directoires des districts respectifs, le choix de la nation et la localité de leur nouveau domicile.
Ceux qui, étant resté dans le pays, y auraient été découverts, devaient être déportés en Guyane. Ceux qui, une fois sortis, y seraient rentrés de nouveau, étaient passibles de dix années de détention.


Quant aux ecclésiastiques infirmes ou sexagénaires, la loi ordonnait de les réunir au chef-lieu du département ou ailleurs, dans une maison commune, pour y être surveillés:


Les prêtres basques émigrés optèrent en général pour l'Espagne : le diocèse de Calahorra reçut alors mille cinq cent clercs. Il y en eut cependant qui passèrent en Angleterre, en Hollande et en Allemagne.


Bien que n’étant pas clerc, Fils de notaire royal, Arnauld-Michel d'Abbadie, héritier de l'abbaye laïque d'Arrast (Urrostoia ou Arrastoia) en Soule, fuira la révolution française à l'âge de vingt et un ans pour se réfugier dans la catholique Irlande, comme beaucoup de chrétiens basques. Il s’agit du père du grand savant Antoine d'Abbadie, constructeur du célèbre château à Hendaye et restaurateur des traditions culturelles basques.

Antoine d'Abbadie , surnommé « Euskaldunen Aïta » (le père du peuple basque)

D’ailleurs, le Biarrot d’Albarade, ancien ministre de la Marine sous la révolution, se justifiera plus tard d’avoir tenté d’adoucir le sort des « prêtres insermentés déportés à la Cote d’affrique entre les 28 et 32 degrés de latitude Nord par décret de la Convention Nationale »


Les « contrebandiers de la Foi »

Cependant, beaucoup de prêtres ne partirent pas - ou s'ils s'exilèrent, ce fut pour un temps très court : ils se cachèrent, grâce à la complicité des populations qui leur étaient dévouées, et en véritables contrebandiers de la foi utilisant la frontière comme zone de repli, ils exercèrent au péril de leur vie, un ministère clandestin, tout comme les benoîtes qui, elles non plus, ne furent guère épargnées des révolutionnaires.


Et les cultes de remplacement institués par les révolutionnaires n’eurent pas plus de succès que les prêtres jureurs.
Ainsi, on promena bien dans les rues de Saint-Jean-de-Luz deux jeunes filles afin de célébrer la fête de la déesse Raison. Puis ce fût la fête de l'Etre suprême ( 24 juin 1794 ) décrétée par Robespierre et célébrée avec unegrande pompe. Elle eut lieu sur la plage : plusieurs discours furent prononcés, suivis de l'Hymne de la Liberté. Les Sans-Culottes essayèrent, sans succès, de desceller la porte de l’église (murée bien après le passage de Louis XIV, sans doute à cause de la construction du nouvel autel et non à cause du mariage royal).


Rien n’y fit. Les municipalités des villages se bornaient à un culte décadaire autour des arbres de la Liberté et pendant toute la Révolution, la population basque resta fermement attachée à sa foi. A Bayonne, pour faire accepter les cultes de remplacement, décadi, fête de la Raison ou de l'Etre suprême, on fit danser en dernier recours la « pamperruque » pour attirer un peu de monde !
Cette situation augmenta la fureur des agitateurs. A Itxassou, sous la Terreur, le fils du régent (instituteur du village) préféra se laisser brûler les pieds plutôt que de dévoiler la cachette où avaient été déposés les vases sacrés de l'église (dans l'épaisseur d'un mur de leur maison « Errientaenea », dans le quartier du Pas-de-Roland).


Le « Pas-de-Roland »


 


Eglise d’Itxassou

Pierre Iharour avait 18 ans lorsque des hommes masqués, armés et brandissant des
piques le menacent de mort s'il ne veut pas parler. Les révolutionnaires (il y en avait d'Espelette, de Cambo, de Louhossoa et surtout d'Itxassou ), n’ayant rien trouvé par eux-mêmes, se saisissent alors de Pierre Iharour, lui attachent les mains derrière le dos ; ses pieds sont ensuite solidement garrottés et on les expose, une demi-heure durant, à un feu de genêts, largement alimenté. Toute une année il eut à souffrir des suites de ce traitement cruel. Au rétablissement du culte, il rapporta à l'église d'Itxassou les magnifiques vases sacrés offerts naguère à la paroisse par Pedro d'Etchegaray (qui avait fait fortune à Séville au XVIIe siècle).


L’utilisation de la langue basque, malgré quelques affiches et proclamations révolutionnaires rédigées ou traduites en euskara, était également qualifiée de « véhicule du fanatisme ».


En septembre 1793, Martin Garat qui travaillait à la Trésorerie nationale créée par l'Assemblée Constituante fut incarcéré pour de nombreux mois à la suite d’une perquisition à son domicile où son passeport établi lors d’un récent séjour bayonnais suscita la méfiance des députés commissaires aux finances de l'Assemblée nationale. Et, surtout, la lettre d’une ancienne religieuse du couvent de la Visitation à Bayonne qu’il devait remettre au frère de cette dernière qui n’était autre que Joseph Garat, à l’époque ministre de l'Intérieur, qui démissionnera le lendemain et sera mis en état d'arrestation. Vraisemblablement, cette lettre, je cite, "en termes peu intelligibles", devait était écrite au moins pour partie en basque.


Aristocrates, une tisserande et des laboureurs ?

On peut encore citer le cas de Madeleine Larralde de Sare dont la municipalité a justement honoré le souvenir, lors des commémorations du bicentenaire de la Révolution, par une plaque apposée sous le porche de l’église. Quel était donc son crime pour mériter la condamnation à la guillotine qui lui fut appliquée à Chauvin-Dragon (Saint-Jean-de-Luz) « le troisième jour des sans culottides de l’an deuxième de la République française une et indivisible »  ?


Officiellement, elle avait été déclarée « émigrée » pour aller recevoir, sans le cacher, les sacrements chez les Capucins de la bourgade voisine de Vera. De plus, cette fille de charpentier était également tisserande et, en raison de la pénurie engendrée par la Révolution, elle avait dû s’approvisionner en Espagne du fil nécessaire à la fabrication de sa toile.


Elle est restée sur le territoire espagnol, tandis que nous étions déjà en guerre : « Elle a travaillé à Vera pour l'alcade du tyran de Madrid ». Lors que nos troupes victorieuses sont entrées à Vera, elle s'y est tenue cachée. Découverte, elle fut accusée « d’entretenir des intelligences avec l’ennemi »


Ce fut d’ailleurs l’un des prétextes parfois utilisés afin de justifier la déportation - qualifiée pudiquement jusqu’à nos jours d’« Internat des Basques ».


Dans son étude consacrée dans « Gure Herria » (septembre-octobre 1933) à « L’arrêté du 5 prairial an II et l’Internat des Basques », René Cuzacq - qui enseigna au Lycée de Bayonne et laissa plus d’une étude d’histoire locale - balaie ces arguments : « Espagnols, les Basques déportés ? Rien de plus faux, ils le savent bien, Pinet aîné et Cavaignac. Au pays de Cize et au Pays Quint, c’était au contraire de frères ennemis qu’il fallait parler ; sur les pâturages des hauteurs, notamment des Aldudes, de sourdes hostilités flambaient plus fort que jamais entre Français et Espagnols à la veille de 1789 » en raison des disputes autour des forêts et des pâturages de montagne… Quant à « la désertion de quarante soldats basques, en partie originaires d’Itxassou, elle n’est même plus invoquée par notre arrêté… Et ces désertions furent constantes dans toutes nos armées ».


Comme dans les conflits humains, le terrain avait été bien miné par la cupidité, les jalousies, dénonciations et accusations de toutes sortes.


Bien avant l'épisode de la désertion des recrues, on trouvait déjà sous la plume luzienne du comité de surveillance et des commissionnaires de la Société dans Révolutionnaire (le 24 novembre 1793) : « Considérant que la commune de Sare a constamment manifesté la haine la plus marquée contre la Révolution, que cette commune n'est habitée que par des aristocrates » (!), les révolutionnaires accusent les Saratars d'espionnage au profit de l'Espagne, « avec les valets de l'Inquisition » et invitent les représentants du peuple à faire « évacuer les habitants de Sare en envoyant les laboureurs dans le Lot et le Lot-et-Garonne, les marins et les charpentiers sur les vaisseaux et les chantiers maritimes, les artisans à Auch et Condom, les vieillards et les enfants dans des asile ».


Voici, d'après une liste officielle, les professions de ces pauvres gens qualifiés « d'aristocrates » : une immense majorité de laboureurs, des pâtres, des charpentiers, maçons, tuiliers, forgerons, couturiers, tisserands, tailleurs, cordonniers, tanneurs, charbonniers, quinze prêtres, quelques commis aux vivres et deux ou trois marchands, quelques domestiques...

Quant aux auteurs des arrêtés de déportation, Pinet et Cavaignac, ils se montraient convaincus, dans une lettre au Comité de Salut Public, que « ce pays est tellement gangrené qu'on n'y peut espérer aucun progrès pour l’esprit public tant que la génération présente existera ; c'est la terreur seule, ce sont les châtiments terribles qui peuvent contenir des hommes royalistes dans le cœur et espagnols par fanatisme et intérêt... »


A toutes ces mauvaises raisons, l’historien Eugène Goyheneche ajoute « l’opposition des classes et des milieux ; les bourgeois révolutionnaires, une partie du peuple de Saint-Jean-de-Luz, ne pouvaient ni ne voulaient comprendre la résistance passive des agriculteurs et des éleveurs du Labourd ; la folie obsidionale, la nécessité de trouver des coupables aux premiers revers des républicains, obligeaient ceux-ci à croire ou à feindre de croire à la trahison ; enfin on aurait tort de méconnaître l'appétit de pouvoir et l'avidité des bourgeois révolutionnaires. Il fut question aussi de contacts entre les Labourdins, ulcérés de la perte de leurs libertés, et un général espagnol ; d'une lettre révélatrice d'une conspiration, mais, jusqu'à présent tout au moins, la véracité de ces histoires assez rocambolesques n'a jamais été confirmée ».


L’attentat contre une démocratie avant la lettre

Pas plus que Pierre de Rostéguy de Lancre lors des procès de sorcellerie au Pays Basque en 1609, les révolutionnaires n’avaient su appréhender les institutions traditionnelles et l’esprit du gouvernement séculaire des Basques.

L’année 1610, de sinistre mémoire, vit se dérouler en Navarre le célèbre procès de Logroño, au cours duquel l’Inquisition jugea une cinquantaine de personnes suspectes de sorcellerie, toutes originaires de Zugarramurdi et de la vallée de Baztan. Douze condamnations à mort furent alors prononcées. Mais cet autodafé fit suite à une campagne menée l’année précédente en Labourd par un juge bordelais, Pierre de Lancre, chargé d’enquêter « pour la recherche du crime de Sorcelerie audict pais de Labourt, et autres circonvoisins [...] pour leur faire et parfaire le procez souverainement ». Du 27 juin au 1er novembre 1609, Pierre de Lancre visita 24 des 27 paroisses du bailliage, prononçant des dizaines de condamnations.


Les renseignements sur ces quatre mois de procédures se lisent dans deux ouvrages que Pierre de Lancre publia à son retour : le Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons, où il est amplement traité des sorciers et de la sorcellerie et L’incrédulité et mescréance du sortilège plainement convaincue, où il est amplement et curieusement traicté de la vérité ou illusion du sortilège.


« Conseiller au parlement de Bordeaux », Pierre Rostegui de Lancre, seigneur de Loubens, est né en 1553 et s’est paisiblement éteint à Bordeaux en 1631…


http://www.euskonews.com/0561zbk/gaia56101fr.html

Or, les quelques tentatives d’empiètement du pouvoir royal au cours des siècles n’avaient guère entamé - même sous Louis XIV - les libertés ancestrales des Basques qui avaient su dans l'ensemble préserver une partie de leurs anciens « fors » ou privilèges.

« Édit d’union de l’ancien domaine du roy à la couronne. Copie dans le registre du Domaine de Navarre uny à la couronne,1609… » (Henri IV)

Ainsi, malgré l'Edit d'Union de 1620 par lequel Louis XIII avait annexé à la France les restes du petit royaume pyrénéen apportés par son père, la Basse-Navarre, malmenée par les Intendants royaux, n'avait jamais désarmé et voyait dans cette révolution, considérée comme « étrangère », l'occasion de récupérer son autonomie originelle. De toute antiquité d'ailleurs, figuraient dans les fors de Navarre les deux principes fondamentaux que proclamait la révolution à son avènement : la souveraineté nationale et le vote de l'impôt par les représentants de la nation...


Quant au Labourd, il n'avait pour ainsi dire pas connu de féodalité, malgré quelques fiefs qui constituaient une exception à la règle de ses habitants - agriculteurs, bergers, marins - les maîtres des maisons franches (c'est-à-dire ne dépendant pas d'une autre maison) formant une assemblée capitulaire qui élisait des jurats, et parmi eux, un « maire-abbé » ou « Auzaphez ».


Pour traiter des questions qui intéressaient l'ensemble du pays, ces maires-abbés représentant chacune des trente-cinq paroisses labourdines, à l’exclusion de la noblesse et du clergé ( ! ) se réunissaient au « parquet et auditoire du baillage » à Ustaritz pour constituer le « Biltzar », sorte de parlement provincial.

Le château de la Motte, ancienne demeure des vicomtes du Labourd et des ducs d'Aquitaine, accueillait les réunions du Biltzar. Aujourd’hui Mairie d’Ustaritz.


La principale prérogative du Biltzar, à l'instar des autres assemblées locales, la Cour d'Ordre souletine et des États de Basse-Navarre, était l'autonomie financière. Il levait non seulement de sa propre autorité les contributions nécessaires à son fonctionnement, mais il approuvait ou négociait le montant de l'impôt perçu au profit du trésor royal. Une fois fixé le montant final, l'assemblée en décidait à sa guise la répartition et le mode de recouvrement.


Le syndic général était chargé de l'exécution des décisions prises par le Biltzar, devant en particulier faire valoir l'autonomie locale face aux appétits des fonctionnaires royaux. Leur responsabilité personnelle étant engagée lors de retards de paiements des impôts royaux, il arrivait que certains de ces agents se retrouvent en prison, pour ne pas compromettre ou oblitérer l'indépendance financière de la province.


Le Biltzar avait également une fonction militaire: il gérait une milice de 1.000 hommes chargée de défendre la province.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Biltzar

Pour l’anecdote, pendant la souveraineté anglaise, il semble bien que le bailli désigné parlait habituellement le basque.
Le Biltzar tint sa dernière session le 18 novembre 1789. Les minutes font état de la demande à l'Assemblée nationale nouvellement constituée, issue des États généraux, du maintien de la constitution actuelle ou au moins de la création d'un département réunissant les trois provinces basques françaises.


Il est utile de rappeler qu’auparavant déjà, les cahiers de doléances rédigés localement en vue des Etats Généraux faisaient clairement apparaître une volonté de développer - et non supprimer - cette administration « autonomique » traditionnelle.


Méconnaissant les aspirations des Labourdins et passant outre les protestations de leur représentant Garat - « Ma province proteste ! » -, l'assemblée raie leur territoire de la carte et fonde Basques et Béarnais en un même département des Basses Pyrénées, futures Pyrénées Atlantiques.


Pour ce qui était de la perméabilité des frontières qui pouvait inquiéter les révolutionnaires parisiens, il convient de rappeler que malgré le célèbre Traité des Pyrénées dont nous fêtons cette année le 350e anniversaire, elles étaient restées « fluctuantes » et, à quelques exceptions près, un bornage véritable ne sera établi que sous Napoléon III.


D’autant plus que, dans les montagnes, les antiques faceries ou paceries conclues et renouvelées entre les communautés des vallées frontalières (en dehors de Madrid et de Paris ou Versailles) assuraient le pacage des troupeaux sur les versants les mieux exposés à l’ensoleillement alors que sur mer, les « traités de bonne correspondance » préservaient la paix, les échanges commerciaux et les communications maritimes par cabotage jusqu'à quatre lieux de la côte entre Guipuzcoans et Biscayens d'une part, Labourdins de l'autre, quand les souverains respectifs (anglais, français ou castillan) se faisaient la guerre.


En dehors des atrocités dont elle se rendit coupable au cours de cet épisode tragique et dévastateur, la révolution fit surtout montre d'une rare incompréhension et méconnaissance des réalités de notre pays. Elle supprima définitivement les « fors » ou privilèges, c'est à dire les libertés particulières des provinces basques, sans voir qu'ils étaient en quelque sorte, une déclaration des droits de l'homme bien antérieure à l'autre, et méritaient assurément plus de respect de la part de ceux qui se croyaient des novateurs.


Cette tragédie provoqua dans le pays un appauvrissement et surtout une décadence de l'esprit civique, une des causes de l'atonie dans la vie politique au XIXe siècle et de l'émigration massive des Basques, particulièrement vers l'Amérique. Elle incita à la désertion et à l'insoumission, qui se développèrent dès l'apparition de la conscription et s’étendirent au XIXe siècle, alors qu’avant la révolution, le Pays Basque avait fourni d’innombrables volontaires aux armées royales, sans compter la vaillance de ses corsaires sur toutes les mers du globe.


Indirectement, elle fut encore à l’origine des guerres carlistes qui ruinèrent le Pays Basque d'Espagne et provoquèrent l'émergence du nationalisme au XXe siècle. Car, selon l'exemple de la France républicaine et dans la ligne des principes répandus pendant « l’aventure napoléonienne » en Espagne (1808-1813), Madrid eut tôt fait d’abroger les fueros ou libertés séculaires des Basques et de calquer des « provinces » sur les départements voisins. En ce sens, il ne serait pas exagéré de faire remonter la filiation de E.T.A. aux principes « immortels » de la révolution de 1789 !


Dans une préface à la réédition en 1981 des « Paroisses du Pays Basque pendant la période révolutionnaire » de l'Abbé Haristoy, le Cardinal Etchegaray écrivait :

« ...Je souhaite que de jeunes chercheurs viennent poursuivre et approfondir l'œuvre d'un curé obstiné qui avait le privilège d'écrire à une époque où les traditions orales et les souvenirs locaux commençaient à peine à s'estomper.
Maintenant, il nous faut plus de courage mais autant de ferveur.
La Révolution a marqué chez nous un tournant, davantage encore une cassure dans notre histoire basque. Je suis bien convaincu qu'une meilleure connaissance de cette période dramatique nous aidera, peut-être, à mieux comprendre nos racines humaines et spirituelles ».

Alexandre de La Cerda.

Le forfait criminel des Déportations de 1794 des habitants de Sare, et aussi d’Ascain et d’Itxassou

http://lahetjuzan.fr/france/historique/p3-322.htm

Nom usuel Nom révolutionnaire
Arcangues 
Bayonne 
Cambo 
Itxassou 
Louhossoa 
Saint-Etienne-de-Baigorry 
Saint-Jean-de-Luz 
Saint-Jean-Pied-de-Port 
Saint-Martin-d'Arrossa 
Saint-Palais 
Saint-Pée 
Sare 
Urt 
Ustaritz 
Villefranque 
...
Constante 
Port-de-la-Montagne 
La-Montagne 
Union 
Montagne-sur-Nive 
Thermopyles 
Chauvin-Dragon 
Nive-Franche 
Grand-Pont 
Mont-Bidouze 
Beaugard 
La-Palombière 
Liberté 
Marat-sur-Nive 
Tricolore 
...

 

Les grands sentiments des « révolutionnaires »…

[…] un compte rendu rédigé par Dulaut fils, agent national du district de Pau, à propos des années 1793-1794 (ce compte rendu est approuvé par les autorités du district le 5 brumaire an III). Ce texte est un passionnant document sur la France en Révolution, tant pour la description de l'effort de guerre supporté par les citoyens que pour la rhétorique utilisée. Citons deux exemples de cette dernière :


« Tout a été utilisé par la révolution, les débris de l'ancien gouvernement des rois et des prêtres ont été purifiés et ont servi à faire aller la nouvelle machine politique. Les paperasses de la féodalité orgueilleuse se sont converties en beau papier, marqué du sceau du républicanisme. Les cloches, que le fanatisme agitait pour frapper l'air de sons tristes et lugubres, se sont fondues en canons ; les livres d'église, portant les rêveries des prophètes, ont fourni des gargousses, et dans les décombres des temples de la divinité, des charlatans de Rome, les Français devenus libres, philosophes, ont trouvé la foudre, avec laquelle ils écrasent leurs ennemis. »


« Les voitures de luxe étaient des lits mouvants, que l'orgueil, la molesse et l'oisiveté avaient inventés pour les grands de la terre. Ceux-ci ont disparu, leurs voitures ont resté. Aujourd’hui de pauvres sans-culottes blessés ou malades en profitent. C'est en carrosse qu'ils vont à l'hôpital, et c'est l'humanité et la reconnaissance nationale qui tirent un parti si honorable de ces dépouilles brillantes de la grandeur qui s'est éclipsée. »

http://ahrf.revues.org/3943

 

Mesures de violence prises sur divers points du Royaume, contre les Filles de la Charité, Soeur Rutan et l'évêque constitutionnel, éloignement du Clergé insermenté, tentative de fuite, accusations odieuses lancées contre les Soeurs, enquête, rapport des Soeurs avec l'aumônier schismatique, dénuement de l'hôpital, arrivée des représentants du peuple, épuration des fonctionnaires, refus du serment.


A Dax…

[…] Après sa victoire sur le fédéralisme, la Convention jugea utile de prendre contact avec le peuple sur toute l'étendue du territoire de la République. Elle détacha de son sein plusieurs de ses membres et les envoya, munis de pouvoirs illimités, dans les provinces, où ils se comportèrent en dictateurs, ou, pour mieux dire, en despotes et en tyrans. Cinq régicides furent chargés de veiller sur l'armée des Pyrénées occidentales et sur plusieurs départements du sud-ouest. C'étaient Dartigoeyte, aussi odieux par ses débauches que par sa cruauté; Jacques Pinet, dont nous apprendrons à connaître la férocité sanguinaire; Jean-Baptiste, Cavaignac, père du général de même nom; Monestier, prêtre renégat; enfin Garreau. Dartigoeyte terrorisa le Gers, Pinet et Cavaignac les Landes et le pays Basque, Monestier le Béarn; Garreau s'occupa exclusivement de l'approvisionnement des soldats retenus sur la frontière (36).

http://spiritualitechretienne.blog4ever.com/blog/lire-article-83937-2090269-la_venerable_marguerite_rutan_4.html


 

Source : http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article53186.php

Tag(s) : #Histoire-Culture

Partager cet article

Repost 0