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En posant en 1854 dans Mensonges révolutionnaires les questions de savoir si la Révolution a été faite par et pour le peuple, et si elle marque un progrès dans la marche de la société, le rédacteur en chef de La Mode Alexandre Remy affirme et démontre, déjà, à ses contemporains, que cette même Révolution française qui imposa aux Français la République fut tout à la fois anti-nationale et anti-sociale. Mais combien, aujourd'hui, sont-ils encore à se bercer d'illusions sur les fondements et agissements d'une Révolution dont ils persistent béatement à croire en de bénéfiques effets ? Hugo Brémont

 

Premièrement, la Révolution n'a été faite ni par ni pour la nation.

Ainsi que l'attestent la Déclaration royale du 23 juin et le dépouillement des Cahiers des députés aux États-Généraux, ce que la France et son Roi voulaient d'accord, en 1789, c'était la restauration de la constitution française, faussée depuis cent soixante-quinze ans dans ses développements progressifs par les faits nés de la Réforme, sur la triple base de la royauté nationale, héréditaire et inviolable, de la liberté politique ayant pour condition essentielle l'égalité des droits, et du catholicisme, proclamé la religion de l'État. Voyons donc ce que la Révolution a fait des vœux de la nation solennellement manifestés dans les cahiers, et sanctionnés d'une manière si explicite par la Déclaration royale.

 

Six millions de Français avaient déclaré que le gouvernement de la France était monarchique : la Révolution, foulant aux pieds et la volonté de la nation et les droits de la couronne, décrète la suppression de la royauté !

 

La France avait proclamé tout ensemble le principe de l'inviolabilité de la personne sacrée du Roi, et celui de la transmission héréditaire de la couronne dans la famille régnante : la Révolution, usurpant un droit constituant qui ne pouvait être exercé que par le concours de la nation et de son chef héréditaire, établit une forme de gouvernement opposée à la Constitution du pays, puis décrète le Roi d'arrestation, le juge abusivement et l'assassine !

 

La France avait formellement revendiqué ce vieux principe des Capitulaires et des Champs-de-Mai : Lex fit consensu populi et constitutione regis : la Révolution, se substituant du même coup au roi et au peuple, c'est-à-dire s'attribuant la souveraineté nationale, s'impose au pays sous la forme d'une Convention, et remplace le consentement du peuple et la sanction royale par la toute-puissance de son initiative législative et gouvernementale.

 

La France avait revendiqué l'égalité comme base même de la liberté politique : la Révolution égalise les têtes dans la boue et dans le sang !

 

La France, ne pouvant oublier que franc veut dire homme libre, avait pareillement revendiqué la liberté individuelle : la Révolution promulgue la loi des suspects, institue le comité de Salut public, invente les bateaux à soupape, invente les échafauds permanents, invente les échafauds ambulants, emprisonne, noie, mitraille, fusille et guillotine plus de trois cent mille Français des deux sexes, de toute classe, de tout âge et de toute profession, pères, mères et enfants, soldats et bourgeois, prêtres et laïcs, hommes et femmes, pauvres et riches, vieillards et adolescents !

 

La France, essentiellement catholique, avait demandé que le catholicisme fût reconnu comme religion de l'État : la Révolution supprime le culte catholique, confisque les biens du clergé, abolit les ordres et les vœux religieux, soumet le clergé à une constitution civile, vend les cloches des églises pour en faire de la monnaie, supprime les congrégations consacrées à l'enseignement et celles vouées au service des hôpitaux, interdit le costume ecclésiastique, déporte les prêtres insermentés et les massacre en masse dans les prisons et les maisons d'arrêt, institue un nouveau culte dont les prêtresses sont des prostituées, inaugure ce nouveau culte dans la cathédrale de Paris transformée en Temple de la Raison, abat les clochers comme contraires à l'égalité, proclame par la bouche d'Anacharsis Clootz qu'elle ne reconnaît d'autre Dieu que la nature et d'autre souverain que le genre humain, dissout les liens sacrés du mariage, et enfin, pour couronnement, déclare la papauté abolie, et enlève de Rome le souverain pontife, qui, traîné de prison en prison, malgré ses quatre-vingt-trois ans, expire à Valence, après des souffrances de tout genre, comme sait mourir un chrétien, c'est-à-dire en généreux confesseur de la foi !

 

Enfin la France, comprenant admirablement que la légitimité de la propriété est solidairement liée à celle du trône, avait expressément demandé que la propriété fût déclarée inviolable comme la couronne même : que fait la Révolution ? Elle engloutit en spoliations de toutes sortes, confiscations, emprunts forcés, promesses de mandats, banqueroute, plus de douze milliards !

 

Ainsi donc la Révolution a été destructive de la royauté, destructive de la liberté, destructive de la religion, destructive de la propriété, et cela en opposition flagrante avec la volonté nationale qui avait consacré de la manière la plus expresse chacun de ces grands principes dans les cahiers remis aux députés.

 

Il nous semble que ces faits établissent suffisamment le caractère anti-national de la Révolution. Non, la Révolution n'a été faite ni par la France ni pour la France, puisque, d'une part, elle a détruit tout ce que la nation entendait si expressément maintenir et consacrer, et que, d'un autre côté, ce qu'elle a détruit ainsi représentait précisément les conditions mêmes d'existence de la France comme nation.

 

Révolutionnaires en 1793

 

Deuxièmement, il n'est pas vrai que la Révolution marque un progrès dans la marche de la société.

La civilisation d'une société se mesure à son respect pour la religion, pour l'humanité, pour les propriétés, pour les lois, pour les mœurs, pour le serment juré, et pour les monuments qu'elle possède. Voyons comment la Révolution s'est conduite sous chacun de ces divers points de vue :

 

En religion, la Révolution c'est l'anti-christianisme dans sa plus monstrueuse expression : car c'est la négation dogmatique de l'autorité, c'est-à-dire de toute société ; la négation dogmatique de l'idée de justice, c'est-à-dire de la base de toute morale ; la négation dogmatique de l'idée divine, c'est-à-dire du principe même de vie pour toute créature faite à l'image de Dieu. C'est elle, en effet, qui, après avoir donné au XVIIIe siècle pour consigne ce blasphème de Voltaire : « Ecrasons l'infâme ! » a jeté à l'époque actuelle le dernier mot de l'enfer même dans ces trois maximes qui ne laissent plus rien debout sur la terre ni dans le ciel : « Le gouvernement, c'est l'anarchie ! — La propriété, c'est le vol ! — « Dieu, c'est le mal ! »

 

La Révolution se donnait comme étant venue au monde pour affranchir l'humanité, et elle avait inscrit en tête de son programme ces trois mots régénérateurs : Liberté, Égalité, Fraternité. Or, ce qu'elle appelait si pompeusement son œuvre de régénération consista à entasser les citoyens dans les prisons au nom de la liberté, à les égorger au nom de la fraternité, à égaliser les tètes sous un niveau de sang et de boue. Son idéal était de réduire la France à huit millions d'habitants ; et, pour cela, elle avait trouvé un moyen aussi simple qu'ingénieux, c'était de guillotiner tous les individus âgés de soixante ans. Cette philanthropique idée eut les honneurs d'une motion dans une séance de la Convention ; l'auteur de cette motion poussa même l'amour de l'humanité, nous allions dire le cannibalisme, jusqu'à s'écrier pathétiquement, en guise de péroraison : « Je sacrifie mon père ! » Jusqu'à quel point ne fallait-il pas être détaché de tout sentiment humain pour porter le culte de l'humanité jusqu'à une pareille abnégation filiale ! Les fastes de l'anthropophagie offrent-ils un trait comparable à celui-là ?

 

Le respect de la Révolution pour les propriétés peut se résumer en trois mots : confiscations, emprunts forcés, banqueroute.

L'histoire nous montre, chez tous les peuples de l'antiquité, le respect pour les lois formant une des bases principales, une des conditions essentielles de la félicité publique; il est juste d'ajouter que ces lois étaient le moins nombreuses possible, et qu'élaborées, en général par des hommes choisis pour leur expérience, leurs lumières et leurs vertus, elles étaient, dans la mesure de vérité religieuse qui avait inspiré ces derniers, l'expression même de la sagesse et de la justice divine. La Révolution manifesta son respect pour les lois de trois manières : premièrement, en détruisant toutes celles qui existaient ; deuxièmement, en en fabriquant de nouvelles au chiffre fabuleux d'une trentaine de mille, sans compter sept ou huit constitutions fondamentales ; troisièmement, en mettant à pleines mains dans ces constitutions et dans ces lois tout ce que lui suggéra son esprit d'impiété, de barbarie et de destruction.

 

Comment la Révolution traita les mœurs, le voici : Elle s'est jouée de la cendre des morts, elle a dansé publiquement sur leurs ossements, elle a consacré légitimement l'usure, le divorce, la liberté de tout dire, de tout écrire et de tout faire ; elle a assis la prostitution sur les autels du vrai Dieu, et inauguré ainsi le culte de la débauche; elle a créé pour le peuple une foule de fêtes immondes, telles que la fête de la Raison, la fête des Cinq Sans-Culotides, la fête de Marat, etc. ; elle a paganisé l'almanach qui enseignait à ce même peuple les jours du Seigneur et les noms des martyrs chrétiens, en remplaçant les premiers par la mascarade philosophique des 36 décades, et ceux-ci par des noms d'animaux et de légumes ; que dis-je! elle a paganisé jusqu'aux dogmes catholiques même, pour en faire jaillir le matérialisme le plus pompeux et le plus abject : ainsi, elle a présenté la Révélation comme la manifestation de l'Idée à la raison humaine, l'Incarnation, comme le développement progressif de la vérité sociale au sein de l'humanité, la Rédemption, comme l'affranchissement de l'homme de la double servitude des hommes et des choses dans sa marche progressive, la Communion, comme l'union indéfinie de l'homme avec l'univers et avec ses semblables ; puis, consommant logiquement son œuvre sacrilège, elle a dit à l'homme qu'il n'y a point d'autre paradis que la terre, perfectionnée par son génie et possédée par lui avec toutes ses jouissances, et point d'autre enfer que la souffrance et la misère dont il est ici-bas la proie sous le règne des riches et des privilégiés.

 

Quel fut le respect de la Révolution pour le serment juré ? demandez-le aux Vingt-trois serments généraux qu'elle a successivement prescrits, et qui, de compte fait, ont dû en engendrer à peu près sept à huit millions de particuliers ! Quant aux parjures qu'a dû produire à son tour cette masse de serments prêtés, nous laissons aux lecteurs le soin d'en supputer le nombre.

 

Quel fut le respect de la Révolution pour les monuments publics ? Demandez-lui le compte des églises qu'elle a démolies, le compte de celles qu'elle a vendues, le compte de celles qu'elle a profanées ! Demandez-lui ce qu'elle a fait des douze mille abbayes, couvents, prieurés et autres monastères, fondés par la piété des rois, des princes et des peuples, disséminés sur la surface de la France, dont la plupart renfermaient de précieuses collections historiques, littéraires, scientifiques et artistiques, et qui étaient autant d'asiles ouverts à la vertu, au repentir, à la charité ! Demandez-lui ce qu'elle a fait de ces quarante à cinquante mille châteaux qu'illustraient tant de glorieux souvenirs, qui décoraient si richement et si noblement notre pays, et à la porte desquels le pauvre ne frappait jamais en vain ; ou plutôt, demandez au pillage et à l'incendie combien ils en ont épargné ! Demandez-lui ce qu'elle a fait de ces innombrables objets d'art, statues, bas-reliefs, sculptures, tableaux, peintures, qui décoraient nos monuments, nos places, et que le vandalisme a stupidement dégradés ou pulvérisés sans pitié ! Demandez-lui ce qu'elle a fait, enfin, de tant de précieuses bibliothèques qui enrichissaient les monastères, les chapitres et les autres établissements ecclésiastiques ; combien, parmi les grands ouvrages, parmi les productions rares, parmi les manuscrits qui composaient ces bibliothèques, combien elle en a déchirés, combien elle en a brûlés, combien elle en a vendus à tout prix aux étrangers, et combien ont servi pour les gargousses des canons !

 

Ainsi, la Révolution n'a respecté ni les monuments publics, ni le serment juré, ni les mœurs, ni les lois, ni les propriétés, ni l'humanité, ni la religion ; elle a au contraire, exercé systématiquement une action destructive sur chacun de ces grands principes de toute société, sur chacune de ces conditions essentielles de la grandeur et de la prospérité d'un empire. Donc, elle marque plutôt un pas rétrograde qu'un progrès dans la marche de la société.

 

Résumons-nous : nous avons démontré, premièrement, que la Révolution n'a été faite ni par la France, ni pour la France ; deuxièmement, qu'elle a été moins un progrès qu'un pas rétrograde dans la voie de la civilisation. A ce double titre, nous concluons donc qu'elle est tout à la fois anti-nationale et anti-sociale.

 


Tag(s) : #Royalisme

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