Le 11 novembre de Sarkozy : commémoration ou confiscation de la mémoire des morts ?

Le Président ne veut plus d'un 11 novembre célébrant l'Armistice de 14-18, mais un "Memorial Day" consacré à tous les morts pour la France. En a-t-il pesé toutes les conséquences ?

 

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Depuis quatre ans, le président de la République actuel s'applique à détourner le 11 novembre de sa vocation première pour en faire une journée imprégnée de cette vision sarkozyste de l'Histoire que le pays subit depuis son élection. Voilà quatre ans, que lentement mais sûrement, le Président laisse entendre que les derniers survivants de 14-18 disparus, il faudra bien transformer le 11 novembre.

 

En 2007, il avait détourné la cérémonie en célébrant la construction européenne, un "rêve de paix". En 2008, il l'avait encore détournée en accueillant le prince Charles à Verdun. En 2009, il avait à nouveau procédé à un détournement en conviant Angela Merkel à l'Arc de Triomphe pour y commémorer la fin de la Première guerre mondiale.

 

Ce matin, Nicolas Sarkozy a parachevé son œuvre de confiscation historique en transformant le 11 novembre en un hommage à "tous les soldats morts au combat" pour la France insistant lourdement sur les morts de sa guerre en Afghanistan, "Je voudrais que nous ayons une pensée particulière pour les 24 soldats qui (...) sont morts en Afghanistan" a-t-il martelé, n'hésitant pas à s'entourer d'enfants orphelins ayant perdus leurs pères au combat, poussant l'attention jusqu'à offrir symboliquement son écharpe, devant toutes les caméras de France, à l'un des enfants victime du vent glacial qui balaye traditionnellement le bas de l'Arc de Triomphe. Dans la foulée, il a annoncé une loi sur le sujet. Belle séquence...

 

Deux remarques.

 

Ce midi sur Europe 1, un ancien combattant âgé de 70 ans exprimait son désaveu quant à cette évolution de la cérémonie du 11 novembre. Il n'y a rien de commun, disait-il en substance, entre les Poilus de 14-18, les anciens de l'Indochine ou de l'Algérie. A chacun sa guerre, à chaque guerre sa mémoire, donc sa cérémonie particulière. Le "Memorial Day" à la Sarkozy est un non-sens puisqu'il dilue chaque guerre, chaque mort pour la France, dans une célébration informe, qui ne fait aucune distinction, aucune différence entre les morts et les guerres.

 

Réduite à une globalité mémorielle et émotionnelle sans perspective, sans histoire, cette cérémonie en forme de "Memorial Day" est, au bout du compte, une négation de tous les morts et de toutes les guerres. De ce point de vue, porteuse par nature d'oubli, effaçant tous les particularismes, réduisant l'Histoire à un événement informe, une émotion, elle relève presque de l'injure.

 

Plus problématique encore, cette façon de concevoir le 11 novembre ne peut que nourrir les procès en suspicion de captation par l'actuel président de la République de la Mémoire et de l'Histoire française pour servir ses desseins personnels. Comment ne pas aboutir à cette conclusion ce matin, en assistant à cette incroyable cérémonie du 11 novembre "nouvelle formule" ? Lorsque Nicolas Sarkozy rend hommage à tous les morts pour la France, dans toutes les guerres ou conflits survenus depuis 14-18, en insistant sur les morts qui sont ceux de son mandat présidentiel, notamment les 24 tués de l'année en Afghanistan, il opère de fait une captation de mémoire qui ne peut que susciter la suspicion.

 

Nicolas Sarkozy a-t-il le droit, par le biais de la transformation d'une cérémonie, immuable jusqu'à lui, de capter la Mémoire des morts de 14-18 pour faire des morts en Afghanistan de sa présidence les nouveaux Poilus de 2011 ? Qu'y a-t-il de commun entre un Poilu annihilé à Verdun en 1916 et un jeune engagé volontaire tué en Afghanistan en 2011 ? Qu'y a-t-il de commun entre une Grande Guerre livrée pour la défense du territoire national et un conflit mené à des milliers de kilomètres du sol français pour une cause dont la justesse n'est pas unanimement constatée ? Rien.

 

Par conséquent, la captation mémorielle, confusion de toutes les Histoires dans l'Histoire, orchestrée par le Président, aboutit finalement à ne respecter ni les uns ni les autres. Pour dire les choses directement : le chef de l'État a pris le risque de donner le sentiment d'instrumentaliser le mythe des Poilus de 14-18 pour justifier sa politique belliciste en Afghanistan.

 

On ne voudrait pas avoir contemplé ce matin une gigantesque opération de confiscation des morts.

 

Étrange manière de procéder, l'année même où l'un des livres les plus importants, couronné par le Goncourt, rappelle à tous la nécessité de reconnaitre les combattants des deux ou trois générations qui nous précèdent et leur redonner la place qui leur revient de droit dans l'Histoire. Nicolas Sarkozy n'a visiblement pas lu L'Art français de la guerre. Dommage.

 

François Hollande a d'ores et déjà indiqué qu'il n'approuvait pas cette initiative. Noté.

 

Le président a-t-il mesuré la portée de ce que son choix de transformer le 11 novembre en "Memorial Day" impliquait ? Si non, c'est grave. Si oui, c'est encore plus grave. Très grave même. Pour tout dire : affligeant.

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/213061;le-11-novembre-de-sarkozy-commemoration-ou-confiscation-de-la-memoire-des-morts.html

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