Les Droits de la femme

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cout.jpg« En rédigeant et en proclamant à la face du monde les droits de l'homme, les tribuns de la révolution n'oublient-ils pas les droits de la femme ? S'ils se souciaient peu d'elle, c'est sans doute par réaction contre ce XVIIIe siècle qui a été un siècle de quasi-souveraineté féminine.

De Mme de Maintenon à Mme de Pompadour, les femmes ont régné à la cour et à la ville, sur les mœurs et dans les lettres. "Le règne du cotillon", disait Frédéric II. Le règne des salons, bien davantage : Mmes du Deffand, Geoffrin, de Lespinasse, d'Holbach, Helvétius, faisaient la loi sur les beaux esprits, et quelquefois sur les grands esprits. Mlle de Scudéry ne dictait la mode que chez les précieuses, mais Mme d'Épinay comblait Rousseau, Mme du Châtelet éblouissait Voltaire.

Le Persan de Montesquieu admirait comme, à Versailles ou à Paris, les femmes avaient de poids politique. C'est par leurs mains, écrit-il que "passent toutes les grâces et quelquefois les injustices". Les femmes "forment une espèce de république dont les membres, toujours actifs, se secourent et se servent mutuellement ; c'est comme un nouvel état dans l'État... On se plaint en Perse de ce que le royaume est gouverné par deux ou trois femmes. C'est bien pis en France, où les femmes en général gouvernent, et non seulement prennent en gros, mais même se partagent en détail toute l'autorité".

A l'inverse, à l'enseigne de Rousseau, la révolution est hardiment antiféministe. Jean-Jacques a donné le ton : "La dépendance est un état naturel aux femmes", professe-t-il. "La femme est faite pour céder à l'homme", assure l'Émile. Condorcet, qui avait plaidé la cause des femmes avant la révolution, reste muet pendant la tourmente.

Les cahiers de doléances, en 1789, présentent fort peu de revendications féménistes, peut-être parce les femmes, comblées par le siècle, n'ont rien à revendiquer. Exception qui confirme la règle, la belle et riche Olympe de Gouges, veuve joyeuse, fondatrice du club des Tricoteuses, rédige en 1791 une "déclaration des droits de la femme et de la citoyenne". Elle y présente cette requête : "puisque la femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir celui de monter à la tribune".

Robespierre, qui lui refuse ce dernier droit, lui reconnaît le premier : il fait arrêter et guillotiner l'effrontée Olympe.

D'autres femmes tiennent leur place dans la révolution. Elles sont émeutières lors des journées d'octobre, victimes avec Mme Roland ou Lucile Desmoulins, agitatrices avec Claire Lacombe, figurantes de grand spectacle quand on en fait la déesse Liberté ou la déesse Raison.

Ce ne sont là que des seconds rôles. Les femmes d'action sont dans l'autre camp, avec Charlotte Corday ou les amazones de la guerre de Vendée.

Bon disciple de Rousseau, Robespierre est farouchement antiféministe : il est un refoulé sexuel. Autant ou plus que lui, Chaumette s'indigne lorsque les femmes viennent se présenter au Conseil général de la commune, coiffées du bonnet rouge des sans-culottes : "Femmes impudentes, depuis quand est-il permis à des femmes d'abjurer leur sexe, de se faire hommes ? Depuis quand est-il d'usage de voir les femmes abandonner les soins pieux du ménage, le berceau de leurs enfants, pour venir sur la place publique ?"

Il se trouve même un Conventionnel, Dupont de Bigorre, élu des Hautes-Pyrénées, pour présenter un projet de décret, dont l'article 10 est ainsi libellé : "L'homme qui épouserait une femme qui exercerait le métier des hommes perdra son droit de citoyen" (cité dans les Procès verbaux du Comité d'Instruction publique).

Passé Thermidor, Thérésa Cabarrus, femme Tallien, ne régnera que sur les alcôves du Directoire et ne donnera le ton qu'aux Merveilleuses.

Couronnant l'œuvre misogyne de la révolution, Napoléon apporte sur le continent les traditions patriarcales de son île : en Corse, la femme sert le repas, mange debout, à moins qu'elle ne s'asseye sur la pierre de l'âtre.

L'empereur respecte sa mère, mais tient ses sœurs pour des sottes. Dans son Code civil, la femme reste une mineure. Elle doit obéissance à son mari (article 213). Sans le concours de celui-ci, elle ne peut ni ester en justice, ni aliéner ses avoirs. Cette incapacité est conforme au sentiment qu'en a Napoléon. "Pour une qui nous inspire quelque chose de bien, il y en a cent qui nous font faire des sottises."

S'il inscrit le divorce dans le Code, c'est pour permettre à l'homme de se libérer, et d'abord pour se le permettre à lui-même.

Joséphine, Marie-Louise ? Elles sont bonnes pour l'amour, et si possible pour enfanter. A Mme de Staël qui lui demande quelle est la première femme du monde, il répond : "celle qui a fait le plus d'enfants." Même de Staël, pour sa part, n'a droit qu'à l'exil. »

Extrait de "Le coût de la révolution française", de René Sédillot.

 

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