Les monastères attirent aussi les non-croyants

Au monastère bénédictin de la Pierre-qui-Vire (Yonne). Les personnes qui vienn...
Au monastère bénédictin de la Pierre-qui-Vire (Yonne). Les personnes qui vienn...

Patrice THEBAULT / CIRIC

Au monastère bénédictin de la Pierre-qui-Vire (Yonne). Les personnes qui viennent faire une pause ici ont des motivations spirituelles qui ne recouvrent pas toujours une dimension religieuse.

Patrice THEBAULT / CIRIC


Au monastère bénédictin de la Pierre-qui-Vire (Yonne). Les personnes qui viennent faire une pause ici ont des motivations spirituelles qui ne recouvrent pas toujours une dimension religieuse.

 

Les moines voient arriver de plus en plus de personnes en quête de soi, de silence et de spiritualité.

 

À l’heure où le jour décline, le chant des moines s’élève pour complies, apaisant les dernières agitations de la journée, avant de s’éteindre dans le silence de la nuit. Le dos droit, les mains posées sur les genoux, les yeux clos, Christian savoure la sérénité du lieu. Est-ce le bruissement de la forêt du Morvan tout autour, ou la densité de la prière de ces hommes en coule sombre… ? 


Ce silence, ce Suisse stressé, pressé toute l’année par ses élèves, ne l’a trouvé nulle part ailleurs. Formateur dans le social, il n’a pourtant rien d’un « pilier d’Église ». Baptisé, cet homme de 53 ans, boucle à l’oreille, hésite même à se dire encore croyant. Pourtant, c’est la deuxième fois qu’il passe une semaine au monastère bénédictin de la Pierre-qui-Vire. 


« L’année dernière, se souvient-il, je suis arrivé un peu par hasard, sur les conseils d’une collègue qui revenait de Compostelle, séduite par une photo aérienne du monastère. Je venais de me séparer de ma femme. J’avais besoin de me retrouver. » Au terme d’une année « épuisante », il revient chercher « l’apaisement ».


Un tiers de non-pratiquants pendant l’année

Non loin de lui, Jacques, agenouillé, médite. Ce haut fonctionnaire parisien, la cinquantaine, barbe de quelques jours, n’a rien non plus d’un pratiquant assidu. Et s’il vient à la Pierre-qui-Vire depuis près de trente-cinq ans – un héritage de sa « pieuse grand-mère » –, ce sont là ses « seuls moments religieux de l’année ». 

Mais pour lui aussi, ils sont devenus une respiration indispensable. « C’est le seul moyen de se couper du monde : pas d’Internet, pas de réseau pour les portables, pas de matraquage médiatique, et le silence pendant les repas », lâche le magistrat. Harassé par la vie parisienne, il dit passer les 24 premières heures de son séjour monastique à dormir.


Ce week-end du 14-Juillet, il y a bien sûr aussi le traditionnel cercle des catholiques pratiquants. Mais sur la trentaine d’hôtes, près d’un tiers, comme Christian et Jacques, ne met jamais, ou presque, les pieds dans une église. 


Des motivations spirituelles diffuses

Certains ont pu être attirés par le succès du film Des hommes et des dieux . Mais le phénomène n’est pas nouveau : depuis longtemps, les monastères attirent des publics en quête de spiritualité. Fidèle à la Règle de saint Benoît – « Tous les hôtes qui surviennent au monastère seront reçus comme le Christ » –, frère Guillaume confirme : « Nous accueillons très volontiers des personnes qui peuvent paraître hors des sentiers de l’Église, dès lors que nous les sentons animés d’une recherche honnête, explique l’hôtelier. On sait alors que le Christ n’est pas loin. » 


En revanche, sous l’affluence des demandes, il reconnaît refuser certaines personnes, « lorsque nous ne sentons aucune motivation spirituelle ».

 

Bien réelles, ces motivations spirituelles n’en sont pas moins diffuses. Une crise existentielle est souvent l’élément déclencheur. Ainsi pour Nelly, 58 ans, assistante à domicile, dont c’est le premier séjour dans une abbaye. « Je viens de vivre une grosse épreuve sur le plan sentimental, confie-t-elle pudiquement. Je suis aussi à la fin de ma vie professionnelle et j’ai besoin de prendre du recul. » 


« Milles attentions de la part des moines »

Parce que de culture catholique, Nelly a choisi, pour « vivre un recentrage spirituel », de s’appuyer sur « ce que l’Église peut proposer ». Les premiers moments, le silence aux repas en particulier, ont été « déroutants », reconnaît-elle. Mais une autre retraitante, Valérie, l’a guidée dans les couloirs et « accompagnée » dans ses réflexions existentielles. 


Le monastère est aussi ce lieu où, « confronté à soi-même », on reste quand même « entouré de mille attentions, de la part des moines et des hôtes », confirme Valérie, adjointe administrative de 43 ans, venue « reprendre des forces en Dieu » après de lourds problèmes de santé.


Ces demandes de spiritualité ne passent pas toujours par du religieux. Passionnée de randonnée, Nelly se concentre sur « l’énergie spirituelle particulière » qu’elle ressent dans cette partie du Morvan. Qui prie-t-elle ? « Dieu, ou plutôt une puissance plus immatérielle, de lumière et de bien. » Pour elle, « tout axer sur le Christ est un peu réducteur ». 


L’occasion d’aller plus loin

Enseignante de 34 ans, Estelle se dit, elle aussi, « peu sensible à la figure du Christ ». Si elle s’est initiée à la méditation depuis sa première visite au monastère il y a trois ans, la jeune femme se limite à « essayer de prendre conscience (d’elle-même) par rapport à un tout ». Elle assiste aussi à certains offices et passe du temps à la librairie pour « s’imprégner » et « recevoir des ondes positives ».


Estelle n’aurait sans doute jamais osé frapper à la porte d’une abbaye si une amie « non pratiquante elle aussi », habituée du lieu, ne lui avait assuré que personne ne lui mettrait « le grappin dessus ». « J’aime la liberté de ce lieu, la grande ouverture des moines. Ici je n’ai trouvé nulle contrainte : il y a les offices, mais on n’est pas tenu d’y aller. »


Comment, cependant, rejoindre ces questionnements ? « Nous attendons toujours que la demande vienne des hôtes eux-mêmes, relève frère Antoine, sous-hôtelier chargé de l’accueil depuis vingt-cinq ans. On voit bien que certains sont très loin, mais ils sont là. Et s’ils sollicitent un accompagnement spirituel, ou posent une question après le commentaire biblique que nous leur proposons le matin, ce peut être l’occasion d’aller plus loin. » 


Accompagnement

C’est ce qui s’est passé pour Fabrice, 39 ans, professeur de théâtre à Paris, venu il y a cinq ans réaliser un documentaire sur le monastère. « On m’a proposé “un accompagnement”, j’ai accepté pensant qu’un moine allait m’aider dans le tournage. Quelle ne fut pas ma surprise quand il m’a dit : “je vous écoute”! » Au fil des années, une amitié solide s’est nouée avec la communauté. 


« En Inde ou en Iran, je suis fasciné de voir comme leur culture spirituelle transpire dans n’importe quelle rue, raconte-t-il. Chez nous, elle me semble disparue du quotidien. Mais lorsque je viens au monastère, je retrouve mes racines. »


CÉLINE HOYEAU, à La Pierre-qui-Vire (Yonne) 


L’abbaye de la Pierre-qui-Vire ouverte à l’accueil

L’ abbaye bénédictine Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire (Yonne) a été fondée en 1850 par le P. Jean-Baptiste Muard, un prêtre du diocèse. Parmi ses intuitions, l’idée que les moines seraient missionnaires dans l’accueil qu’ils offriraient. 


Dans les premières années, les moines donnaient deux par deux des missions dans les campagnes. L’hôtellerie date des années 1950. Récemment restaurée, elle peut accueillir jusqu’à 60 personnes. Le monastère compte 46 moines.

 

 

 

Source :  http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Les-monasteres-attirent-aussi-les-non-croyants-_NP_-2011-07-20-691096 

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