Louis XX "banquier", ou quand le journalisme confine à l'imposture

Epître aux piètres pitres tentés de recourir au raccourci journalistique de caniveau consistant à voir en la situation professionnelle de Louis de Bourbon la démonstration éclatante de son allégeance aux puissances d'argent mondialistes

 

Brandissant fièrement leur argument massue tel un trophée de guerre conquis de haute lutte bien qu'obtenu au prix d'investigations à la portée du simple quidam, certains farouches défenseurs de la République – dictature de la canaille financière ayant enfanté, rappelons-le, ce suffrage universel qui précisément étouffe ces mêmes concitoyens en dénonçant aujourd'hui, mais un peu tard, tous les travers –, se complaisent à dégoiser quelque boniment au sujet de l'activité exercée par Louis de Bourbon : banquier...

 

Le mot est lâché, le supposé mal est pointé du doigt. La belle affaire ! Un rapide tour d'horizon nous livre sans difficulté la source de cette révélation prétendument capitale et donnant lieu aux extrapolations des plus pathétiques : une brève intitulée « Louis XX est banquier » publiée sur le blog du journaliste Pierre Jovanovic et ainsi libellée : « Prétendant au trône de France, descendant de Louis XIV, Louis XX, lien sur son site "après son baccalauréat, a obtenu un Master en finances à Madrid. Il a travaillé trois ans pour la BNP Paribas à Madrid, puis, actuellement, pour la banque vénézuélienne Banco Occidental de Descuento, banque que dirige son beau-père à Caracas". En effet il a épousé la fille d'un banquier. On aimerait bien l'entendre sur la crise, Louis XX. Sachez que je l'ai invité à la radio, mais pour l'instant Monseignor Louis XX ne répond pas aux mails :-) Son site ne doit pas bien fonctionner. » (Blog de Pierre Jovanovic, www.quotidien.com, juin 2011)

 

Première erreur : Louis de Bourbon, duc d'Anjou n'est pas un « prétendant au trône de France », mais l'héritier naturel de la Couronne de France. Louis XX ne prétend à rien, il est. Au delà des mots, la nuance est d'importance. Descendant en ligne directe de Louis XIV, il est désigné par les Lois fondamentales du royaume comme successeur des rois qui ont fait la France. Le reste n'est que polémique, interprétation hasardeuse sans doute propre à n'alimenter que de vagues dîners mondains.

 

Deuxième erreur : le lien donné comme étant celui du site officiel de Louis XX est erroné. Le seul site représentant officiellement Louis XX est celui de l'Institut du duc d'Anjou (http://www.institutducdanjou.fr). Pis ! Renseignement pris, l'administrateur du site dont la brève donne le lien, nous apprend ne pas avoir reçu la moindre demande d'entretien émanant du journaliste : le sérieux de la profession – oui, certains osent encore en faire leur métier... – est là encore sérieusement écorné, et suscite légitimement les plus grandes interrogations quant au crédit qu'il convient d'accorder à de supposées investigations qu'il est censé mener sur d'autres thèmes...

 

 

Troisième erreur : juger un homme sur son métier, en tirer de hâtives conclusions, et ainsi sombrer dans la facilité convenue de la caricature grossière, réductrice et stupide, celle qui fait appel aux instincts les plus bas de l'auditoire et flatte la paresse intellectuelle coutumière d'êtres humains qui dans le même temps ne demandent toujours qu'à hurler avec les loups.

 

Invoquer le caractère délétère prétendu du « monde bancaire » c'est commettre une lourde erreur : car ce n'est pas le « monde bancaire » qu'il convient de fustiger, et qui n'est pas, au sens strict du terme, à l'origine des maux que la France, entre autres nations, doit affronter ; c'est l'utilisation des outils bancaires à des fins spéculatives qui est à dénoncer. Le concept de banque n'est pas intrinsèquement condamnable : des systèmes de ce type avaient déjà cours dans l'Antiquité, et constituent un rouage essentiel dans la vie et l'évolution d'une société.

 

Et l'on pourrait, s'agissant précisément de Louis XX, rétorquer à ses détracteurs employant un argument aussi vil, qu'un roi ayant acquis connaissances et compétences en matière de finance internationale, est peut-être, mieux que nombre d'autres, en mesure de faire réellement face à la crise majeure que traverse la France et de la juguler. Quant au terme « banquier », connoté, il est totalement inapproprié pour désigner simplement une personne – quelle qu'elle soit – exerçant au sein d’une banque. Le raccourci linguistique est sans nul doute délibéré, mais source d'erreur.

 

Gageons que celles et ceux ne reculant pas devant l'usage de telles invectives pour discréditer un type d’organisation politique telle que la monarchie, n’ont pas de compte bancaire  autre qu’un simple dépôt pour les opérations obligatoires ; n’ont jamais fait appel à un prêt bancaire pour acheter leur maison, financer leur moyen de locomotion, etc. ; et, naturellement, n’ont pas de compte épargne... Foutaises. Quant au métier qu'eux-mêmes exercent ou des membres de leur famille, puissent-ils avoir la présence d'esprit de s'assurer qu'ils ne sont employés au sein d'aucune multinationale sous peine de voir leurs propos totalement discrédités... Foutaises bis.

 

Profitons de l'occasion offerte par cette brève journalistique qui, pour être courte, n'en est pas moins criblée d'approximations, pour rappeler à toutes fins utiles aux partisans orléanistes qui seraient tentés d'y puiser un brin d'inspiration, que le prétendant – terme qui pour le coup, est parfaitement indiqué – orléaniste Jean d'Orléans a mené une existence professionnelle essentiellement accomplie au sein du monde bancaire.

 

Quatrième erreur : imposer avec la force des imposteurs une « vérité journalistique », deux termes ayant hélas fâcheusement tendance à devenir antinomiques. L'anecdote suivante, qui en dira plus qu'un long discours, met en scène John Swinton, ex-rédacteur en chef du New-York Times, qui lors d’un banquet donné en son honneur à l’occasion de son départ à la retraite, donne en réponse à un toast porté à la presse indépendante le 25 septembre 1880 (cité par Deirde Manifold dans « Towards World Government ») :

 

« Quelle folie que de porter un toast à la Presse indépendante ! Chacun, ici présent ce soir, sait que la presse indépendante n’existe pas. Vous le savez et je le sais. Il n’y en a pas un parmi vous qui oserait publier ses vraies opinions, et s’il le faisait, vous savez d’avance qu’elles ne seraient jamais imprimées. Je suis payé 250 $ par semaine pour garder mes vraies opinions en-dehors du journal pour lequel je travaille. D’autres parmi vous sont payés le même montant pour un travail similaire. Si j’autorisais la publication d’une bonne opinion dans un simple numéro de mon journal, je perdrais mon emploi en moins de 24 heures, à la façon d’Othello.

 

« Cet homme suffisamment fou pour publier la bonne opinion serait bientôt à la rue en train de rechercher un nouvel emploi. La fonction de journaliste est de détruire la vérité, de mentir radicalement, de pervertir, d’avilir, de ramper aux pieds de l’élite et de se vendre lui-même, de vendre son pays et sa race pour son pain quotidien ou, ce qui revient au même, son salaire. Vous savez cela et je le sais. Quelle folie donc que de porter un toast à la presse indépendante. Nous sommes les outils et les vassaux d’hommes riches qui commandent derrière la scène. Nous sommes leurs marionnettes ; ils tirent les ficelles et nous dansons. Notre temps, nos talents, nos possibilités et nos vies sont la propriété de ces hommes.

 

NOUS SOMMES DES PROSTITUÉS INTELLECTUELS. »

 

Voilà qui justifierait le raccourci : « un tel est journaliste, n'accordons donc aucun crédit à tout ce qu'il pourra proférer ». Mais ne tombons pas dans ce piège-ci...

 

Cinquième erreur : la propension à porter des attaques infondées contre celui qui incarne un régime politique ayant porté haut les couleurs et la puissance de la France durant 1300 ans, sans doute parce que l'on est incapable d’apporter des arguments en faveur du régime qui, lui, nous est imposé depuis 200 ans – j'ai bien sûr nommé la République – et a plongé notre pays dans un marasme économique et social, nos "élites" ayant fait vœu d'allégeance à l'oligarchie mondialiste.

 

Car à méconnaître son Histoire, on finit par se vautrer dans la bêtise la plus noire. La Révolution dite française n'est qu'un simple coup d'État d'une caste affairiste. Et pour vendre ce coup d'État aux Français, il ne lui a suffi que de rebondir sur une disette malencontreuse, sur des institutions qui tardaient à se réformer, et brandir le faux étendard de la liberté et de l'égalité. Camille Desmoulins lui-même, illustre figure s'il en est de la Révolution, confiera en 1793 dans son Histoire des Brissotins : « Nous n'étions peut-être pas à Paris dix républicains le 12 juillet 1789 ». De fait, les Français étaient encore, à la veille de 1789, profondément royalistes.

 

La bourgeoisie financière, pour assurer une confortable durabilité à ses méfaits, a depuis inventé le redoutable clivage gauche/droite... leurre républicain par excellence, destiné à canaliser l'ensemble des mécontentements, les Français étant oublieux et donnant dans le piège de l'alternance qui leur est tendu à chaque échéance électorale ; piège offrant systématiquement au système républicain un ballon d'oxygène pour poursuivre le délitement de notre pays avec l'assentiment des Français eux-mêmes. Que demande le peuple ? A croire... Certains l'ont parfaitement compris, et depuis belle lurette.

 

La République, c'est simplement l'élection par nos concitoyens de leurs bourreaux, à grand renfort de démagogie et de promesses qu'un chef d'Etat se doit de lancer à la foule, sa réélection en dépendant, « tandis que, déjà riche et célèbre, débarrassé des perversions électoralistes, le jeune roi se doit de n'avoir aucune ambition que le bien de son peuple. Quelle autre, d'ailleurs, pourrait-il avoir ? Sachant qu'il léguera à son fils l'héritage reçu de son père, il n'a aucune raison de le mettre en danger (...). Son règne ne sera jamais l'aventure d'un homme seul : le roi est le maillon d'une chaîne. » (Louis XX, petit-fils du Roi Soleil, 2011).

 

Ajoutons enfin que, comme certains aimeraient parfois le sous-entendre, Louis de Bourbon ne fait pas partie du gotha, et à toute personne qui se laisserait aller à de tels errements, recommandons-lui vivement la lecture d'Yves-Marie Adeline, qui a le mérite d'admirablement recadrer la situation : « La loi successorale française a la sagesse d'ignorer la théorie du mariage inégal, mais devant les cours et chancelleries internationales, le prince issu de ce type d'alliance se trouve sans cousinage, donc sans ouverture politique par sa famille. C'est particulièrement vrai pour le prince Louis de Bourbon qui est le seul de sa famille et n'a pas même de cousin germain du côté Bourbon : sa seule parenté proche est sa famille maternelle des Martinez... Aujourd'hui, le prince d'Orléans décroche son téléphone et appelle quand il veut les princes étrangers, aussi bien issus de familles régnantes que prétendantes ; il a un statut reconnu internationalement, ce qui lui ouvre toutes les portes.

 

« Le prince Louis de Bourbon n'a d'ouverture princière ni par sa mère ni par sa grand-mère, il est relativement isolé auprès des cours, sa seule force ne peut être que politique. On y revient : la théorie successorale ne résout rien aujourd'hui, seule l'action politique peut donner un poids à Louis, comme elle avait donné du poids à son père. Est-ce que son action politique fut fatale à Alphonse [père de Louis XX] ? Le prince tant aimé trouva la mort dans un accident de ski aux Etats-Unis, dans des conditions qui n'ont pas été éclaircies. Un ouvrage de Juan Balanso, Los Borbones incomodos, publié en espagnol mais dont le titre pourrait se traduire ainsi : Les Bourbons dérangeants, affirme à mots couverts qu'il s'agirait d'un assassinat. Par qui ? » (Le Royalisme en questions, 2002)

 

Si Louis XX faisait partie de cette oligarchie financière apatride asservissant aujourd'hui non seulement la France, mais encore un nombre croissant de peuples à travers le monde, pourquoi, âgé de seulement 14 ans, perdit-il son père, assassiné en 1989, après qu'il eût perdu en 1984 son frère dans un « accident », frère qui allait fêter ses 12 ans ?

 

Décidément, comme sont profondément exécrables celles et ceux qui trouvent un gagne-pain dans l'approximation facile, fautive, mensongère, malfaisante et lâche. Le courage de porter à la connaissance de nos concitoyens les véritables responsables des maux dont souffre aujourd'hui la France, ne caractérise visiblement pas une engeance journalistique adepte du plus lucratif prêt-à-penser. Nul besoin, pour ce dernier, de franchir avec succès l'analyse de la critique rigoureuse. D'esprit critique, l'Education nationale a appris à en déposséder le peuple, qui reçoit béatement le prêt-à-penser comme il s'adonne sans discernement au prêt-à-consommer.

 

Hugo Brémont

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog