Madame veuve Céline par Etienne de Montety

http://4.bp.blogspot.com/-o59XoOggxZY/Th23f-z5dqI/AAAAAAAACLQ/_FGz1Fo7ICM/s1600/Lucette%2B-%2BGibault.JPGLe 1er juillet 1961 mourait à Meudon l'auteur du « Voyage au bout de la nuit ». Cinquante ans plus tard, sa veuve, Lucette Almanzor, vit toujours dans la même maison, entourée d'amis et de souvenirs.

Si Toto le perroquet pouvait rédiger ses Mémoires, il raconterait les dimanches à Meudon chez Lucette Almanzor, Mme veuve Céline. Le rituel est immuable : on arrive en fin d'après-midi, on entre dans un salon aux murs recouverts de liège, où sont piqués des croquis de chats et des photos de l'écrivain. Puis on passe à table au milieu de ce sympathique bric-à-brac de vieille dame. On dîne sur ses genoux ou on pose son assiette sur la table basse. Les chichis sont laissés à la porte. Les autres hôtes des lieux, un chat de rencontre et un mâtin pas très présentable, viennent vous saluer. François Gibault, ami fidèle de la maîtresse de maison, a apporté le dessert et des nouvelles de la cour et de la ville : vie politique, actualité heureuse, chronique de l'Académie française.


Devant la vieille dame, la télévision est allumée mais le son est éteint. Au babillage de Michel Drucker ou de Harry Roselmack, Lucette Almanzor préfère la conversation de Me Gibault. Cette semaine, il lui apprend que le comédien Sagamore Stévenin (fils de Jean-François, qui fut un familier de Meudon) projette d'adapter en dessins animés la bande dessinée du Voyage faite par Jacques Tardi. Il manque juste au jeune homme dix-neuf sous pour faire un franc. « Pour Céline, y a jamais d'argent », dit Lucette.


Elle a parlé posément, sans animosité. Ses grands et beaux yeux sont tournés vers la fenêtre qui ouvre sur une vue imprenable. En contrebas de la colline de Bellevue, derrière le rideau d'arbres, c'est la Seine et l'île Seguin. Plus loin, Paris et la tour Eiffel. Céline a décrit l'endroit comme on ne pourrait mieux le faire : « Cependant Paris s'impose... tout Paris en face, en bas...... les boucles de la Seine... le Sacré-Coeur, très au loin... tout près Billancourt.... Suresnes sa colline... Puteaux entre deux... des souvenirs, Puteaux... le sentier des bergères... d'autres souvenirs le mont Valérien... »


Elle est allongée, fatiguée de porter le siècle - elle s'approche à petits pas des... Est-il bien séant d'exposer une dame aux rigueurs de l'état civil ? En cette fin d'après-midi, son corps gracieux qui a tant dansé, demande grâce ; alors Lucette reçoit comme jadis Juliette Récamier et Louise de Vilmorin. Nabe et Frédéric Vitoux ont leurs habitudes. François-Marie Banier est venu un temps, amené par Angelo Rinaldi. « Toto ne les aimait pas, décrète-t-elle. Ils venaient me voir quand François Gibault n'était pas là. » C'est ainsi en littérature depuis cinquante ans : les céliniens ne font pas bon ménage avec les proustiens. Mais tout le monde est le bienvenu.

Une « fort jolie jeune femme toute simple »
« Un jour Patrick Besson est venu, accompagné d'une fort jolie jeune femme, toute simple. Nous nous sommes très bien entendues... » La « fort jolie jeune femme toute simple » s'appelait Carla Bruni, amatrice de danse et de l'oeuvre de Céline. D'un château l'autre...

 

 

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