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 Place-Du-Bouffay-Nantes

Auguste-Hyacinthe Debay

 

Quelques années avant la Révolution, la famille noble de Vaz de Mello, d'origine portugaise, établie depuis de longues années au manoir de la Métérie (ou Métairie), paroisse du Poiré-sur-Vie, se composait du père André Alexandre, de la mère, née Charette de la Verdière, cousine du général Charette de la Contrie, de deux fils et de quatre filles.

 

En juin 1789, décédait au Poiré Dame Marie Charette de la Verdière, veuve depuis 12 ans d'André Alexandre, seigneur de la Métérie, laissant orphelins les six enfants qui lui restaient.

 

Le frère aîné, Alexandre-Désiré, fut tué en Hollande en 1794, le cadet Césaire-Victor, fut fusillé à Quiberon : « ce fut toute une famille fauchée par la Révolution » dit M. de La Gournerie dans ses Débris de Quiberon.

 

Arrêtées à la Métérie, les quatre sœurs furent emmenées à Nantes : je cite avec son orthographe révolutionnaire Le registre d'écrou du Bouffay, folio 96, concernent l'emprisonnement et l'exécution de Mlles de la Métérie.

 

Les sept femmes exécutées au 19 décembre 1793 étaient ainsi désignées sur le registre de mort : (Je respecte l'orthographe du registre).

 

« Concierge vous êtes chargé des nominés :

»          Gabrielle Métairi du Poiré

»          Marguerite Métairi

»          Claire Métairi

»          Olympe Métairy.

»           Michelle Hervouet de Vannes

»           Mathurine Marchand, de l'Orient

»          Jeanne Roy de S. Etienne du Bois.

»          Vous transferez du bon Pasteur, Nantes, le 28 frimaire l'an 2° de la République une et indivisible. »

 

Mlles de la Métérie étaient âgées de 28, 27, 26 et 17 ans : Jeanne Roy leur servante, de 22 ans, Michelle Hervouet, de 29 ans, Mathurine Marchand de 25 ans.

 

Par ordre du citoyen Phelippes ces sept jeunes filles sont condamnées à être exécutées sur le champ, sans jugement. O justice républicaine ! et plus loin nous lisons « exécutées le 29 frimaire an 2 (19 décembre 1793).

 

Vendéennes et bretonnes subirent la mort sans faiblir ; et ce jour-là on vit encore une fois un spectacle digne de ceux que nous a légués la primitive église : La femme noble et l'humble fille du peuple se confondant dans les embrassements du martyre.

 

Sur la mort des nobles demoiselles de la Métérie le vicomte Walsh a écrit quelques pages émouvantes ; les résumer serait déflorer cet admirable récit : j'en copie la partie principale.

 

«Tous les habitants de Nantes conservent le souvenir des quatre jeunes sœurs, Mlles Mello de la Métérie ; privées de leur père et de leur mère, elles vivaient au lieu qui les avait vu naître : elles ne savaient pas que secourir les pauvres, soigner les malades, consoler les affligés, c'était se rendre suspect ; que c'était chercher à reconquérir une funeste influence sur les gens de la campagne ; que c'était, en un mot, renouveler les torts des seigneurs d'autrefois. Sans expérience elles faisaient le bien ; aussi, furent-elles bientôt dénoncées, obligées de fuir, de se cacher,

 

Les Bleus les arrêtèrent dans leur manoir et les emmenèrent devant le tribunal révolutionnaire.

 

Ces quatre femmes furent condamnées à mort et l'exécution fixée au lendemain.

 

» C'en est donc fait : déjà sous la lugubre enceinte

» A retenti l'arrêt dicté par la fureur

» Dans un muet murmure étouffé par la crainte,

» Le peuple, qui l'écoute, exhale son horreur l...

» Regagnez des cachots les sinistres demeures,

» O 'vierges ! encor quelques heures...

» Ah ! priez sans effroi, votre âme est sans remords,

» Coupez ces longues chevelures,

»          Où la main d'une mère enlaçait des fleurs pures,

»          Sans voir qu'elle y mêlait les pavots de la mort.

»          Bientôt, ces fleurs encor pareront votre tête ;

»          Les anges vous rendront ces symboles touchants ;

»Votre hymne du trépas sera l'hymne de fête

» Que les vierges du ciel rediront dans leurs chants... »

 

Victor Hugo, Les Vierges de Verdun.

 

« Les vierges innocentes furent aussitôt conduites au cachot de l'horloge (c'était là qu'on enfermait les condamnés qui n'avaient plus que quelques heures à vivre). Placées sous l'horloge, elles pouvaient compter non seulement les heures mais les minutes qui leur restaient ; la vie leur échappait ainsi goutte à goutte ; et les malheureuses, seconde par seconde, se sentaient poussées par la main du temps vers l'éternité.

 

» Descendues dans cette espèce de tombeau, Mlles Mello de la Métérie entendirent la porte se refermer sur elles : cette porte les séparait à jamais de tout ami, de tout défenseur, de toute espérance d'être sauvées sur la terre ; et, cependant, elles ne font point entendre les cris du désespoir ! Elles tombent à genoux ; elles savent qu'il n'y a point de cachot si profond où Dieu ne descende pour soutenir ceux qui espèrent en lui ; elles prient leur mère, qui les a précédées dans le ciel, de leur obtenir la force de mourir... de mourir si jeunes, et quand tant de jours leur semblaient encore réservés !

 

» Pendant leurs prières, leurs larmes et leurs embrassements, les heures coulent, la nuit passe, le jour vient, le moment de l'exécution arrive. Des pas se font entendre dans l'escalier qui conduit au cachot ; les verrous de la porte crient ; elles se prosternent de nouveau et invoquent le Dieu des martyrs ; puis, se levant, elles s'embrassent et disent au geôlier : « Nous voilà ! »

 

« Une foule cruellement curieuse couvrait la place depuis plusieurs heures. Quand les quatre jeunes filles parurent sur le perron du Bouffai, un murmure sourd se fit entendre parmi le peuple : c'était la pitié qui le faisait naître ; mais ce sentiment fut bientôt étouffé, et les cris :


A bas les aristocrates !  

 

Les aristocrates à la guillotine !

 

proférés par des hommes de sang, furent répétés par la multitude. A travers les flots de la foule, l'exécuteur fraie avec peine un chemin à ses victimes. Elles arrivent à l'échafaud : l'aînée de Mlles de la Métérie y monte la première en indiquant le ciel à ses jeunes sœurs qui prient en se tenant embrassées... Elle est délivrée de la vie !

 

» La seconde, la troisième lui succèdent.

 

» La plus jeune reste seule. Son moment suprême est arrivé. Elle se relève de la terre où elle avait prié ; elle monte aussi les marches ensanglantées. Le bourreau veut l'attacher ; il lui ôte les mains qu'elle tenait sur son visage, pour ne pas voir les corps mutilés de ses sœurs. Alors, la vierge apparaît dans toute sa beauté : sa pâleur, ses larmes n'avaient pu effacer sa jeunesse. Elle venait d'avoir dix-sept ans !... Elle regardait le ciel : un enthousiasme divin éclatait dans ses yeux ; elle semblait un ange prêt à s'envoler loin du séjour du crime et de la douleur. Le bourreau la regarde, et lui-même sent un mouvement de pitié ; il laisse tomber le bras qu'il étendait déjà vers elle ; il la montre au peuple, en disant : « Elle est trop jeune, elle n'a pas quinze ans ! »

 

»          Grâce ! grâce ! s'écrie-t-on de toutes parts ; la République lui pardonne : elle n'a pas l'âge de mourir !

 

»          Du haut de l'échafaud, la jeune fille dit à la foule :

 

»     — J'ai plus de quinze ans. Vous avez tué mes sœurs. Je suis aussi coupable qu'elles.

 

  Non, non, répond la multitude ; descendez de l'échafaud, votre grâce est accordée !

             

  Je ne veux point de grâce ; je veux mourir, s'écria l'innocente créature. Je vois mes sœurs, elles montent vers le ciel ; elles m'appellent, elles m'attendent... oh ! par pitié, Monsieur le bourreau, faites-moi mourir. Je suis coupable, coupable comme mes sœurs, je haïs la République, je la déteste... « Vive le Roi » !

 

  Eh bien qu'elle meure donc, répliquèrent quelques voix ; qu'elle meure donc, ajouta la foule.

 

 

A regret, l'exécuteur se saisit de sa victime, et bientôt l'Ange avait rejoint les Anges. L'homme de sang dont le métier est de tuer, et qui, d'une main indifférente avait fait tomber tant de têtes, ne put effacer de sa mémoire la mort de cette jeune victime ; le lendemain, il ne reparut pas et peu de jours après, il mourut.

 

Une autre tradition nantaise rapporte qu'après l'exécution de Mlles de la Métérie, le bourreau fut pris de délire, de fièvre brûlante, croyant avoir sans cesse sous les yeux les jeunes vierges auxquelles il demandait grâce, et qua trois jours après, il n'était plus.

 

« L'imbécile s'est laissé mourir de peur » disait Carrier à ses infâmes acolytes.

 

En écoutant ce récit, ajoute le vicomte Walsh, j'ai cru entendre raconter une des histoires des premiers jours du christianisme, alors que les Agathe, les Agnès et les Théodosie mouraient pour la foi et s'offraient à l'Eternel comme des colombes sans tache. »

 

Dans le musée de Nantes, une grande toile d'Auguste Debay représente la place du Bouffay. On aperçoit à gauche le vieux palais de justice, et par dessus le beffroi du Bouffay. On ne voit que l'escalier de la guillotine, au bas duquel sont groupées quatre jeunes filles, à droite de la plate-forme de l'échafaud, de face, apparaît le bourreau coiffé d'un bonnet rouge, regardant en bas. Les quatre victimes se touchent et sont très bien groupées ; l'une d'elles lit un livre de piété. Un homme d'un certain âge dans lequel, à son costume, on peut voir un prêtre, gravit les degrés de l'escalier, les mains attachées derrière le dos, et tenant un chapelet. Une vieille dame est assise sous l'escalier de l'échafaud ; et auprès d'elle un vieillard à l'aspect distingué.

 

La place est couverte de soldats dont on voit les baïonnettes au-dessus de leurs têtes.

 

A droite un jeune homme habillé en bas breton avec de larges culottes courtes, essaye de parler, sans doute pour protester, et un vieillard lui couvre la bouche de sa main. A quelques pas de l'échafaud, en arrière, un homme coiffé d'un bonnet rouge, qui pourrait être Carrier, a une attitude théâtrale et un peu forcée, comme s'il donnait un ordre.

 

Le coloris est très vif : en tout cas, il n'y a pas de doute : ce sont bien Mlles de la Métérie que représente la toile. J'emprunte à Emile Grimaud, dans son poème, Le Pro-consul. les deux strophes suivantes : elles sont digne du barde vendéen.

 

»          Chantez, chantez Vierges candides ! (1)

»          Vos yeux en extase ravis

»            Contemplent les portes splendides

»          Qui s'ouvrent sur les saints paradis.

 

»          Mais le peuple est vaincu, tant de vertu le touche,

»          La pitié coule enfin de son âme farouche,

»          Et sa compassion plaide pour l'innocent :

»          Il s'écrie « Elles sont trop jeunes et trop belles !»

»          Epargne-les, bourreau, ne porte pas sur elles 

»          Tes doigts qui dégouttent de sang ! »

»          Grâce ! grâce ! Et voici la plus jeune

»          Qui jette en souriant ce mot, ce mot sublime :

 

»          Rien n'est assez beau pour les Cieux ! »

 

(1) La tradition constante rapporte que Mlles de la Métérie marchèrent au supplice, comme à une victoire, au chant des cantiques et du Salve Regina.

Tag(s) : #Royalisme

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