Nucléaire : le sacrifice des liquidateurs (G.A.R.)

Ce terme resté dans les mémoires englobe toutes les personnes qui sont intervenues sur le site de la centrale de Tchernobyl, que se soit dans les premiers jours ou les premières années, afin d'éliminer les débris contaminés de la centrale et préparer la pose du sarcophage de béton autour du réacteur numéro 4.

L'empire communiste russe possédant à l'époque une force de frappe conséquente, ce sont, selon les estimations, entre 600 000 et 800 000 liquidateurs qui se succèderont sur le site de Tchernobyl au péril de leur santé, essentiellement des hommes âgés entre vingt et quarante ans, employés de la centrale, pompiers, militaire ou civils issus des quatre coins de l'ex-URSS.

Pour ceux qui interviendront au cours des tout premiers jours, la liquidation relève presque du suicide. Une trentaine d'entre eux seront victimes d'irradiations sévères et décèderont rapidement. Dans son émouvant livre témoignage, Tchernobyl, confession d'un reporter, le photographe reporter Igor Kostine raconte ses nombreux jours passés à suivre le quotidien de ces héros. Initialement, les autorités avaient pensé envoyer des robots pour dégager les débris les plus dangereux, mais il s'est très vite avéré que la radioactivité trop élevée mettait hors-service tous ces automates. Pour faire le sale boulot, seuls restaient alors des "robots verts", des hommes nommés ainsi par Igor à cause de la couleur de leur costume. Dans son ouvrage, le photographe décrit l'impensable : devant lui des hommes sont réduits à ramasser des blocs de graphite radioactifs à mains nues, et comme il l'écrit avec amertume "une telle chose n'est possible que dans un pays où la vie d'un homme ne vaut pas grand-chose". Leur travail est particulièrement stressant, les liquidateurs n'ont qu'entre quarante et quatre-vingt-dix secondes pour nettoyer avant de céder leur place lorsque la sirène retentit. Cela paraît peu mais c'est pourtant suffisant pour subir quatre cents fois la dose de radiation admise à l'époque par les militaires. Ces liquidateurs sont dirigés par ceux qu'Igor appelle "les chats du toit" car ils travaillent même de nuit et connaissent les moindres recoins des toits de la centrale. Il relate également comment tous ces héros mentaient sur les carnets destinés à noter leur taux d'irradiation quotidien, inscrivant des chiffres dix fois inférieurs à la réalité, leur permettant ainsi de rester sur place et continuer à accomplir leur tâche.

Pendant la première année, 350 000 liquidateurs auraient dépassé la dose de 100 mSv, à partir de laquelle le risque de cancer augmente. Mais il est très difficile d'obtenir des statistiques globales précises sur la mortalité des liquidateurs, car bon nombre d'entre eux sont retournés dans toute l'ex-URSS sans aucun suivi à long terme. Rendons donc hommage à tous ces héros, qui n'ont jamais eu la reconnaissance qu'ils méritaient. Pour l'immense majorité d'entre eux, la principale récompense fut une simple médaille, d'un cynisme glacial, représentant une goutte de sang traversée par des rayonnements.

David ZAVAGLIALe livre noir du nucléaire
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