République : mystification démocratique humiliant son peuple

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En 1903, Maurice de Boisgisson, directeur de l'hebdomadaire royaliste Le Courrier de la Nièvre, rapporte le témoignage d'un ami suisse de l'académicien Jules Lemaître, qui, ayant « cru autrefois à l'excellence de 89 » et confiant avoir été « naïvement républicain », reconnaît désormais en «le suffrage universel, la démocratie, le gouvernement du nombre » une absurdité livrant « nécessairement et mécaniquement un peuple à ce qu'il contient de pire », et prône, « contre les mensonges et les indignes mystifications dont le peuple est victime », un « retour aux saines traditions » et à la monarchie :

 

Décidément la République provoque le dégoût de tous les honnêtes gens qui ne se laissent pas guider par de malsains appétits et qui n'ont qu'un but : voir le relèvement de la France par un gouvernement fort devant l'étranger et respectueux, à l'intérieur, des droits des citoyens et de toutes les libertés.

 

C'est aujourd'hui M. Jules Lemaître, le président de la Patrie Française, qui, dans l'Écho de Paris, se laisse aller à de bien suggestifs aveux, d'autant plus significatifs que, jusqu'alors, M. Lemaître s'était plutôt montré notre adversaire, refusant même à ceux qui ne voulaient pas se réclamer de l'étiquette républicaine, le droit d'adhésion à la ligue de la Patrie Française.

 

M. Jules Lemaître revient, dit-il, de quelque part en Suisse, où il a fait la rencontre de « l'un de ses vieux camarades » qui nous semble avoir beaucoup de ressemblance avec lui-même. Ainsi que M. Jules Lemaître, ce « vieux camarade était détaché de toute foi confessionnelle et de toute idée religieuse ». Il était le type du parfait républicain : libre-penseur et ennemi de ceux qu'on appelle les réactionnaires.

 

Aujourd'hui, le « vieux camarade » de M. Jules Lemaître a bien changé : « Obsédé, dit-il, par les choses de chez nous, par la méchanceté surnaturelle des individus qui nous gouvernent, par cette persécution la plus inepte et la plus lâche qu'on ait vue depuis la terreur », il songe que « ces choses-là ne se voient que dans notre pays et que la France est, en ce moment, le plus malheureux des peuples, le plus opprimé, le plus humilié ». Son séjour à l'étranger lui a ouvert les yeux ; les comparaisons qu'il a pu faire ont changé son état d'esprit, et maintenant il en arrive à haïr, c'est sa propre expression, un certain nombre de ses compatriotes tant ils sont à la fois « trop méchants et trop stupides ».

 

Ecoeuré par la persécution religieuse, le « vieux camarade » s'est rapproché de la religion et maintenant, il va à la messe, dit-il à M. Jules Lemaître. Et non seulement ses croyances religieuses se sont modifiées mais il explique encore à M. Lemaître le changement de ses idées touchant la Révolution et la Démocratie. Ici, nous ne pouvons résister au plaisir de le citer entièrement :

 

« Mon changement moral ne s'arrête pas là... Dieu sait si j'ai cru autrefois à l'excellence de 89 ! J'ai été naïvement républicain ; j'ai frémi d'indignation au 16 mai ; j'ai même été. antiboulangiste, ce qui m'étonne un peu aujourd'hui... Je suis bien revenu de mes illusions. Le seul bienfait des derniers événements pour moi et pour d'autres c'est que nous ne sommes plus dupes de certains mots, mais, là, plus du tout. On a fait de ces mots un tel abus, et à ce point cynique, qu'ils ont perdu toute espèce de sens. D'autre part, j'ai lu ou relu, ces temps-ci, Comte, Le Play, Balzac, Taine, Renan, et j'ai vu que les plus fortes têtes du dernier siècle exécraient la Révolution, son esprit et ses oeuvres.

 

« Par leurs leçons, et aussi par mon expérience personnelle, j'ai reconnu que le suffrage universel, la démocratie, le gouvernement du nombre, c'est proprement « l'absurde, et qu'une République parlementaire finit par livrer nécessairement et mécaniquement un peuple à ce qu'il contient de pire. La seule conquête de la Révolution a été l'égalité civile, que nous aurions eu sans elle : ses autres « conquêtes » sont des désastres... Oh ! je sais bien que la superstition de la Révolution et de la République est encore ancrée dans l'esprit de beaucoup d'honnêtes citoyens. Le Temps, par exemple, organe de la bourgeoisie cossue, tout en dénonçant chaque jour les maux dont nous mourons, continue d'en vénérer la cause. Mais je ne suis plus de cette religion-là (car c'en est une) ; je me suis décidément affranchi ils en ont trop fait ! »

 

Ils en ont trop fait ! C'est pourquoi le «vieux camarade » de M. Jules Lemaître, qui est resté raisonnable et patriote, ne veut plus rien avoir de commun avec eux et il termine ainsi :

 

« Bref, je suis maintenant ce qu'on appelle un « réactionnaire », tout comme les grands hommes que j'énumérais tout à l'heure. Tu comprendras que je n'en rougisse point. Ce mot décrié n'a qu'un sens relatif : il faut savoir par rapport à quoi l'on est réactionnaire : contre l'injustice, le désordre et l'oppression, contre l'abaissement et la ruine de mon pays, contre les mensonges et les indignes mystifications dont le peuple est victime. Et je suis sûr, en tout cas, que mes sentiments de néo-réactionnaire impliquent plus de raison, de liberté intellectuelle, d'équité, d'humanité, de souci des intérêts populaires qu'il n'en peut entrer dans un jacobin, un humanitaire et un franc-maçon. »

 

Là-dessus, le « vieux camarade » quitta M. Jules Lemaître, sans attendre sa réponse, mais celui-ci a promis de le retrouver. Nous l'espérons bien et nous pensons que ce jour-là M. Jules Lemaître ne sera pas seul et qu'il se trouvera entouré de tous les bons français qui, ne pouvant satisfaire leur idéal avec la République infâme que nous subissons, deviendront ce qu'ils auraient toujours dû être : de bons réactionnaires, c'est-à-dire de bons monarchistes, car c'est bien dans la Monarchie et le retour aux saines traditions du passé que doivent mettre leur espoir ceux qui désirent le salut et la grandeur de la Patrie.

 

Hugo Brémont

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