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hugo
En se donnant la peine d'ouvrir ne serait-ce que quelques bons livres d'Histoire, tout un chacun peut avantageusement observer combien les crises de régime n'ont jamais été sous-tendues par les populations, mais que les bouleversements politiques qui en découlent ont systématiquement été le fait d'une puissante minorité ayant su amener ces mêmes populations là où elle souhaitait : pour le meilleur ou pour le pire. Et depuis 200 ans pour le pire. 
S'obstiner à voir en la Révolution française la traduction d'un hypothétique besoin du peuple de se libérer d'un supposé tyran, c'est ne jamais avoir pris soin de passer au crible de l'analyse rigoureuse les connaissances que l'Education nationale a, à dessein, inculquées dès la plus tendre enfance dans la tête des innocents bambins que nous avons tous été. Par malheur, certains ont semble-t-il eu la défaveur de rester « jeunes » un temps incommensurable, associant encore, une fois l'âge de raison théoriquement atteint, cette période de notre Histoire appelée - avec toute la charge péjorative qui lui est attachée - « Moyen Age », à l'existence d'un célèbre « droit de cuissage », ou encore à la dictature impitoyable d'une cruelle « ceinture de chasteté » : balivernes là encore sciemment et savamment entretenues par l'enseignement scolaire.

Ainsi, qu'on le veuille ou non, cette République est à bout de souffle, simple parenthèse dans la longue évolution d'une nation fondée et forgée par la royauté, mais une parenthèse que d'aucuns aiment à défendre en braves petits soldats endoctrinés par une École républicaine dont la version de notre Histoire est salutairement remise en cause par un nombre croissant d'historiens contemporains, parmi lesquels Jean Sévillia. Certes, pour oser cette vision « politiquement incorrecte » des choses, encore faut-il faire preuve d'une certaine curiosité d'esprit doublée d'une louable honnêteté intellectuelle, et savoir ne pas se contenter des thèses lénifiantes dont on abreuve le commun des mortels, convenues et encensant une période qui a plus nui au peuple qu'elle ne lui a rendu service et amélioré ses conditions de vie.
Voler de nos jours au secours de la construction républicaine, c'est se rendre complice d'une forme de gouvernement objectivement viciée qui, enfin - il aura fallu tout de même 200 longues années de déchéance -, montre ses limites, son visage grimaçant, ses excès et son incapacité à prendre soin d'une population dont elle est pourtant censée assurer la bonne santé économique, sociale et morale. Certains, lucides, l'ont d'ores et déjà compris ou du moins l'entrevoient ; d'autres s'y refusent, donnant, au pire dans la mauvaise foi, au mieux dans un préjudiciable aveuglement dont ils sont les premières victimes. Chacun ici se reconnaîtra.

Mais nier ce sens de l'Histoire que de perspicaces hommes de lettres, savants ou historiens, ont pressenti au lendemain d'une Révolution menée avec l'assentiment d'un peuple que l'on avait auparavant pris soin d'agiter et d'affamer, c'est mener un combat d'arrière-garde. A titre d'exemple, sans doute n'est-il pas inutile de méditer la réflexion d'un essayiste et historien - dont je laisse aux plus téméraires le soin profitable de rechercher le nom, histoire de les confronter au prix d'un effort modeste à ce délicat exercice qu'est la recherche de documents historiques tangibles - rappelant au début du XXe siècle qu' « aucun historien de bonne foi n'a mis en doute que l'âme du pays ne fût royaliste et croyante » à l'époque de la Révolution, et poursuivant ainsi : « L'État ne succombait pas faute de l'aliment nécessaire à son fonctionnement régulier ; le déficit financier n'eut de gravité que parce que les adversaires de la monarchie s'en firent une arme. En réalité le mal, superficiel et passager, n'atteignait pas le gouvernement dans son essence même ; à l'extérieur, la France était puissante et respectée. Aucun pays ne jouissait alors de plus de libertés, d'esprit de tolérance, que la France. Son gouvernement paternel était d'une douceur extrême, souvent même débonnaire ». Eloquent.

Quelques commentaires pétris d'arguties, dépourvus de renvois historiques indiscutables, ne sauraient guère changer grand-chose, et certainement pas façonner l'Histoire telle que la souhaiteraient quelques sycophantes républicains. Or tôt ou tard, un système politique ne remplissant pas la fonction qui lui est dévolue, s'effrite et se délite jusqu'à l'effondrement car transgressant la loi naturelle des choses, ses vestiges formant le socle d'une nouvelle dynastie ou d'une nouvelle forme de gouvernance. De cette démocratie, mot aujourd'hui dévoyé, vidé de son sens, mais que ses chantres aiment à brandir en toute occasion, les Français en sont spoliés, la véritable démocratie supposant en effet une défense avérée et non simplement de façade des intérêts de l'ensemble du peuple par la gent (sans doute le terme junte serait-il hélas et en l'espèce plus approprié...) politique qu'il a élue sur la base de promesses démagogiques dont le sempiternel viol n'est jamais sanctionné.

Assimiler le régime républicain à ce qui constituerait une démocratie au sens originel du terme, est une gageure ; pousser la fanfaronnade jusqu'à le clamer est une hérésie dont seuls peuvent se satisfaire les moins regardants, sans doute élevés à la littérature de gare et aux derniers relents d'une nauséabonde télé-réalité. Pour peu qu'il soit scrupuleusement mené, un sage examen de l'état actuel de notre pays convaincra le plus dubitatif que, loin de subir les sévices dont certains semblent prompts à la croire harcelée, la République est simplement victime de ses vices, infligeant par voie de conséquence au peuple le pire des supplices : le maintien dans l'ignorance de son Histoire, assorti d'un ersatz de liberté.

 

Hugo Brémont 

Tag(s) : #Royalisme

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