Révolution « française » : suppression des Jésuites

Les Jésuites occupaient la première place dans l'enseignement, leurs maisons d'éducation répandues sur tout le territoire formaient une jeunesse fidèle à l'Église et à la monarchie. Toutes les haines accumulées de la Franc-maçonnerie, des philosophes [F .-. M .-.] et des diverses sectes devaient donc se déchaîner contre eux, en vertu d'un plan qui avait été tracé par le ministre d'Argenson, grand protecteur de Voltaire, plan dont Frédéric II poursuivait activement la réalisation. (Lettre de Voltaire, 8 octobre 1743.)

En 1752, un grand seigneur anglais franc-maçon conseillait à un Jésuite qu'il avait pris en affection — le Père Raffay, professeur de philosophie à Ancône — de quitter l'Ordre et de se procurer un état, car, avant peu, et sûrement avant vingt ans, sa Société devait être détruite. Comme le Jésuite, surpris d'une telle assurance, lui demandait de quels crimes son Ordre était accusé: « Ce n'est pas, reprit le F.'.-M.'., que nous n'estimions bien les individus de votre corps, mais l'esprit qui l'anime contrarie nos vues philanthropiques sur le genre humain ! » En assujettissant, au nom de Dieu, tous les chrétiens à un Pape et tous les hommes à des Rois, vous tenez l'univers à la chaîne. Vous passerez les premiers, après vous, les despotes (les Rois) auront leur tour. » (Proyart, Louis XVI détrôné avant d'être roi p. 160).

De même Voltaire écrivait : « Pour les Jésuites... la France va être incessamment purgée desdits Frères. » Il aurait voulu « envoyer chaque Jésuite dans le fond de la mer avec un Janséniste au cou ». (Lettre à Ghahanon.) Le    duc de Choiseul et la fameuse courtisane la marquise de Pompadour, qui régnaient alors en réalité sur la France, avaient tous les secrets des conjurés sophistes, par cela seul qu'ils avaient celui de Voltaire. (Lettre de Voltaire à Marmontel, 13 août 1760.)

Ils étaient sous la tutelle absolue des philosophes francs-maçons, comme le reconnaît M. de Saint-Priest, panégyriste de Choiseul. Bien plus, au-dessus du salon de Mme de Pompadour, était un entresol qu'habitait le médecin encyclopédiste Quesnay : « C'était là, raconte Marmontel, que nous nous réunissions, Diderot, d'Alembert, Duclos, Helvétius, Turgot, etc., etc., et que Mme de Pompadour venait causer familièrement avec nous, quand elle ne pouvait nous engager à descendre dans son salon. » (Mémoires)

Ce fut de ces réunions qu'on fît parvenir à Louis XV et circuler dans le public des Mémoires, grâce auxquels s'infiltraient insensiblement à la Cour, dans l'aristocratie et la masse de la nation, le venin maçonnique et les volontés secrètes des conjurés. On ne peut se faire une idée du nombre incalculable de libelles, de pamphlets, d'histoires, de brochures contre les Jésuites qui furent répandus en France, en Portugal, en Espagne, en Italie, dans l'Europe entière.

Les textes, les traductions, les vœux, les règles et constitutions étaient truqués ou inventés. Le calviniste Sismondi ne peut s'empêcher de le reconnaître : « Le concert d'accusations et le plus souvent de calomnies que nous trouvons contre les Jésuites dans les écrits de ce temps a quelque chose d'effrayant ! » (Histoire de France, t. XXIX.) C'était le mot d'ordre donné déjà par Calvin : « Jesuitae vero qui se maxime nobis opponunt aut necandi, aut si hoc commode Jieri non potest ejiciendi, aut certe mendaciis et calumniis opprimendi sunt. » (Deschamps : les Sociétés secrètes et la Société, t. II, p. 49.)

Outre Choiseul, pour la France, Pombal, d'Aranda, le duc d'Albe, Bernardo Tanucci furent les exécuteurs des volontés des Loges, en Portugal, en Espagne et à Naples. Ainsi fut obtenue la suppression des Jésuites. L'Ordre fut spolié de ses biens, d'ailleurs sans aucun profit pour le Trésor. « Rien ne revint au roi de cette liquidation. » Tout fut absorbé en frais de procédure (Nos liquidateurs modernes se bornent donc à respecter scrupuleusement les traditions de leurs devanciers !)

 

Les premiers frais de justice pour un seul collège dépassèrent 5o.ooo francs. Le recouvrement pur et simple d'une somme de 5oo francs comporta 600 francs de frais. A peine les biens furent-ils entre les mains des séquestres qu'ils devinrent insuffisants pour payer la pension indécemment modique qui avait été promise aux religieux. En revanche, on remarqua que presque partout les messieurs du Parlement chargés de cette liquidation s'enrichirent subitement. Les secrétaires de ces commissions achetèrent à cette époque, presque tous, des charges qui les anoblirent. (Voir Saint-Victor, Pombal, Choiseul, et Lallemand, Choix de rapports, Paris 1818.)

L'histoire est un éternel recommencement, et les F.-.-M.-. [francs-maçons], on le voit, sont toujours pratiques.

 

DE LANNOY

 

A suivre...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog