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Reynald Seycher offre une somme détaillée sur le martyre de la Vendée, perpétré il y a plus de deux siècles par le Comité du salut public.
 

La Vendée, au flanc de la France, continue de saigner. Il ne se passe pas de ­décennie sans que son martyre (1793-1796) ne soit nié, utilisé, voire instrumentalisé par tel ou tel courant de pensée. Et cela dure depuis deux siècles. C’est ce qu’un auteur, Reynald Secher, présente comme un déni de mémoire, en reprenant des travaux collectifs anciens qui établissent le génocide en Vendée de façon formelle.


Alors que le terme de « populicide », employé dès l’origine par un farouche révolutionnaire (­Gracchus Babeuf), est accepté du bout des lèvres par les républicains d’aujourd’hui, l’emploi du terme « génocide », qui conviendrait davantage à cette répétition générale des atrocités du XXe siècle, est vivement attaqué. Cette fois, une trouvaille de Reynald Secher vient appuyer sa thèse : celle d’un « génocide par la loi ». L’auteur a découvert et dépouillé des « petits papiers » conservés aux Archives de France, des billets écrits au jour le jour par les artisans de la Terreur, à Paris et dans les départements de l’Ouest.


Mais qu’est-ce que la Vendée, cette « Vendée inexplicable  » pour le citoyen Barère du Comité de salut public ? Que se passe-t-il sur ce territoire compris entre Sèvre niortaise et Loire, océan et Layon ? Les causes de la révolte font encore débat : la Constitution civile du clergé, la mort du roi Louis XVI et la levée en masse. Il ne faut pas oublier non plus le mécontentement villageois (paupérisation, abolition de certains droits, accaparement des biens nationaux par les riches citadins). Du point de vue qui animait les jacobins, il s’agissait, en ­exterminant les opposants, de convertir les Vendéens à l’idéal révolutionnaire – rendre les faits conformes.


Il y eut trois guerres de Vendée. La première (mars-décembre 1793) fut une révolte générale qui, après une série de succès, échoua devant Nantes. Le 9 juin 1793, les Vendéens avaient pris Saumur mais ne marchèrent pas sur Paris où le pouvoir s’inquiétait. Les bataillons de volontaires républicains (les « bleus ») se dissolvaient dans la panique devant ces « brigands ». La Convention décréta que le pays insurgé devait être détruit « par le fer et par le feu ». Au cours de l’été, elle envoya de bonnes troupes commandées par des héros. Vaincue à Cholet (10 octobre 1793), la Grande Armée catholique et royale passa la Loire à Saint-Florent-le-Vieil et marcha vers le Cotentin, espérant le secours de l’émigration. Elle ne recevra même pas l’aide des chouans. Repoussée devant Granville, elle fut ­vaincue au Mans, puis ses restes furent massacrés à Savenay (23 décembre 1793). Le bilan est effroyable : plus de 100 000 victimes.


La deuxième guerre, féroce répression conduite par les « colonnes infernales », fut entièrement subie par les populations. Le génocide perpétré ­répondait aux ordres insistants d’« extermination  » (le terme est constamment employé) voulus par les jacobins : incendies, massacres, empoisonnement « par les gaz » et l’arsenic. Le contrôle de l’exécution passait par Nantes et le représentant en mission Carrier (les noyades en Loire). De janvier à mai 1794, sous les ordres de Turreau, douze colonnes ravagèrent le pays. Elles firent autant d’Oradour que de ­villages rencontrés, sans distinction des habitants – des républicains furent victimes pour la seule raison qu’ils étaient vendéens. Bilan : à nouveau plus de 100 000 morts. Le terme « génocide » est ainsi justifié dans sa définition : l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe humain, en raison de ses appartenances ethniques et/ou religieuses.


La troisième guerre de Vendée, davantage liée aux chouans, mit à mal la pacification obtenue à La Jaunaye (février 1795). Des guérillas ­persistèrent, conduites par La Rochejaquelein, Charette ou ­Stofflet. Elles se crurent encouragées par le débarquement des émigrés à Quiberon (juin-juillet 1795). En vain. La Vendée fut définitivement « pacifiée » par Hoche (1796) après la mort de ses chefs – et avec Hoche : les généraux Hugo et Dumas, pères de deux futurs écrivains…


Gérard Guicheteau

 

Source : http://www.famillechretienne.fr/livres/sciences-humaines/histoire-et-civilisation/vendee-du-genocide-au-memoricide_c6_s281_ss282_d63103.html

 

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Tag(s) : #Histoire-Culture

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