Vin bio: "Aujourd'hui, nous pouvons traiter toutes les maladies sans pesticides"

Le vigneron bourguignon qui a refusé de traiter ses vignes avec des pesticides relance les questions autour de la viabilité du vin biologique.

 

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Le cas d'Emmanuel Giboulot, ce vigneron de Côte-d'Or qui a refusé de traiter avec des pesticides ses 10 hectares de vignoble, rappelle les difficultés économiques et techniques qu'impose une agriculture biologique, exempte de chimie de synthèse. Un viticulteur ayant pris le parti d'une culture sans pesticides est-il contraint de recourir à ces produits en cas d'urgence?  

Non, répondent les adeptes du bio, qui estiment que leurs méthodes se suffisent à elles-mêmes. "C'est du travail, un vrai surcoût, notamment technique, mais aussi une fierté", souligne Virgile Joly, président de la commission technique chez Sudvinbio, l'association des viticulteurs biologiques du Languedoc-Roussillon.  

"Quand un agriculteur bio ne pollue pas et ne va pas contaminer ses voisins, on ne voit pas quel est le problème", poursuit-il. Le problème éventuel est que l'absence d'un traitement convenable de la vigne favorise la propagation des maladies, notamment la flavescence dorée. Ce mal spécifique au raisin est causé par un insecte volant, la cicadelle, qui provoque une contagion rapide et mortelle pour la plante. Le viticulteur bourguignon Emmanuel Giboulot comparaissait ce lundi à Dijon pour avoir refusé d'entretenir son vignoble contre cette maladie, en dépit de l'obligation préfectorale.  

"Aujourd'hui, nous pouvons traiter toutes les maladies sans pesticides. Il y a des produits pour répondre à cela", explique Virgile Joly. Contre la flavescence dorée, les agriculteurs bio utilisent une fabrication à base de pyrèthre. "Les modalités de traitement sont fixées par arrêté préfectoral", explique Nicolas Constant, ingénieur viticole chez Sudvinbio. "En général, trois traitements par an sont nécessaires, avec un coût de 70 euros par hectare. En Côte d'Or, c'est un peu particulier, un seul traitement est demandé."
Des produits bio à base de cuivre qui font débat

Une autre grande maladie de la vigne, le mildiou, oblige les agriculteurs à recourir à des produits à base de cuivre, qui laissent sceptiques les vignerons non convertis à l'agriculture bio. "Ces produits déposent des résidus de métaux dans le sol et on ne connaît pas leurs conséquences à long terme", explique Serge Lhérisson, vigneron et président de la cave coopérative de Buzet (Lot-et-Garonne).

Virgile Joly assure que l'agriculture biologique a fait des progrès sur la question: "Il y a 30 ans, les vignerons traitaient six à douze fois chaque année. La Commission européenne a décidé de baisser les doses. La limite maximum autorisée est désormais de six kilos de cuivre par hectare, sur cinq ans. Il n'est techniquement pas possible de faire moins. De plus, la nocivité de ces produits est loin d'être démontrée."

L'une des techniques les plus répandues parmi les vignerons adeptes du bio est la méthode prophylactique: détruire les corps malades avant qu'ils ne contaminent l'ensemble. "C'est la meilleure méthode, la plus radicale. On arrache au cas par cas afin de garder le vignoble sain. Mais il faut prouver auprès de la préfecture, par des études scientifiques, que ce vignoble est sain. C'est un peu long, la démarche se fait sur deux à trois ans", explique Serge Lhérisson.  
8% de la production française est biologique

Le vin bio représentait fin 2013 8,2% de l'ensemble de la production nationale, alors que la France est la première consommatrice de pesticides en Europe. "La consommation a augmenté de 12% en 2012, détaille Virgile Joly. Et l'agence Bio table sur une hausse de 20% pour l'année 2013. Cela fait 10 ans environ que la viticulture biologique génère des bénéfices." Un enthousiasme tempéré par la cave de Buzet, qui possède quelques producteurs bio: "Le rendement est quand même faible."

Qu'en est-il de la qualité du vin? "Les grandes appellations ne se sont pas encore converties au bio, et nous n'avons pas le sentiment que ça va bouger", déplore Virgile Joly. "Mais on arrive à faire du bio de qualité, il y a beaucoup de très bons vins produits comme cela", complète Serge Lhérisson.


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