Benjamin Constant : « Le pouvoir royal est un pouvoir neutre »

Justement, précise Constant, « le pouvoir royal est un pouvoir neutre », alors que le pouvoir des ministres est un pouvoir actif. « Le roi, dans un pays libre, est un être à part, supérieur aux diversités des opinions, n'ayant d'autre intérêt que le maintien de l'ordre, et le maintien de la liberté, ne pouvant jamais rentrer dans la condition commune, inaccessible en conséquence à toutes les passions que cette condition fait naître, et à toutes celles que la perspective de s'y retrouver nourrit nécessairement dans le coeur des agents investis d'une puissance momentanée (...]


Il plane, pour ainsi dire, au-dessus des agitations humaines, et c'est le chef d'oeuvre de l'organisation politique d'avoir ainsi créé, dans le sein même des dissentiments sans lesquels nulle liberté n'existe, une sphère inviolable de sécurité, de majesté, d'impartialité, qui permet à ces dissentiments de se développer sans péril, tant qu'ils n'excèdent pas certaines limites, et qui, dès que le danger s'annonce, y met un terme par des moyens légaux, constitutionnels, et dégagés de tout arbitraire. Mais on perd cet immense avantage, soit en abaissant le pouvoir du monarque au niveau du pouvoir exécutif, soit en élevant le pouvoir exécutif au niveau du monarque » Tout semble dit. Comment mieux justifier la monarchie constitutionnelle et démontrer sa supériorité sur les autres types de régimes ? Cette longue citation permet de répondre, avec deux siècles d'avance, aux talentueux sarcasmes de Thierry Ardisson sur l'hypocrisie de l'arbitrage prétendument exercé par un chef d'Etat élu et ne servant que de voile au penchant vers l'arbitraire : « La France est un stade hexagonal (...).


Au centre de ce terrain, règne l'arbître (...).


Tous les sept ans [le passage au quinquennat date de la loi constitutionnelle du 2 octobre 2000, et a connu sa première application en 2002], chaque équipe essaie de faire élire son capitaine comme arbître. Avant, seuls les joueurs votaient.» Depuis 1962, tous les spectateurs assis dans le stade votent aussi. « Un président n'est roi que pour la moitié du pays.» Il s'accroche à son poste. Tandis que, « déjà riche et célèbre, débarrassé des perversions électoralistes, le jeune roi se doit de n'avoir aucune ambition que le bien de son peuple ». Quelle autre, d'ailleurs, pourrait-il avoir ? « Sachant qu'il lèguera à son fils l'héritage reçu de son père, il n'a aucune raison de le mettre en danger (...).


Son règne ne sera jamais l'aventure d'un homme seul : le roi est le maillon d'une chaîne.» La doctrine de Constant trouve aussi un écho dans les micro-trottoirs auxquels procèdent les journalistes français à l'occasion d'un événement dynastique dans un de ces royaumes qui encerclent la France. On ressent alors combien manque à celle-ci ce mélange subtil de solennité, de convivialité et de bonhomie qui n'appartient qu'à la monarchie : « Les Grimaldi sont la vengeance de Louis XVI », ricane Ardisson. Il n'empêche que la France adore les mariages princiers. Celui de William d'Angleterre, avec Kate Middleton, le 29 avril 2011, y fut suivi par trois fois plus de téléspectateurs, en moyenne, que dans les autres pays européens. Depuis les rues de Londres, des anonymes envoient des messages aux citoyens français : « tant qu'il y a un roi, il n'y a pas de pouvoir absolu ». Sa seule existence joue comme une digue presque invisible aux débordements naturels du pouvoir. Ainsi que le disait déjà Adolphe Thiers, dans les années 1840, « le roi règne et ne gouverne pas ». Le trône, rétorquait Guizot, n'est pas un fauteuil vide. Trois principales responsabilités lui reviennent, et que lui seul peut exercer.


Le roi symbolise d'abord, non seulement l'unité nationale, ce qui est bien connu, mais aussi la continuité historique, qui fait qu'un pays demeure lui-même à travers les générations qui se succèdent. Descendant d'Hugues Capet, successeur de Clovis, le roi de France appartient à la terre et aux morts, selon le mot de Maurice Barrès, ce qu'aucun élu de passage ne peut ressentir au fond de lui. Incarnant le passé de la nation, le monarque en représente aussi l'avenir. De ce fait, sa relation au présent revêt moins d'importance : « nous n'avons pas besoin d'un roi de magazine, a dit un jour Jean Raspail, nous avons besoin d'un roi de vitrail ».

 

En deuxième lieu, le roi peut seul exercer ce rôle d'arbître, toujours brandi par les textes constitutionnels, mais introuvable dans la pratique courante. Parce qu'il n'est attaché à aucun parti et à aucun groupe de pression : par essence, le roi est apolitique. S'il succombe à la tentation d'intervenir dans les choix du gouvernement, il perd sa légitimité. Il doit seulement veiller à ce que l'intérêt général reste le maître et, au besoin, le rappeler à qui de droit. Le roi de Suède, exigeant la démission d'un Premier ministre soupçonné de corruption, la reine d'Angleterre choisissant un chef de gouvernement minoritaire mais exprimant, selon elle, la volonté des électeurs, le roi d'Espagne parant un coup d'Etat : les occasions d'intervenir sont rares et heureusement. La monarchie, c'elinkst la dissuasion nucléaire au service de l'intérêt commun.

 

Enfin, pour reprendre le mot du pasteur hollandais de Versailles, Gaspard Wisser't Hooft, « la monarchie sert à empêcher les hommes politiques de se prendre pour des rois ». En royauté, les ministres ne travaillent pas dans le but de remplacer un jour le président de la République. Il n'est pas sain que tous les pouvoirs procèdent de la même source : l' hérédité monarchique, à la condition de respecter scrupuleusement des règles intangibles, ne constitue ni une alternative ni même une concurrence pour le suffrage universel : les deux se complètent et la première protège le second. En psychanalyse, le roi est « le père du père » En politique, la monarchie est l'assurance vie de la démocratie.

 


 

Louis XX, petit-fils du Roi Soleil, p. 446 à 449, de Daniel de Montplaisir


Source : http://christroi.over-blog.com/article-message-aux-francais-a-diffuser-massivement-79200830.html

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