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bernanos2.jpegGeorges Bernanos est né le 20 février 1888 à Paris. Catholique fervent, monarchiste passionné, il milite très jeune dans les rangs de l’Action française en participant aux activités des Camelots du roi pendant ses études de lettres, puis à la tête du journal L’Avant-garde de Normandie jusqu’à la Grande guerre. Réformé, il décide tout de même de participer au combat en se portant volontaire et sera plusieurs fois blessé. Après la guerre, il cesse de militer, rompant avec l’Action française.

 

Ce n’est qu’après le succès de Sous le soleil de Satan que Bernanos, qui mène une vie difficile avec ses six enfants, peut se consacrer entièrement à la littérature. Il écrit en dix ans l’essentiel de son oeuvre romanesque où s’expriment ses hantises : les péchés de l’humanité, la puissance du mal et le secours de la grâce.

 

Publié en 1931, La Grande Peur des Bien Pensants est considéré comme le premier pamphlet dans l’oeuvre de Georges Bernanos. Bernanos commence par un éloge vibrant de la Commune pour poursuivre sur un violent réquisitoire contre son époque, la Troisième République et ses politiques, la bourgeoisie bien-pensante et surtout les puissances d’argent. Bernanos y rend aussi hommage à Édouard Drumont, avec lequel il partage sa détestation de la bourgeoisie mais dénonce aussi l’association des juifs à la finance, aux banques, au pouvoir mercantile sur le peuple, qui suscite des propos antisémites chez l’écrivain. « Le vieil écrivain de la France juive fut moins obsédé par les juifs que par la puissance de l’Argent, dont le juif était à ses yeux le symbole ou pour ainsi dire l’incarnation ». « Devenus maîtres de l’or ils [les Juifs] s’assurent bientôt qu’en pleine démocratie égalitaire, ils peuvent être du même coup maîtres de l’opinion, c’est-à-dire des moeurs. ».

 

Les Grands Cimetières sous la lune sont, quant à eux, un violent pamphlet anti-franquiste qui aura en France un grand retentissement lors de sa publication en 1938.

 

Bernanos séjourne à Majorque lorsque la guerre civile éclate. D’abord sympathisant du mouvement franquiste pendant les trois mois qui suivent le soulèvement, Bernanos est choqué par la barbarie des combats et révolté par la complicité du clergé espagnol avec Franco. En janvier 1937, il évoque l’arrestation par les franquistes de « pauvres types simplement suspects de peu d’enthousiasme pour le mouvement [...] Les autres camions amenaient le bétail. Les malheureux descendaient ayant à leur droite le mur expiatoire criblé de sang, et à leur gauche les cadavres flamboyants. L’ignoble évêque de Majorque laisse faire tout ça. » Ce livre lui vaudra l’hostilité de l’Action française.

 

Il est vrai que Bernanos s’était montré féroce avec Charles Maurras, lui reprochant notamment d’avoir brigué l’Académie française. « Lorsqu’on a eu le malheur d’exiger ou du moins d’encourager de tels sacrifices (la privation des sacrements, suite à la condamnation de l’AF par le pape en 1926), on ne brigue pas l’Académie, on n’invite pas les pauvres diables qui ont tout donné, tout risqué, même leur salut, à partager la joie d’une sorte d’apothéose scolaire »…

 

Le 20 juillet 1938, deux mois avant les accords de Munich, la honte que lui inspire la faiblesse des politiciens français face à l’Allemagne de Hitler conduit Bernanos à s’exiler en Amérique du Sud. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se rallie à l’appel lancé le 18 juin 1940 depuis Londres par De Gaulle et décide de soutenir l’action de la France libre dans de nombreux articles de presse où il utilise cette fois son talent de polémiste contre le régime de Vichy et au service de la Résistance. Il qualifie Pétain de « vieux traître » et sa révolution nationale de « révolution des ratés ».

 

Il continue de poursuivre une vie errante après la Libération. Le général De Gaulle, qui l’a invité à revenir en France, veut lui donner une place au gouvernement. En dépit d’une profonde admiration pour lui, le romancier décline cette offre. Pour la troisième fois, on lui propose alors la Légion d’honneur, qu’il refuse également. Lorsque l’Académie française lui ouvre ses portes, il répond : « Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie ».

 

Lors de son retour en France, Bernanos est, en fait, écoeuré par l’épuration et méprise l’opportunisme qui prévaut à ses yeux dans son pays. N’ayant pas l’échine souple, il reste en marge. Cette France le dégoûte : « Je dis que la France n’a jamais connu de régime plus médiocre que celui qui, en 1945, s’est imposé à elle comme libérateur, n’a cessé de prostituer depuis, ou plutôt de ridiculiser en sa faveur, le mot de libération ». Il règle encore quelques comptes avec certains mots en vogue chez les politiciens comme “conservatisme” (« Qui dit conservateur dit surtout conservateur de soi-même ») ou “réalisme” (« Le réalisme, c’est précisément le bon sens des salauds ») et meurt le 5 juillet 1948, à l’âge de 60 ans.

 

R. S.


Chronique littéraire de Rivarol

Source : http://networkedblogs.com/fOjAT

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