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dutourd.jpgA l'occasion de la commémoration du 200e anniversaire de la mort du roi Louis XVI, Jean Dutour avait publié un article que nous reproduisons ici :

« Plus je vieillis, plus je pense, comme le duc de Maulévrier dans L'Habit vert, qu'il ne s'est rien passé depuis la chute de la monarchie légitime. Rien, en tout cas, qui mérite qu'on se réjouisse. Renan dit qu'en coupant la tête à son roi, la France commit une espèce de suicide. Je crains qu'il n'ait eu raison.
 
  J'ai de la peine à pardonner son bon coeur à Louis XVI. Que n'a-t-il fait entrer dans Paris, le 13 juillet 1789, quelques régiments de dragons ! Tous les patriotes seraient restés chez eux, la Bastille n'aurait pas été prise et démolie. Ce magnifique spécimen de l'architecture militaire moyen-âgeuse serait encore debout aujourd'hui, pour la joie des touristes, au lieu d'une informe bâtisse appelée opéra.

  Sans 14 juillet, pas de Révolution, pas de Terreur, pas de premier empire, pas de second empire, pas de république. Louis XVI aurait peut-être vécu jusqu'en 1830, sinon au delà, le dauphin lui eût succédé, il n'y aurait pas eu de guerres en 1870, 1914 et 1939, car les Bourbons n'auraient jamais inventé l'inepte politique des nationalités qui a donné toutes les Allemagnes à la Prusse, pour le malheur de l'Europe.

  Quant à la littérature et aux arts, ils n'auraient pas empêché le génie de Chateaubriand, de Balzac, de Hugo, de Proust, de Delacroix, d'Ingres, de Manet, de Berlioz, de Debussy, de s'épanouir. Nerval, Baudelaire, Verlaine, pensionnés sur la cassette royale, n'auraient pas été des « poètes maudits », notion à peu près inconnue sous l'ancien régime. »

Extrait de l'ouvrage « Le feld-maréchal von Bonaparte » de Jean Dtour :

« Tant qu'il y avait un roi et que le roi ressuscitait périodiquement, le peuple sentait sur lui une autorité paternelle et protectrice, même si parfois cette autorité se manifestait rudement, voire inhumainement (ou ne se manifestait pas, ce qui était encore plus douloureux).

  Le roi avait l'inestimable privilège d'être le fils de son père, lequel était le fils de son père également, et ainsi de suite jusque dans la nuit des temps (c'est-à-dire jusqu'à Hugues Capet puisque, depuis lui, la même famille était assise sur le trône). Bref, le roi, fût-il tout juste majeur, fût-il un gamin de treize ans, était très vieux, bien plus vieux que le peuple, et de ce fait plus savant, plus capable, voire infaillible ; il était le patriarche qui conduisait la nation au ciel.

   Mieux encore, grâce à lui le pays, ayant été renversé, navré, laissé pour mort, finissait par reprendre la position verticale, et conséquemment par retrouver sa fierté, comme si le roi eût été un facteur d'équilibre ; quelque chose comme le bloc de plomb à la base des poupées de bois, qui les maintient en équilibre. »

  Ou, plus loin : « La France de l'Ancien Régime était protégée du pouvoir dit « absolu » par une infinité d'habitudes et d'avantages locaux qui, à force d'exister et de durer, avaient fini par devenir intouchables. » Ce que les royalistes du XIXe siècle résumaient par la formule « Les républiques françaises sous le patronage et l'arbitrage du roi », ou « Sub rege, rei publicae »...

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