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Après avoir attiré l'attention sur les lieux communs concernant le "droit divin" et toujours d'après l'ouvrage d'Yves-Marie Adeline "Le royalisme en questions", attaquons-nous aux préjugés sur la noblesse française. Que signifiait être noble, quels avantages en retirait-on, en échange de quels sacrifices ?

Comme le fait remarquer très justement Yves-Marie Adeline, il est révélateur qu'on ne parle plus "d'instruction publique" mais "d'éducation nationale", machine de guerre républicaine propagandiste, qui distille depuis deux cents ans, des mensonges historiques sur l'institution monarchique.

Alors même que nous sommes entourés de monarchies, on persiste en France à " mélanger les concepts , jusqu'à former un gruau idéologique indigeste, et entretenir une tyrannie de l'ignorance".

Les préjugés républicains se cultivent et se lèguent, parfois jusqu'au grotesque quand ils sont confrontés à la réalité : le terme noblesse, en est un parfait exemple.

La noblesse jusqu'en 1789 n'était pas obligatoirement liée à une possession d'argent et pourtant de nos jours, un noble est associé immédiatement à une élite d'argent, menant grand train et allant dîner chez la duchesse une telle...

La vérité est que l'immense majorité des nobles menait une existence simple et austère assez similaire à celle des paysans.

En 1789 sur les 12000 familles nobles en France, seulement 250 familles étaient représentées à Versailles dans les sphères du pouvoir, les 11.750 résidaient en province. Le prestige de la noblesse étant lié à son ancienneté, plus elle était antique, plus elle était pauvre, car un noble récent par l'achat d'une charge anoblissante pouvait vivre sur sa fortune acquise par les génération précédentes, alors que le seigneur d'une noblesse antique, n'ayant pas le droit de commercer, était tout juste entretenu.

Car ce noble avait le statut d'élite mais en contrepartie, il n'avait pas le droit d'exercer une activité lucrative, leur statut les obligeant à servir la France, souvent dans l’armée à une époque où le service militaire était épargné aux autres ou dans la magistrature. En compensation, ils ne payaient pas d’impôt et s’ils voulaient s’enrichir comme des bourgeois, ils quittaient l’état de noblesse. Mais la plupart préférait rester pauvre, servir et conserver cette fierté.

Il ne faut pas confondre la noblesse et la royauté. En effet, même si les rois ont toujours pensé qu'il était utile d'avoir une élite, ils ont en revanche toujours lutté contre les grands seigneurs féodaux. Est-ce que le penseur grec Herodote parlait de noblesse quand il affirmait que la monarchie était un régime supérieur à la République ?

La féodalité était nécessaire au moment des invasions normandes au Xe siècle, afin de protéger les citoyens, mais devenait intolérable quand elle n'était plus indispensable. « Patiemment les rois de France ont recouvré la pleine souveraineté de l’Etat. En 1789 il ne restait plus que des miettes de cette situation. »


Sait-on que lors de la Révolution française, un guillotiné sur 20 était noble et un sur 10 religieux ? Donc sur 20 guillotinés, il y avait 17 petites gens...

Sur le nombre total de guillotinés :

31% sont des ouvriers

28% des paysans

20% des marchands


Soit prêt de 80% étaient des "petites gens".

Sait-on que Lénine était de petite noblesse ?

En république seul celui qui a de l'argent est reconnu. N'était-ce pas plus vertueux quand une élite était reconnue en dehors de considérations matérialistes qui détruisent notre société actuelle ?

En lisant les inventaires de successions de la majorité des familles nobles avant 1789, nous découvrons qu'ils vivaient modestement voire pauvrement.

Philipe du Puy de Clinchamps dans un «Que sais-je » consulte les inventaires dans sa famille sur 150 ans «  jamais les outils de ménage n’y dépassaient  la douzaine d’assiettes plates en étain, six gobelets, trois marmites à feu, deux louches, deux pots, quelques pièces de linge et six draps. Et il s’agissait pourtant d’une ancienne noblesse d’une importance locale certaine, avec de bons services et même avec un personnage qui atteignit, toujours localement, une certaine célébrité ».

«  Au terme d’une vie de soldat, le noble retiré sur sa terre n’avait le plus souvent comme richesse qu’une croix de St Louis et une épée qui, accrochée au mur, se rouillait lentement, à moins que, faute de pouvoir en acheter une autre, son fils ne l’ait emportée avec lui, à son tour, au régiment de Picardie ou au Royal-Auvergne. Il en était de même pour le magistrat qui, laissant son siège à son fils, vivotait dans une grande maison d’un village vergogneux, le « château », en remâchant des souvenirs de victoires dans des procès de bornage. (…) Et sur ses champs comme paysan (quelquefois même la charrue au bout des bras) à travers les chemins boueux, dans un pauvre habit, il restait, qu’il fût bon, médiocre ou méchant, le très lointain égal du roi, du soleil qui descendait vers son couchant à Versailles »

Ou encore en parlant de la famille Richaud, noblesse remontant au XVe siècle qui se présentant à la convocation des Etats-Généraux de 1789 : «  se présentèrent en costume de paysan, rapière rouillée au côté, à Romans, en l’élection de Montélimar, où on les accueillit fort bien » Séreville et Saint-Simon : Dictionnaire de la noblesse française, Tome II, Paris 1975.

Tout bien pesé le positif l’emportait sur le négatif. Il fallait pour le service du Bien Commun, une élite avec le sentiment d’obligation de se dépasser qui anime les gens épris de noblesse, comme le disait Ernest Renan : «  Pour agir dans le monde, il faut mourir à soi-même. L’homme n’est pas ici-bas seulement pour être heureux, il n’y est même pas pour être simplement honnête. Il y est pour réaliser de grandes choses pour la société, pour arriver à la noblesse et dépasser la vulgarité où se traîne l’existence de presque tous les individus ».

On pourrait reprocher le côté héréditaire de la chose, mais ce serait être bien naïf. Actuellement en République qui prétend être démocratique,  les familles ne sont-elles pas riches de père en fils ? Un enfant de riche n’a-t-il pas plus de chance d’être diplômé ?

Dans l’ancien régime les anoblissements étaient nombreux, fondés sur le mérite d’un individu. Et un noble ne restait pas forcément au même rang que son père. S’il dérogeait, il était exclu du Second Ordre. Et s’il était médiocre, il baissait dans la société.

N’était-il pas plus élégant d’hériter d’une distinction immatérielle, fondée sur d’autres vertus que celle de l’argent ?

Il est inévitable que toute société produise une élite. Aujourd’hui la plupart des hommes politiques sont héritiers de familles d’hommes politiques. Il y a donc bien une forme d’aristocratie.

Louis de Bonald distinguait aristocratie et noblesse : « L’aristocratie est la participation héréditaire au pouvoir législatif, la noblesse est le service héréditaire du pouvoir exécutif."

La haute fonction publique connaît le même phénomène : un conseiller d’état engendrera des politiciens ou des hauts fonctionnaires comme lui. Même chose dans l’industrie, dans le grand commerce et même chez les agriculteurs ou petit artisan ou on reprend l‘affaire familiale, chez les acteurs, chanteurs, à la SNCF, dans l’armée, l’enseignement, etc. L’hérédité est un phénomène social. L’hérédité de l’élite n’a absolument pas disparu en République.

Le principe d’élite est nécessaire mais la République n’a pas mieux réussi dans ce domaine que la monarchie. Critiquer l’ancienne institution de la noblesse c’est oublier bien vite l'aristocratie républicaine : l’énarchie, élite sortant de l’E.N.A. qui avait pour but à sa création d’offrir une élite de hauts fonctionnaires compétents. Est-ce une réussite ? Les énarques qui jouissent de privilèges exorbitants injustifiables, sont-ils compétents ?

En résumé :  les nobles vivaient en majorité, modestement, d'autant plus que leur noblesse était ancienne, car ils avaient l'interdiction d'exercer un métier lucratif. Ils consacraient leur vie au service de l'état (magistrats) ou à la défense de notre pays (soldats), alors même que le commun des mortels n'avait pas à le faire, c'est la République dite démocratique, qui a imposé à tous "ses enfants", sans distinction,  d'aller se faire tuer en son nom.

En échange, ils ne payaient pas d'impôts, et avaient la fierté d'appartenir à une élite "d'honneur" et non d'argent. Aujourd'hui, en république dite démocratique,  nos élites seraient-elles du "déshonneur et de l'argent" ?

Vaut-il mieux être distingué par le mérite de l'argent, comme en république ou par le mérite des services rendus au pays, comme en monarchie française ? A méditer.


Blanche Belleroy

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