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adelineSi, d'aventure... oui, d'aventure, car notre combat est bien la plus belle aventure que nous puissions connaître aujourd'hui... Si donc, d'aventure, le doute vous assaille ; si la figure du Roi vous semble trop lointaine, estompée, retenue dans les limbes par l'épaisseur de deux siècles d'une histoire cruelle ; si la tentation vous prenait de vous soumettre au monde tel qu'il est parce que "le passé est le passé", parce que la république vous aurait convaincu qu'il faut vivre avec son temps, et que par une coïncidence qu'il faut bien accepter, ce temps-là est à elle. S'il vous arrive de ne plus rien ressentir, ni votre coeur qui bat, ni votre âme qui vous soulève ; plus rien qui puisse justifier votre engagement...

Pensez à la laideur de vos villes, outragées par un béton gris, sale et froid. A la destruction de votre littérature, à l'exil intérieur des poètes. Aux détritus que la république érige en oeuvre de votre art contemporain. A la cacophonie, aux stridences agressives qui ont remplacé votre musique.


Pensez à la pornographie qui vous racole et vous invite à défaire l'amour. A l'enfant que sa mère fait tuer dans son propre sein.


Pensez à votre cité de vieillards, qui déjà étaient vieux à vingt ans. Qui ne font pas d'enfants, parce que l'enfant, c'est l'espoir. Mais on n'espère pas quand on est vieux à vingt ans. Pensez à vos aïeux qui reposent en terre chrétienne, et aux adorateurs de Satan qui profanent leurs tombes. Pensez à cette vermine qui se multiplie, qui n'est jamais que l'écume de tout le reste, de tout ce temps avec lequel la république voudrait vous voir résignés à vivre.


Si d'aventure l'image du Roi se troublait devant vos yeux, pensez à tout cela. C'est le meilleur service que vous puissiez rendre à vous-mêmes, et c'est le meilleur service que vous puissiez rendre à l'actuel Fils de Saint Louis. Car il ne faut pas que le Roi soit laissé seul. C'est parce que nous luttons pour la civilisation que nous défendons la cause royale. Notre regard doit embrasser toutes les causes, parce qu'il n'y a pas de bonne cause qui soit suffisante à elle-même. Tout est lié, tout se conjugue dans votre engagement, de même que tout se conjugue dans la profanation de la vie et de la mort, de la beauté et de la cité.

Si ce n'est pas le doute qui vous assaille, mais le découragement ; si l'immensité des tâches à accomplir vous confond ; si l'on vous persuade encore que ce combat est perdu d'avance, songez d'abord aux ennemis de la France. N'hésitez pas même à vous instruire auprès d'eux, non pas pour faire le mal à leur exemple, mais en vertu de ce proverbe latin : "Fas est ab hoste doceri", Il est bon que je sois enseigné par les ennemis.
L'un des adversaires les plus constants de Louis XIV, Guillaume d'Orange, disait : "Je n'ai jamais eu besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer".


Certes, nous nous battons pour vaincre : la mélancolie, l'esthétique morbide du combat désespéré n'entrent pas dans notre vocation.


De même n'est-il pas question d'être téméraire, de prendre des risques insensés, incalculés, des initiatives présomptueuses ou prématurées : notre but est de vaincre, non pas de se battre pour le plaisir de se battre. Toutefois, ce à quoi notre vocation nous appelle, ce n'est pas de n'accepter de se battre qu'à la condition d'être vainqueur soi-même, hic et nunc, ici et maintenant. C'est de lutter, quoi qu'il advienne : le reste, la victoire n'appartient qu'à Dieu.


Si le découragement vous assaille, remontez aux sources de votre engagement. Ce qui vous est demandé, c'est d'être noble. Non pas le meilleur, car cela ne dépend pas forcément de vous. Mais le noble. Le noble est bien plus que le meilleur ; tellement plus que, lorsque cette notion fit l'objet d'une institution politique, on n'a jamais trouvé aucun discours capable de l'expliquer vraiment.


C'est pourquoi, d'ailleurs, c'est une notion, pas un concept.

L'homme noble sait que sa solitude n'est pas un obstacle à son combat. De vivre parmi l'ignoble ne l'entraîne pas à se réduire lui-même en ignoble. Et le nombre l'importe peu, parce que dans son âme, la qualité l'emporte sur la quantité. Il n'affrontera pas inconsidérément la vermine, car il n'est pas imbécile. Mais il ne la craint pas. Il sait que la guerre qu'il poursuit sera longue, que ses prédécesseurs y ont consacré leur vie entière ; mais il ne compte pas. Seule importe la qualité de son oeuvre. L'homme noble sait que son épée est une épée de service : elle ne le sert pas lui-même, elle ne sert pas son propre contentement, fût-ce le contentement de la victoire. L'homme accepte de n'avoir aucun droit, mais seulement des devoirs. Le privilège que l'institution lui accordait autrefois n'était pas un droit : c'était, comme son nom l'indique, une "loi privée" destinée à l'aider dans l'accomplissement de ses devoirs. C'est si vrai qu'aujourd'hui, l'homme noble, qui n'a plus ni institution ni privilège, continue à se battre. Entendez-moi bien : je ne circonscris pas ici les descendants actuels d'un ordre ancien, je parle de l'homme noble d'aujourd'hui, d'où qu'il vienne, celui qui de lui-même agit de telle sorte que nous le reconnaissons spontanément comme tel.

"Si d'aventure", disais-je. Oui, car il n'y a pas deux manières de vivre. on existe seulement, ou bien on vit. Et il faut vivre pour concevoir, faire naître, faire grandir. C'est à Dieu de faire renaître. Mais c'est à nous de faire naître. Que Dieu bénisse notre aventure.

Yves-Marie Adeline

 

Source :  Groupe d'Action Royaliste http://www.facebook.com/home.php#!/group.php?gid=387882500485

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